‹ Le curé d'Ars: Vie de m. J.B.M. VianneyChapitre 5 sur 87 · SA PREMIERE ENFANCE · texte numérisé non relu

SA PREMIERE ENFANCE

tude par amour de la prière ; il savait à peine parler, qu'il voulait se mêler à tous les exercices de piété qui avaient lieu en sa présence. Dès qu'il en- "t^ndait sonner V Angélus, il donnait l'exemple à toute la maison et s'agenouillait le premier pour réciter VAve Maria. Il avait dans la demeure paternelle différentes petites cachettes où il disparaissait souvent, et quand on s'enquérait de lui, on le trouvait là, s'essayant à redire tout ce qu'il savait de T)rières.

Le premier cadeau qu'il reçut de sa mère fut une image en bois de la très-sainte Vierge ; mais déjà, pour cette sérieuse nature d'enfant, sa petite statue était moins un jouet que l'objet d'un culte et d'une vénération pieuse; sa vue était la plus gracieuse de ses distractions et le plus sûr remède à ses larmes... . «Oh! que j'aimais cette statue! disait-il à plus de « soixante ans de distance. Je ne pouvais m'en sé- « parer ni le jour ni la nuit, et je n'aurais pas dormi '( tranquille si je ne l'avais pas eue à côté de moi, « dans mon petit lit. »

« Il y a longtemps que vous aimez la" sainte «Vierge? lui disait une fois son prêtre auxiliaire. « — Je l'ai aimée, répondit-il, avant môme de la « connaître : c'est ma plus vieille affection. Étant « tout petit, j'étais possesseur d'un joli chapelet; il «flt envie à ma sœur; elle voulut l'avoir : ce fut « un de mes premiers chagrins. J'allai consulter « ma mère; elle me conseilla d'en faire l'abandon.

ê VIE DU CURE DARS.

« pour l'amour du bon Dieu. J'obéis, mais il m'ert « coûta bien des larmes. »

L'âge fortifiait tous ces bons sentiments, et l'oix peut dire que la prière fut le plus doux passe-temps du petit Jean -Marie, avant qu'il pût comprendre qu'elle était le premier de ses devoirs. Il avait quatre ans quand il disparut un jour sans qu'on pût savoir ce qu'il était devenu. Sa mère, craignant un malheur, Ife chercha longtemps avec une anxiété croissante. A la fin, elle l'aperçut à genoux, blotti dans un coin de rétable et priant avec ferveur; elle retint une explosion de joie et d'admiration , pour ne laisser paraître que la peine qu'elle avait ressentie de son absence, et lui dit, sur le ton du reproche : « Pourcrquoi, mon enfant, m'as-tu donné tant d'inquié- (ttude? Quelle idée d'aller te cacher loin de moi tr pour faire ta prière! » Confus du chagrin qu'il pouvait avoir causé à sa mère, l'enfant se jeta dans ses bras en s'écriant : « Mère , pardonnez-moi ! Je «rn'ai pas voulu vous faire de la peine... Je n'y re- H tournerai plus. » Et il répétait ces derniers mois avec une véritable contrition.

Une autre fois, un voisin qui n'était pas des plus dévots, dit à M. Vianney père : « Je crois que votre « petit brunet me prend pour le diable ; il se morn fond à faire des signes de croix en ma présence. » Sa mère, craignant que l'enfant, tout petit qu'il était, n'y mît de la singularité et ne cherchât à se faire remarquer, lui adressa quelques remontrances,

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