ORIGINE DU PÈLERINAGE
Je ne sais s'il y a eu un exemple d'une telle puissance depuis saint Bernard.
Les premiers ,qui vinrent à Ars furent des âmes fl'élile, âtvîdes d'une direction plus haute et plus ferme, des âmes troublées chercbant le repos de la conscience, mais surtout des pauvres espérant re- 'l cueillir une part dans les aumômes du serviteur de s Dieu, et des malades en réclamant une autre dans ses prières. On commença à se dire à la ronde ^ combien le Curé d'Ars était doux envers les cou- [*- pables, patient envers les scrupuleux, indulgent ^ïïvers les faibles, compatissant envers les malheureux, secourable envers tous. Les pécheurs venaient trouver ce bon prêtre, qui les accueillait en pleuï^nt; les pauvres accouraient vers ses mains bienfaisantes, qui n'avaient rien à donner et qui donnaient toujours ; les affligés savaient que ses lèvres étaient une source abondante de lumière et de consolation; ceux qui étaient agités de doutes savaient qu'elles donnaient une force victorieuse à la vérité. Les justes venaient aussi, car son cœur était un foyer d'amour auquel se réchauffaient tous les cœurs.
Gonnue d'abord d'un petit nombre, la vertu de M. Vianney se répandit de proche en proche et lui amena tous les jours de nouveaux admirateurs. Les exemples d'austérité que nous avc«is rapportés au livre précédent, les faits merveilleux qui se ratta chent à la fondation de la Providence^ d'autres encore que nous ne connaissons pas eurent bientôt
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fait le tour de la Bresse, du Beaujolais, du Lyonnais, du Forez, du Dauphiné et de la Bourgogne. 11 y eut une chronique d'Ars qui se mit à courir de \ille en ville, de chaumière en chaumière, déposant dans la mémoire du peuple un immortel fondement à la réputation du serviteur de Dieu. C'est ainsi que le concours s'établit entre 1825 et 1830.
De nombreuses guérisons opérées coup sur coup devant les reliques de sainte Philomène, dans les années qui suivirent, accréditèrent son culte. « Mais ce qui a le plus augmenté Taffluence, c'est M. le Curé par ses prières pour la conversion des pécheurs. La grâce qu'il obtenait était si
FORTE, qu'elle ALLAIT LES CHERCHER, SANS LEUR LAISSER UN MOMENT DE REPOS *. » VoilàcU dCUïmotS
l'origine du pèlerinage d'Ars ; la Providence a voulu que, pendant trente ans, lespopulationsdu xix*siècle, si amoureuses de toutes les vanités, vinssent en foule rendre hommage à l'humilité et à la simplicité. Pendant que les beaux esprits de nos jours s'évertuaient contre la confession et ses influences, le peuple leur répondait en allant se confesser à Ars. C'est autour du confesseur que le mouvement s'est fait d'abord.
Les étrangers qui commencèrent à assiéger M. Vianney à son poste d'honneur et de souffrance, s'estimaient assez récompensés des privations et des
• Notes de Catherine.
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longues fatigues du voyage parle bonheur de l'avoir \u, d'avoir déposé à ses pieds les secrets de leur cœur, et par la paix de la conscience qu'ils remportaient après être rentrés en grâce avec Dieu. Ils n'oubliaient plus sa bonté à les accueillir, sa patience à les entendre, sa douceur à les consoler.
La rareté et le peu de commodité des logements étaient capables d'arrêter les progrès du pèlerinage, si c'eût été une affaire de pure curiosité ou de fantaisie ; comme c'était l'œuvre de Dieu, non-seulement il se soutint, mais encore il augmenta miraculeusement. On a vu des personnes du plus haut rang, habituées aux rafQnements du luxe dans leurs splendides demeures, se contenter, pendant plusieurs semaines, de cette pauvre hospitalité de village. Les pèlerins étaient souvent entassés les uns sur les autres. Les maisons d'Ars, petites et étroites, étaient peu propres au logement de tant d'étrangers. Dans une chambre de quelques mètres carrés, il y a eu jusqu'à huit ou dix personnes réunies à la fois. La nourriture était à l'avenant.
Cependant on comprit bientôt qu'il fallait pourvoir aux nécessités matérielles les plus urgentes, et peu à peu on vit s'élever des maisons plus commodes et plus spacieuses. La plupart des constructions qui se groupent autour du clocher, datent de ce tempslà. Un service régulier de voitures publiques, ayant ses bureaux à Lyon et à Ars, fut établi en 1835. De nouvelles routes furent créées. Toutes ces améliora - \3,
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tioD6, coïncidant avec rétabliseemeat des paquebots et la facilité de la navigatioa sur la Sateie, Soumirent aux pieux visiteurs des moyens de transport qui accrurent rapidement l'importance dn pèkri- Bage. Dès lors Tébranikment devint général et le mouTement vers Adrs quasi européen. On a calculé que, par les seuls omnibus qui mettent le village en communication avec la Saône et la gare de Yillefranche, il était arrivé dans le cours d'une année ordinaire plus de 80,000 pèlerins.
D'où viennent c^ flots d'étrangers ? De partout : de toutes lesprovinces de la France, de tous les peints de la Savoie, de la Beflgique, de rAngleterre et de l'Allemagne. Qui les a conviés? Personne, honnis ceux qui reviennent et qui ont vu ; car les joarnauî n'ont pas encore parlé du Curé d'Ars. Cette foute est composée connue le monde ; toutes^les classes^ tontes les conditions, tous^ les rangs y sont repréisstés et s'y donnent la main. Les pauvres , habitués à vitre avec la douleur, y coudoient les riches qui ont épuisé les moyens de la repousser. Les uns apportent dos offrandes, les autres demandent, des aumônes, tous iîDploiTrnt la guérison du corps et de I^mei Des boiteui^ des aveugles^ des souihIb, des épileptiques, des maniaques, des infirmes de tonte sorte arri^nt de cent et de deux cents lieucKs intfrchant à' pied, soutenus parune ia3Tincttile< confiance. Ees grande affl^m à Ai^s- comme les pstits,. pour peu que la nïaJn de Dieu ou celle des hoiMoes les
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ait meurtris. Les veirves et les orphelins, les henreinc et les malheureux, les jeunes gens plieins d'fllusioDS et les yieillards blasés, les hommes dégoûtés du monde et les femmes lasses de frivolités, les pé- Gberurs surtout y accourent en foule, attirés par «ae vertu et une science également surnaturelles à leurs yen», ©n compte même beaucoup de curieux et quelques opposants. On y rencontre les complications les plus bizarres et les contrastes les plus heurtés, des vertus au milieu des vices, sous dies dehors qui font envie des misères qui font pitié,, des situations sans issue si ce n'est par la voie du Calvaire, des malheurs sans espoir si ce n'est du côté du ciel.
Le Guré'd'Ars voyait, tous les jours et tout le long du jour, défiler sous ^s yeux ces interminables «éries d'embarras et d'infortunes, ces variétés du monde dont la tristesse est toujours le fond. Son âme en était douloureusement affectée^ et, le soir, quand il rentrait dans sa chambre en compagnie des missionnaires^ il se laissait aller à toute sa sensibilité; il fondait en larmes : u II « faut venir à Ars , disait-il, pour savoir ce ^ue (f c'est que le péché, cette misérxiiblegTntneë'Adêm. «' On ne sait qu'y faire : on ne peut que pleurer et « priw. »
La fouie eompnenait l'importance des bienfaits èont M. Yianney était le disjpeosateur, et rien ne peut donB^Ë^r «ne idée de son empressement à les
Fecevoir. Si matinal que fût le serviteur de Dieu, les pèlerins l'avaient devancé et l'attendaient à la porte de son église. Un grand nombre passaient la nui^ sous le porche, transformé en dortoir, pour èlr© assurés de ne pas le manquer. On avait établi ua^ certaine règle, et l'arrivée de chacun déterminai^ son rang. Mais il y avait les privilégiés; quelquefois le Curé d'Ars les distinguait au milieu de 1^ foule et les appelait lui-même. Le peuple prétendait que le discernement du bon Père lui faisait recoa naître, à première vue, ceux qui ne pouvaient attendre, ou qui apportaient à Ars des besoins plus sérieux et des nécessités plus pressantes qa^ les autres.
Souvent aussi les pèlerins recouraient d'euxmêmes à diverses industries pour gagner du temps, et arriver plus vite au saint prêtre. Il y avait les moyens humains qui consistaient à entretenir des intelligences avec les missionnaires, les logeurs et les logeuses, les gardiens et les gardiennes. Il y avait aussi les moyens surnaturels, que beaucoup de personnes assurent avoir employés avec succès. Elles s'adressaient au bon ange de M. Vianney et l'intéressaient à leur cause. Le Curé d'Ars sortait alors du confessionnal et venait droit à elles, ou bien une circonstance heureuse et imprévue les plaçait su son chemin, et amenait la rencontre désirée^ E dehors de ces voies régulières, les passe-droi étaient rares : M. Vianney ne s'y prétait pas. f