‹ Le curé d'Ars: Vie de m. J.B.M. VianneyChapitre 43 sur 87 · CHAPITRE ly · texte numérisé non relu

CHAPITRE ly

le de M. Vlanney ; 0a merveilleuse gnérlAon.

Sa première falle.

ianney se livrait à un travail et à des mortiis qui auraient usé plusieurs vies d'hommes, longtemps déjà il était évident qu'il ne se lit que par miracle. Il sembla pourtant que icle allait cesser. Plusieurs fois déjà sa santé échi et donné des inquiétudes. Il avait, à son

à Ars, payé son tribut à l'insalubrité du îs Dombes. La lièvre paludéenne était venue irs fois le visiter. Depuis lors, il ne s'était remis parfaitement. 11 était sujet à des dou- 'entrailles et à des maux de tête continuels. îUes infirmités survinrent bientôt.

dans le temps que son pauvre cadavre^ ! il l'appelait, était le plus torturé, son esprit ujours libre, l'expression de son visage touaime et souriante ; rien dans son humeur ou a conversation ne trahissait ses douleurs

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même los plus vives. Il avait une constitution tellement forte et tellement mobile, que la guérison était aussi subite que la maladie. Au moment où Ton croyait qu'il allait succomber, il se trouvait tout à coup comme ressuscité par une puissance supérieure. Le soir il était excédé ; on le vovait, le lendemain matin, frais et dispos, aller et venir comme s'il n'avait pas souffert.

Au mois de septembre 1842, il fut atteint d'une fluxion de poitrine; on eut quelques craintes, qni se dissipèrent promptement. « Je ne me trouble |)lus sur sa santé, disait le médecin : elle relève d'un autre que moi. Au moment où il semble qu'il va nous échapper, il reprend soudain et comme ptf enchantement de nouvelles forces. »

On était aux premiers jours de mai de Tannée 1843. La foule était plus grande qu'on ne l'avait encore vue. Seul et sans auxiliaire, M. Vlanney succombait sous le poids de cet écrasant coneourB' Il avait coutume de monter en chaire, chaque soif du mois de Marie, et d'adresser la parole aux fidèltf rassemblés. Le troisième jour, il se trouva si ©al, au milieu de son exhortation, qu'il fut forcé de l'interrompre. Il essaya d'une lecture et ne put l'achever ; il commença Ja prière , la voix et les forces lui manquèrent tout à fait. Il descendit de chaire à grande peine et se mit au lit. Gomme il arrive après des efforts excessits, le premier instast de repos fut celui d'un perfide abattement : presque

SA MALAniR ET SA FUITE. 10»

ifisitôt Ifts symptômeH le» plus graves se manifesirent.

Les fragments de lettres qu'on va lire, et qui enflent de si intéressants détails sur cette maladie, mt empruntés à Ift correspondance d'une famille u'il ne nous appartient pas de louer, mais dont le iOiQS que nous puissions dire est qu'en succédant mademoiselle d'Ars, elle Ta remplacée dans son QQour de Dieu et de l'Église et dans son dévoûment M.Viannev.

1 Ars, G mai 1S43.

« .,••• Notre saint Curé est malade à pous faire pepser qqo i çpufonpe est prête et que les çieux von| §' ouvrir pour ^- Je ne puis vous peindre la çoqsterq^tiQp et Jes l^rnies dp ''te la paroisse... Des cierges brûlent à tous les autels, les ^PelQt^ sont k toutes les mains. Les premiers jours, on fut )g^ de mettre des gardes à la porte de la cure, pour retenir * foule indiscrètement empressée, qui dpmçindait à le voir 'Qre, à recevoir une dçrqiôre l)énédictipn. On ne put •^er cette ferveur qu'en avertissant du moment ou le S^int, ï'elevant spr son lit de dqulour, donnerait une bénédiction ^érale...

^ C'est Vraiment un sentiment bien profond et bien in- Qoissable que celui qui remplit nos âmes. Je comprends îintenant la tristesse des apôtres, lorsque le Seigneur leur DOBça qu-Ml allait les quitter. »

Pour donner une idée de l'intérêt qu'inspirait

itat du serviteur de Dieu dans un grand nombre

familles chrétiennes, à une grande distance

d'Ars, nous citons la réponse qui fut faite à ces lignes :

« Je pleure avec vous; je sens avec amertume réienàue

de votre perte ; je vois avec douleur s'éteindre cet astre q^^ brillait avec tant d'éclat au milieu des ombres de la morti } cette vie surnaturelle, dégagée des sens et de la matière, &^ milieu d'un monde incroyant et matérialiste. Je regretta vivement l'influence salutaire qu'exerçait au loin le spectarf® extraordinaire de foi et d'ardeur religieuse qui se manifestft^^ autour de lui ; mais je n'ose demander la prolongation de c^^ jours laborieux qu'une éternité bienheureuse réclame. J'ador* les desseins de Dieu toujours admirable dans ses saints^ ^^ j'ai la ferme confiance que celui-ci vous sera conservé oi) enlevé, selon que son existence terrestre ou sa glorificatioï céleste vous seront plus avantageuses. »

Dès le cinquième jour, une consultation avait en lieu. Reconnaissant dans les symptômes antérieur^ et actuels l'existence d'une pleuro-pneumonie, trois docteurs des plus accrédités du pays furent d'avîs d'agir par des réactifs. La violence et la continui^ de la lièvre leur firent craindre que le délire ne survînt; ils défendirent, sous peine d'accidents graves, de faire parler M. Vianney, et enjoignirent aux personnes qui lui donnaient des soins d'écarter de lui toute cause d'émotion. En effet, le vénérable malade éprouvait à chaque instant des faiblesses, des syncopes, des évanouissements. Il avait une si grande impressionnabilité nerveuse; que l'instituteur de la commune, son garde -malade ordinaire, était

obligé de se tenir caché derrière les rideaux du lit pour éviter de fatiguer sa vue et de réagir sur son ceneau. Les personnes admises près de lui quittaient leur chaussure pour entrer dans sa chambre et pour circuler dans les pièces voisines. Le confesseur du Curé d'Ars crut devoir presser l'administration des derniers sacrements, avant l'emploi d'un remède qui pouvait provoquer des vomissements. Cette résolution fut soudaine, et au même moment, sept ecclésiastiques se trouvaient réunis pour donner une véritable solennité à la cérémonie. En un ^^stant le village aussi fut sur pied. Tous auraient ^^ulu accompagner le saint Viatique jusque dans '^ chambre du malade , entendre ses dernières pa- ^^les , être témoins de sa joie , des ravissements et ^®s transports d'amour avec lesquels cette âme si ^^e s'élancerait vers le divin Maître pour s'unir à ^ dans un suprême embrassement , mais cette fa- ^^Ur ne.put être accordée qu'à un très-petit nombre ^^ privilégiés. La foule resta agenouillée le long de ^'^scalier, dans la cour et jusque sur la place, priant ^t répandant des larmes.

Le lendemain de cette imposante cérémonie , le curé de Fareins célébrait la messe à l'hôtel de Sainte- Philomène. Dans le moment même, le malade que la fièvre n'avait pas quitté s'endormit pour la première fois d'un paisible sommeil. « Je ne sais ce qui se passa , dit Catherine , mais depuis lors il a été de mieux en mieux îusqu'à son complet rétablisse-

tôt Vi£ DU QUHÉ D'ARS.

meut. )> La voix de tout le village « moius discrète que Catherine , prétend savoir ce qui s'est passé... C'est une opiniou générale que sainte Philomèoeest apparue à M. Vianuey, et qu'il s'est dit, dans ce colloque mystérieux, des choses qui ont fait^ jusqu'au terme de sa longue vie , la consolation du saint prêtre.

Voici sur ce sujet le témoignage de l'instituteur) qui, jour et nuit, était à son chevet :

« Avant que le saint sacrifice commençât ) M. le Curé me parut être dans l'attitude d'une personne qui s'effraye. Je remarquai en lui quelque chosô d'extraordinaire. J'observai tous ses mouvements avec un redoublement d'attention; je crus qu6 l'heure fatale était arrivée, et qu'il allait rendre l^ dernier soupir. Mais dès que le prêtre fut à l'auti^l^ il se trouva tout à coup plus tranquille^ Il me fi^ l'effet d'un homme qui voit quelque chose d'agréé ble et de rassurante La messe était à peine finid« qu'il s'écria : « Mon ami > il vient de B'opérer eï^ (( moi un grand changement... Je suis guéri!».» ^ Je restai convaincu que M. Vianney venait d'avoi^ une vision ^ car je l'avais entendu murmurer plU"" sieurs fois le nom de sa protectrice^ ce qui me port^ à croire que sainte Philomène lui était a][)paruef mais je n'osai pas l'interroger. »

A dater de ce moment , le Curé d'Ars entra eu convalescence. On devine quel fut son plua ^essan^ besoin, dès qu'il se crut en état de S6 «ouleyer et d#

SA MALADIE ET SA FUITE. t03

ire un pas hors du lit^ à qui sa première pensée^ >ui" (\\il èa premièfô sortie, et ife premier usage de s forces à peiiie revenUeîà. Le Vendredi 19 mai, il

lit porter plutôt que conduire à l'église. Il tomba genoux devant Tautei et s'abîma dans un senti ent de recotinaissance et de conformité à la volonté i Mftttre qui l'appelait à vivre et à continuer ses ftvaux. Après avoir adoré Notre^SeigtieUr, il allu

prosterner dans la chapelle de sa ûhèfe petite tinte et y pria longtemps avec une Iterveur et une ^tisolation admirables. « Pendant huit joUrs^ dit le m instituteur Je conduisis moi-même M. le Curé l'église, entre minuit et une heure. 11 était si ^uisé qu'il n'aurait pas pu attendre jusqu'au matin ns prendre quelque nourriture. Dès qu'il était ^tré, la cloche donnait le signal^ et la population courait pour assister à sa messe* »

lia paroisse d'Ars était encore tout entière à l'al- «resse que lui causait le retour à la sattté dé omme qi^'elle avait cru perdre ; elle en jouissait îime l'avare du trésor qu'il s'est presque vu en- ^r, quand de nouvelles alarmés se répandirent U à coUpi

Nous avons grand' peur, écriviait-on le lenderriain de l'As» ^ioâ, qtie notre saint Curé ne nous échappe éi t^ù'il noiîs le le pleurer vivant àpi-ès avoir salué aveé làtit de bohheiil' ioieë de sa résurrection. Nous ne pbûVôns ilbus le dissi»ler^ le saint homme croit avoir fibi sa tàohe. il ë'étàit dit ; irai jusqu'à oe que je suec^ml^et » Il a su^^Ailié boUb le

poids de sod apostolat. 11 a demandé la vie pour se préparer à la mort, dans le silence et la solitude. La vie lui a été rendue : et il lui semble qu'avec sa guérison le ciel lui a donné la liberté. »

Après la guérison de M. Vianney, le pèlerinage avait pris une activité prodigieuse. Il semblait que la foule voulait se dédommager d'avoir été privée de son thaumaturge par une impatience de le voir de jour en jour moins contenue. Mgr Dévie, prenant en considération les fatigues excessives auxquelles une fois déjà le Curé d'Ars avait failli succomber, comprit qu*il était temps de le soulager ; et il lui donna pour auxiliaire M. Tabbé Raymond, curé de Savigneux. En voyant à ses côtés un prêtre jeune et ardent, qu'il estimait valoir mieux que lui, M. Vianney cmt qu'il pouvait enlin , puisqu'il laissait la paroisse en des mains plus habiles, chercher ce petit coin de terre inconnu où il avait rêvé d'abriter sa pauvre vie.

« Ce fut dans la nuit du 11 au 12 septembre, ra* conte Catherine Lassagne, que M. Vianney essaya de mettre à exécution la pensée dont il était tourmenté depuis longtemps. Il n'avait parlé de son projet à personne, excepté la veille au soir qu'il s'en ouvrit à sa maison de Providence , en nov 5 recommandant le secret. Mais une personne du dehors qui se trouvait à la porte , par une permission de Dieu, entendit cette confidence etî eut rieu dé plus

essé que de la répandre. Grande rumeur dans le liage. On vint chez nous aux informations : on •utait de la vérité. Cependant on se tint sur ses rdes et on veilla toute la nuit. Tout à coup, entre le heure et deux heures, on vit une petite lumière M. le Curé, qui sortait du presbytère par une )rte de derrière. Une troupe de personnes qui atndaient autour de l'église le moment où Ton ouïrait pour entrer, se mettent à courir. Les uns mlent encore lui parler, d'autres lui faire bénir es objets de dévotion : il continue sa route sans y Pendre garde. Il portait sous son bras quelques nges plies dans un mouchoir de poche qui conteait aussi sa petite bourse. Quand il arriva chez >n père à Dardilly, il avait les pieds meurtris et échirés; il se trouva mal et fut obligé de se mettre u lit. î)

Unelettre écrite du château d'Ars, le 1 6 septembre, empiète cette relation :

* Je vous ai appris la fuite de uolre Curé, le jour où elle 6U lieu. Depuis lors, nous avons même perdu les espé- ^ces qu'il nous semblait permis de conserver. Le .saint *^tne espère fuir le concours et Tespèce de célébrité qui Poursuivait. Son humilité Tempêche de voir qu'il en sera ^édé, quel que soit le lieu qu'il choisisse pour Sa re-

^le. M. des Garets, ne prenant conseil que de son zèle, ^titervertissant les rôles de la parabole du bon pasteur à la -herche de sa brebis, a été bien vite sur les traces de son ^é. 11 a'fait dix lieues dans la journée, et cela pour apprendre

que M. Vianiiey était parti une heure auparatant, Bans dire ou il allait, ui combien de temps il demeurerait abseut. U lui a écrit, de Dardilly mOme, une lettre que le Sainldoity retrouver, i»

On a su du Cuié d'Aiis que cette lettre lui ftviit fait impression, et qu'il l'avait lue plusieurs fois* Au reste, il n'avait point quitté Dardiily, comme on le supposait. A peine installé chez son frère? il avait repris ses habitudes de vie pénitente et mortifiée. Après de courtes visites à d'anciennes connaissances, auxquelles il tenait à donner cette marque de bon souvenir^ il n'était plus sorti que pour aller à la cure. Le jour où le maire d'An, M . le comte des Garets, vint à sa recherche, prévoyant cefte tentative dont il devinait l'objet et qu'il voulait esquiver à tout prix, parce qu'il doutait de son cœur et qu'il ne se sentait pas la force de résister à d'aussi touchantes sollicitations, M. Vianney prit le parti de disparaître le matin, sans dire où il allait ; pour éviter qu'on eût fecours à un menSoilgé, Il aVfetti^ seulement son UeVeu d'avoir à répondre à ceux qui le deûiailderaient, qu*on ne savait pas où il était.

Le saint fugitif reçut aussi ime lettre de Catherine; cette. brave fille était seule dans le secret; M. Viannej^ ne lui cachait rien, parce qu'il n'avait rien à re^ douter de cette âme façonnée à la plus parfaite obéissance. Nul peut-être ne soutïrait plus qu'eU*^ des douleurs de la séparation^ et repeàdaût 6lU fl^

9mandait rien au Seigneur, sinon que sa sainte )lenté s'accomplH. Elle apprenait à M. le Curé qu'il \1T resisiii encore quinze petites ; elle le conjurait, 1 nom du bon Dieu, d'avoir soin de sa santé, enfin le l'informait des démarches réitérées de M. Tabbé aymond auprès de Mgr Dévie, pour régulariser situation. N'ayant pas trouvé le prélat à Bourg, 11 ait allé jusqu'à Belley. Il en revenait avec deux tires. Il y en avait une à l'adresse de M. des Garets, ifls laquelle Mgr Dévie lui disait :

« Je déclare au bon Cufé q^e ftion désjr est qu'il reste à s, malgré les motifs qu'il croit avoir d'aller ailleurs, ispère qu'il se rendra à mes raisons. Cependant pour ne sle heurter trop fort, je lui indique deux autres postes où pourrais le placer. C'est en lui montrant des dispositions mblables que je le détournai du projet de s'éloigner d'Ars, y a quelques années. J'espère un peu obtenir le môme IQlt^t. Vos instances, calles d^ vos paroiasiens et des curéB Wfi^ contribiteront, j'espôre, à le fixer auprès de vous; )is^ dans tous les c^s, il est persuadé ftujpurd'bui quç J6 Qe i perme^rai jamais de quitter Ip diocèse d? B^lIey. Je crQJ- |s pprdre un trésor. «

Cependant Ars n'était plus dans Ars ; Ara, ou du c^ing son pèlerinage, était à Dardilly. Le serviteur Dieu ne prenant plus autant de précautions pour Cacher, les pèlerins qui avaient suivi sa piste et i rôdaient aux environs,y affluèrent; sa parenté la is lointaine accourut aussi. Uhumble maison des inney ne désemplissait ppg. C'est l'embarras des

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siens, en présence de ce concours d'étrangers, qui fit réfléchir- le Curé d'Arset influa sur sadétermi* nation.

' D'ailleurs M. Raymond était à Dardilly depuis le 46 septembre, résolu de mener à bonne fin sa mission, qui était de restituer au diocèse de Belley le trésor qu'il était menacé de perdre. Seulement le négociateur s'aperçut que cette victoire diplomatique lui serait vivement disputée. On n'eut pas plutôt éventé ses projets d'enlèvement, qu'il se vit en butte à la défiance universelle. Les habitants de Dardilly avaient comploté de garder le Saint et de le demander plus tard pour curé. Dès le premier pas, l'abbé Raymond s'embarrassa dans cette trame : il ne rencontrait que des visages soupçonneux; il n'obtenait que des réponses dilatoire^. C'est à peine si, i force de souplesse et de persévérance, en tendant tous les ressorts de sa politique, il put arriverle second jour jusqu'au Curé d'Ars. Le résultat de l'entrevue fut un rendez-vous, pour le lendemain, chez un confrère du voisinage. Dès lors la partie était gagnée. L'abbé Raymond prit congé de M. le Curé de Dardilly chez qui il était descendu; celui-ci l'accompagna assez loin hors des confins de sa pa* roisse, pour être bien sûr que ce n'était point \0 retraite simulée, et qu'on n'avait pas à craindre, de la part du négociateur, un retour offensif.

Le lundi, de bonne heure, l'abbé Vianney alla réveiller son frère, lui fit part de son projet et le pria

! raccompagner. Ils se mirent en route, au petit iir, pour ne pas provoquer l'attention des habitants li étaient sur le qui-vive. Le Curé d'Ars était si câblé des efforts qu'il avait faits pour se rendre à irdilly, qu'il lui eût été impossible de fournir la urse à pied. Son frère fit seller un cheval qu'il nduisit lui-même par la bride jusqu'à l'entrée du liage d'Albigny, où ils allaient. Là eut lieu la paration. M. Vianney aborda seul l'abbé Raymond li l'attendait, et après avoir célébré la messe, J partirent ensemble pour visiter la chapelle de îaumont, où Mgr Dévie proposait au saint prêtre i transporter sa résidence.

La route éprouva beaucoup le pauvre fugitif, qui fait peine à marcher, et les cahots d'un dur et auvais véhicule, qu'on lui avait procuré, ne le fa- Suaientpas moins. On passa devant une église; le iré d'Ars voulut y entrer. Les deux voyageurs Sigenouillèrent pour réciter une partie de TofTice. uand ils se levèrent pour sortir, ils virent, à leur ■and étonnement, que l'église était pleine de fidèles, )mme si on les eût appelés au son de la cloche, lors, M. Raymond dit à son compagnon qu'il 3 pouvait se dispenser d'adresser la parole à ses i^ves gens, M. Vianney se mit donc à parler et fit avec une force merveilleuse, A. quelque distance de là, ils s'arrêtèrent dans Qe cure voisine de Beaumont, pour y passer la ^it;et,le lendemain, au point du jour, ils dirent

ÎIO . VIE Dr CURÉ d'ars.

tous deux la sainte messe dans le vieux et rustique saneluaiiv deluMrre de Dieu. Ils faisaient ensemble une dévote action de grâces, lorsque M. Vianney,se penchaqt tout à coup àToreille de l'abbé Raymond, lui dit du ton le plus résolu : « Retournons à Ar8.« |^'^

Une voiture fut bientôt prête. On la prit jusqu'k Savignem. Dans cette dernière paroisse, pendant que le serviteur de Dieu se reposait et réparait ses forces, Tabbé Raymond dépêchait à la hâte sa domestique pour annoncer aux habitants d'Ars qu« leur bien-aimé pasteur allait leur être rendu.

En un instant, la population fut sur les portes et dans une inexprimable attente. On allait, on venait» ou s'attroupait, on s'interrogeait. «G'estM.leCurél *^ Ce mot eut bientôt fait le tour du hameau : laplac?^^ se couvrit de monde : les ouvriers quittaient lei^^ travail; les batteurs de blé jetaient leur fléau; 1 feruuies laissaient leur ménage. .. On avait échelon sur la route des vedettes pour signaler de loin Ta rivée du saint homme, la foule se portait de préf^ renoa sur tous les points par où on s'attendait à Uvoir paraître. Enfln un grand cri s'élève : « Voilà 1 - Saint ! » On se précipite à sa rencontre : c'est à qt^ l'î^percavra le premier ; c'est un empressement, u^ niélanga, une confusion inouïe. On ne savait exprimer sa joie que par des pleurs ; on se jetait genoux devant lui pour recevoir sa bénédiction^ Plus il s'humiliait, plus les marques de respe redoublaient. Les uns lui baisaient les pied

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