CHAPITRE VI
Comment M. Vlanney aimait les Âmeii. — Ses tra¥aiim évanséllques au dedans et au tfehors de «a paroisse.
Après avoir tracé les principaux traits de la vie de M. Vianney, pendant les premières années de son ministère à Ars, il nous reste à raconter quelquesuns des épisodes qui ont varié la sainte uniformité de cette vie.
Le cœur du bon Curé était tout entier à ses paroissiens; il les aimait, il savait s'en faire aimer. Dès ce moment, il y avait une chose que les habitants d'Ars craignaient par-dessus tout : c'était de le contrister. Cette crainte, plus puissante chez un grand nombre que la voix de la conscience , n'a pas peu^^ntribué à éloigner de ce troupeau privilégié les désordres et les scandales.
Pourtant le zèle de M. Vianney se sentait à l'étroit dans cette paroisse de quelques centaines de fidèles, et toute la sollicitude pastorale ne suffisait
pas pour alimeuler le feu sacré qui brûlait au loud de son cœur d'apôtre. Ses supérieurs devinant cette souffrance lui offrirent un poste plus important dans un des plus jolis cantons du Beaujolais. Mai$, chose singulière ! à chaque tentative qu'il fit pour traverser la Saône et visiter sa nouvelle paroisse, il fut arrêté par une de ces larges crues qui interceptaient les communications d'un bord à l'autre, avant l'établissement des ponts suspendus.
Les habitants d'Ars, enchantés du contre- temps, et ne demandant pas mieux que d'avoir un prétexte pour ressaisir leur Curé, envoyèrent une députation à l'archevêque pour exposer l'état des choses, à savoir : que M. Vianney consentait à rester; que 5es paroissiens, de leur côté, désiraient le garder; qu'en conséquence , ils priaient l'administration de ^surseoir à son changement. Si on avait eu, à Lyon, le pressentiment de l'avenir, et que, dans le prochain démembrement du diocèse, on eût entrevu la possibilité de l'annexion qui allait faire entrer Ars ef son Curé dans la circonscription d'un nouveau siège, il est à croire qu'on n'aurait pas accédé aux vœux de cette députation; le village béni que le souvenir du saint homme devait entourer d'une si pure auréole serait resté dans son obscurité premièTie, et l'Église de Lyon, qui se fait gloire de posséder le berceau de notre thaumaturge, aurait aussi gardé sa tombe. Dieu ne Ta pas voulu ; il entrait dans les desseins de son éternelle sagesse que TÉgHse M