‹ Le curé d'Ars: Vie de m. J.B.M. VianneyChapitre 49 sur 87 · ORIGINE DU PÈLERINAGE · texte numérisé non relu

ORIGINE DU PÈLERINAGE

préférences, lorsqu'il croyait devoir en faire, étaient pour les pauvres et les jnalheureux.

Bans le nombre des pèlerins, il devait s'en trouver

dont le but n'était que la satisfaction d'une curiosité

^out humaine* La foule suit la foule, et se porte là

^ù il y a de la renommée et du bruit. M. Vianney

^ut à subir inévitablement bien des obsessions

^É^oïstes, bien des engoùments ridicules, des fantai-

^'6s vaniteuses, des excentricités parasites qui ne

^^nquent jamais de harceler les célébrités de tout

S^tàre. Mais ces non-valeurs étaient à l'instant écar-

^^B et remises à leur place avec l'ascendant d'une

"l^ïïiilité polie, qui ne laissait ni l'espoir du succès

^^ la tentation du retour : « Il ne valait pas la peine

" ^e vous déranger pour si peu, disait l'humble

^* Jirêtre..; » ou bien : « Vous ne serez pas si content

^^ que la reine de Saba, et vous ne direz pas comme

'^ elle : (( Ce que j'ai vu surpasse ce que j'avais

^^ imaginé...» Ce sera tout le contraire.»

Ordinairement les voyages à Ars avaient un meilleur motif. On venait y chercher des conseils et des prières, la paix du cœur et la grâce de Dieu. On était le bienvenu quand on apportait des doutes sincères àéclaircir, des difficultés sérieuses à résoudre, des complications à dénouer, des chagrins à partager, des plaies à guérir et surtout des péchés à pardonner. Gomme le bon Curé se montrait alors affectueux, tendre et cordial ! comme les intérêts de ses clients devenaient aussitôt les siens! comme il ré-

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douze voitures publiques , c'était un cadre paisible et silencieux qui disposait aux pensées grades. Kien n'y ressemblait à ce qu'on voit ailleurs. Les flgures y étaient reposées, les conversations sérieuses, l'animation même qui y régnait n'excluait pas le recueillement. On n'était plus en France et au xix* siècle; on pouvait se croire en plein moyen âge, dans un de ces grands cloîtres au seuil desquels les bruits de la terre finissent.

Le paysage lui-même , par sa tranquillité et sa douceur, contribuait à former ces religieuses impressions. Elles devenaient plus vives à mesure qu'on approchait de l'église et du presbytère, en sorte que la source d'où elles découlaient paraissait être surtout dans ces lieux. On se trouvait si bien à Ars qu'on n'aurait plus voulu s'en aller, si ce n'est pour monter au ciel sans repasser par le monde. On aurait souhaité d'y finir sa vie, d'y a7oir son tombeau. On ne se contentait pas de le désirer, plusieurs personnes de différentes conditions ont réellement quitté leur résidence et leurs relations dans le monde pour s'ensevelir dans cette solitude, à l'ombre de la sainteté, et y préparer leur âme à la seconde vie. Ce n'est pas sans émotion que nous avons lu sur une croix de bois, qui marque au cimetière la sépulture d'un étranger, cette belle inscription : UBi grux ibi patria.

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