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roissieiis. M. Morel, chef d'institution à Trévoux, un de ses anciens condisciples de Verrières, avait désiré qu'il prît chez lui le vivre et le couvert. Cette offre fut acceptée du môme cœur qu'elle était faite, à une condition pourtant , c'est qu'on s'en tiendrait à l'humble pot-au-feu du pensionnat. « Je suis plus « tranquille chez vous, avait dit M. Viauney àson « camarade d'autrefois; j'y ai mieux ma liberté et a je ne suis pas pressé de manger comme ailleurs. » Quoiqu'il redoutât les modestes dîners de la cure, il était obligé d'y figurer de temps en temps. Un jour, en veine de s'égayer un peu, ses confrères voulurent procéder h un inventaire de sa toilette; ce qui aurait déconcerté tout autre que le bon Curé d'Ars. Cachant leur intérêt pour lui sous le voile d'une innocente plaisanterie, ils convinrent qu'on ouvrirait une souscription à l'effet de subvenir aux réparations les plus urgentes. Le samedi suivant, ils lui firent cadeau d'un haut-de-cbausses en bon velours neuf, avec prière de le porter en souvenir d'eux. M. Vianney l'accepte et regagne sa paroisse par un froid très-piquant. Arrivé au point le plus élevé de la route, appelé les Bruyères^ il rencontre un pauvre à moitié nu et tout transi : « A^ous avez bien froid, « n'est-ce pas, mon ami? » lui dit le nouveau saint Martin. Puis, sans attendre sa réponse, il se cache derrière un buisson et reparaît bientôt, son baut-de-chausses à la main. A quelques jours de là, on veut savoir, à la cure, s'il fait honneur à la sous-
cription de ses amis. Embarrassé de ce qu'il appelle leur visite domiciliaire, il leur dit sur le ton ffu» aimable badinage : « Ce que vous m'aviez donné, je « l'ai prêté à fonds perdus à un pauvre que j'ai rcn- « contré sur les Bruyères. »
Le dimanche suivant, revenant de sa paroisse, à la nuit tombante, il atteignit, à l'endroit dit les GrandeS'Balmes, un autre mendiant qui, tout couf^fé sous le poids des années, n'osait se risquer le long de la rampe abrupte et verglacée. Le Curé d'Aï» le prend par le bras et l'aide à descendre. Ils arrrrenl amsi, l'un soutenant l'autre, au bas de la céte. M. Vianney charge ensuite sur ses épaules la lourde besace du vieux bonhomme, et ne la lui rend qu'à l'entrée de Trévoux, pour ne pas être surpris dai» l'exercice de cette action charitable.
Les notes de Catherine Lassagne nous appremieBlt que, pendant cette mission qui dura cinq semaines, le Curé d'Ars fut écrasé sous le poids de la confianee générale. Sa chapelle ne désemplissait pas et 1» presse était si grande, qu'un jour, le flot poussant le flot, elle emporta son confessionnal, qui n'était pas solidement fixé. Ces marques d'estime lui vinrent surtout de la classe éclairée. Les magistrats de la cité, le tribunal, les fonctionnaires, les honmies de loi s'adressèrent presque tous à lui. Le souspréfet ne parlait du saint prêtre qu'avec adurtrationr et quoiqu'il se louât extrêmement de la hauteur de ses vues, de la sagesse de ses conseils, de la douw'
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i'ermeté de sa direction, il constatait avec un léger sentiment de tristesse soumise et résignée, que «c ce « petit Curé d'Ars avait été impitoyable pour les u soirées et les bals de la sous-préfecture. Au reste, c( ajoutait-il, il a raison, et je tâcherai de lui obéir. »
Les merveilles de la mission de Trévoux rendirent le nom de M. Vianney célèbre dans tout le voisinïige. A compter de ce moment, il ne s'appartint plus. Les curés se disputèrent à qui Taujcait. Le jubilé de 1826 vint procurer à un grand nombre le bienfait de cette coopération tant désirée. L'humble missionnaire fut tour à tour appelé à Montmerle, à Saint- Trivier, à Savigneux, à Ghaneins, à Saint-Barnard, près Trévoux. Dans cette dernière paroisse, il était seul pour tout faire et il suffit à tout. Dès le commencement, le village changea de face. Au premier coup de cloche, les paysans quittaient leurs travaux : on ne voyait plus personne dans les champs. Les domestiques tourmentaient leurs maîtres pour qu ils leur permissent d'aller entendre le Curé d'Ars : « Nous aimons mieux, disaient-ils, que vous rele- « niez sur nos gages l'équivalent du temps que nous « passerons à l'église. — J'ai un bon ouvrier, disait (( de son côté le curé de Saint-Bernard, on n'a jamais « vu le pareil : il travaille beaucoup et ne mange « rien. »
Dans une circonstance solennelle M. Vianney fut invité à prêcher à Lima, charmante paroisse, qui est comme un faubourg de Villefranche. Il s'en défendit
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de son mieux, ne se jugeant pas digne de cet liouneur. Mais il y avait là un curé qui Taimait beaucoup et tenait à son idée ; il insista, alléguant que, comme cette fôte tombait dans la semaine, l'auditoire ne serait pas nombreux. M. Vianney était la complaisance même ; il ne savait rien refuser : seulement, le jour venu, il ne s'était pas préparé; les confessions lui avaient pris tout son temps. Dans Textrême défiance où il était de lui-même, avant que, paruti exercice continuel de la chaire, il eût acquis Ih grande facilité que tout le monde lui a connue, il éprouvait, chemin faisant, ces douleurs de la parole^ publique qu'il faut avoir ressenties pour les comprendre ; c'est le cauchemar de l'homme condamné à marcher sans jambes; il lui semblait qu'il n^ trouverait ni un mot ni une idée. Enfin il arriva 2 les vêpres étaient commencées; il vit une église? comble. A l'annonce que le saint Curé d'Ars allait prêcher, l'élite de la société de Villefranche était accourue dans un sentiment de vive curiosité. Vingtîi vingt-cinq prêtres garnissaient le sanctuaire. U vue de cette imposante assemblée acheva de déconcerterle prédicateur; il crut que le cœur lui manquerait. Après s'être recommandé à Celui qui a promis une voix et des paroles à ses apôtres, quand ils en auraient besoin pour faire son œuvre, il sort de son recueillement comme d'un sanctuaire intérieur ; il est simple, incorrect peut-être, mais il estplein de la vérité, et il la répand à flots pressés sur*"
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1 auditoire. Il parle de l'amour de Dieu avec des îents enflammés, comme savent en parler les nts; il arrache des larmes aux yeux les moins îoutumés d'en répandre sur un pareil sujet.
Sq travaillant incessamment au bien des âmes, Tianney'ne négligeait pas la sienne; il se sauçait lui-même pour être plus apte à sanctifier les très; il n'oubliait pas le repos dans la prière que Slaître conseille à ses disciples ; il avait acquis te habitude des hommes apostoliques de sortir Dieu par l'action quand ils le doivent, et de itrer en Dieu par la prière dès qu'ils le peuvent. »atisfaisait son besoin d'oraison par ces élévations àtinuelles et spontanées de. l'âme qui remonte ù iu comme le rayon à son foyer, et la flamme à sa 1ère. Il consacrait un temps considérable à la méation, sans parler de celui qu'il donnait à la Vie ' saints, sa lecture favorite, et à la visite du s-saint Sacrement ; et ce n'étaient pas de ces ites rapides, faites en passant ; on le voyait prosné de longues heures aux pieds de Notre-Seigneur, vant le tabernacle où son amour le tient enchaîné, travail n'était pour le Curé d'Ars que le prolonnient de larprière : ou bien il parlait à Dieu, ou -n il parlait de Dieu ; il l'aimait ou le faisait aimer.