‹ Le curé d'Ars: Vie de m. J.B.M. VianneyChapitre 56 sur 87 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

la |p«lMMiiiee de ««MielatieB %m9 Neire-AcIfMV ivall mlM en M. VlMiiicy, et die l'efllcacllé de lei

Ce qui arfluait en plus grand nombre autour de M. Vianney, outre les malades et les pécheurs, c'étaient les affligés. Dans cette pauvre enceinte de réglise d'Ars se pressaient, jour et nuit, toutes Itf conditions de l'humanité, mais surtout ses vûix^' tunes et ses plaies. Les extrémités du luxe etdeit misère, de la puissance et de la faiblesse, s'y cfsnir doy aient incessamment, et quelquefois s'y rencontraient pour se rapprocher et se faire du bieftcar les uns apportaient ce que venaient cherchfii les autres.

Rien n'était plus saisissant que ce mélange des rangs et des classes, ce contraste des situations liS^^ plus diverses se touchant en un seul point: l'égalité devant la douleur. Tous avaient souffert de la vie^ tous étaient accueillis avelMla même affabilité com-' pâtissante; et s'il y avait quelque nuance dans ceii^

ipartiale tendresse, elle était en faveur du pauvre du petit.

Chagrins domestiques, revers de fortune , désas- 5s soudains, ménages troublés, réputations comomises, affections trahies, faibles opprimés , incents persécutés, tous les genres de disgrâces lient représentés dans cette foule qui entourait

Curé d'Ars et remplissait son églisç. Que de nfidences ces murs ont reçues! que de pleiycs i ont vus couler ! M. Vianney entendait des Loses à fendre Tâme. Alors il s'arrêtait, il joilait les mains, il levait au ciel ses yeux humides 3 larmes et pleins d'une ardente supplication; iJis il les rabaissait sur les malheureux, qui trouvent un commencement d'espérance et de conso- ^ion dans la profonde sympathie de ce regard tout ^gé de bénédictions célestes et de divines pro- ^sses. Il y avait là comme une source intarissable chacun venait puiser des rafraîchissements pour ^ ânie : le jeune homme, la force contre ses pen- ^îits; la jeune fille, le dernier mot de ^vocation; ^ère de famille, le secret du dévoùment, le con- ^ des situations difficiles et la consolation des X*s mauvais; l'homme mûr, le pardon des erreurs ^jeunesse; le vieillard, la grâce de bien mourir, tiquiétude y laissait ses agitations; le vice, ses Ullures et ses hontes; la faiblesse, ses tentations

découragement, et iÊk désespoir, ses projets de Uiide.Tous emportaient de leur visite des pensées

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plus sereines, une attente plus douce et plus paisible de Tavenir, plus de courage à supporter les tristesses présentes.

La puissance de consolation du bon Saint était immense. Il n'avait qu'à parler, et d'un mot il atteignait le mal dans sa racine ; il cicatrisait la blessure; il endormait la douleur; il adoucissait tout ce qu'il y avait de cuisant et d'enflammé dans les regrets, d'âpre et de rongeur dans les ressentiments et les colères, et cela sans emphase, sans ces dehors qui aident le discours , qui imposent , qui pemadent ou qui gagnent les cœurs. Il ne cherchait rien et ne disait rien de lui-même : c'est Dieu qui parlait par lui et qui rendait sa parole efficace.

Une jeune mère de famille ne pouvait se résigner h laisser après elle sur la terre cinq petits orphelins. Le Curé d'Ars vint auprès de la mourante; quand il l'eut exhortée , non-seulement elle était disposée à vouloir ce que Dieu voudrait, mais elle avait fait le sacrifice de sa vie ; elle désirait la mort et l'appelait de tous ses vœux, «heureuse, disaitelle, de confier l'avenir de ses enfants à la sagesse et à la providence d'un Être en qui tout est parfait.»

Nous avons connu une femme qui avait perdu son fils unique. Son désespoir était comme celui d^ Rachel. M. Vianney sut calmer cette inconsolable douleur maternelle par de^paroles venues du ciel.

Une autre en mourant avait laissé sept petits

rants. Cette troupe d'orpIielîDs fut amenée à Ars r leur malheureux père. Le saint Curé aurait inu la jeune mère défunte, il l'aurait dirigée, *il n'aurait pas mieux parlé de cette vie angélique î faisait tant de vide sur la terre... Il montra au re et aux enfants la place près de Dieu de celle *ils avaient perdue. Il releva leurs pensées affaisîs sur la tombe, et, sans les arracher de ce lieu où es voulaient rester, il les tourna du côté du ciel, tte famille s'en alla consolée.

Un jour, deux femmes en deuil se rencontrèrent \rs, deux mères qui avaient l'une et l'autre eni^eli toutes leurs espérances d'ici-bas. Elles ne s'éent jamais vues, mais les grandes infortunes se mprennent. Au premier coup d'œil, ces deux femîs se connurent, se tendirent la main , s'embrasfent et pleurèrent ensemble. Avant d'avoir vu le int Curé, elles avaient ainsi déjà trouvé l'une et utre , sinon un adoucissement , du moins un enuragement dans leurs peines.

Une de ces deux affligées était une vraie chrénne : sa vie s'était consumée dans la pratique aslue des vertus, des prières et des bonnes œuvres, itait au pied des autels, où se passait la plus grande ■•tie de ses jours, qu'elle avait été frappée coup 1* coup et avec une persévérance extraordinaire, e avait vu mourir tour à tour ses trois fils ; et au Pouillement où elle se trouvait désormais réduite,

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à son immense douleur, se joignait le chagrin d^ toute une famille dont le nom iUusti'e allait s'èteil^' dre. L'autre malheureuse était une de ces créature* frivoles qui laissent sommeiller la foi qu'elles oi*^ reçue au baptême et qu'une éducation chrétienï>^ a nourrie quelque temps dans leur cœur. Elle ca'»^' rait aux plaisirs, et, au milieu. des délices du monde, des honneurs de la terre, des sourires «t des fêtes, elle avait été atteinte dans ses affectioxis et avait vu mourir son fils unique. Celle-ci fut ia première introduite auprès du bon Curé.

Le serviteur de Dieu écouta ses gémissements et gémit lui-même; il pleura, lui parla un langa?^ tendre et compatissant, et la faisant mettre à genoux, s'agenouilla et pria avec elle. Un père n'aurait pas eu pour sa fille des recherches plus affectueuses. Auprès de la chrétienne, au contraire, le sage directeur fut ferme sinon sévère. Il ne lui reprocha pas ses larmes, mais il la mit en garde contre l'excès de sa douleur : et comme elle avait pour ceux qu'elle pleurait des assurances de salut, il la répi^manda de cette affection naturelle, égoïste et rabaissée , qui lui faisait envisager avec regret le bonheur de ses enfants. Il replaça ce pauvre cœur, un instant étonné et bouleversé, dans les hautes et sublimes régions de la foi , présentant à son courage les amertumes fortifiantes de la croix, comme il avait offert à l'autre affiigée le lait et le miel destinés aux petits enfants.

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i8i VIE DU CURÉ D'ARS.

donné du calme , ces jours-ci , au milieu dHnquiér tudes suffocantes. Soyez béni pour la consolation que votre lettre m'a apportée dans un moment où j'en avais un si pressant besoin! La phrase du saint Curé d'Ars : voir Dieu en tout et jouir de tout ce çue Dieu veut^ est un inépuisable sujet de méditations; j'espère que le bon Dieu me fera la grâce d'en profiter.

« La pensée qu'un aussi saint homme va prier pour moi me donnie un nouveau courage. Le bon Dieu frappe bien fort sur notre famille, mais avec une miséricorde évidente.

(( Je me prosterne respectueusement aux pieds du saint Curé, en lui rappelant sa promesse. »

Les lignes suivantes nous ont été adressées quelques jours après la mort du serviteur de Dieu :

« Je prie Notre-Seigneur de me permettre de retourner encore à Ars. J'ai besoin de respirer cet air si pur... Pendant la vie du cher Saint, rien ne m'effrayait : j'étais assurée de trouver auprès de lui conseil et force. Trois ou quatre fois chaque année, je venais me retremper à cette source vive et y puiser le courage de cheminer dans la vie en surmontant mieux les peines qui s'y rencontrent à chaque pas. Car on ne le quittait jamais que le cœur rempli de force et d'espoir. Aujourd'hui, je suis comme un vaisseau démâté...

« On ne saurait dire le vide que l'absence d'un pareil homme fait dans le monde... »

ous ceux qui venaient à Ars ne se confessaient tous n'avaient pas des doutes à soumettre au iteur de Dieu, des lumières et de la force à puidans ses conseils ; mais tous voulaient lui être )mmandés, tous désiraient avoir part à ses sut- :es, tous comprenaient que sa véritable puisse était dans la prière. Les personnes qui le aient le plus souvent et qui l'entouraient de i près étaient convaincues que Notre-Seigneur ui refusait rien, et que, pour obtenir une grâce Iconque, il n'avait qu'à la demander.

Pour me rendre l'usage de mes yeux, disait un une homme aveugle, M. le Curé n'aurait cepenint qu'à dire une fois :* Je veux. » Beaucoup de ades, d'infirmes et d'affligés tenaient le même fage. Nous aimons ce mot d'un bon paysan du ujolais, qui disait un jour en parlant du Curé *s et des miracles qu'il faisait : « Quand on est

rviteur de Dieu, Dieu obéit à son serviteur

i Curé d'Ars est un serviteur de Dieu. »

îs faits ne manquent pas à l'appui de cette ance. On se souvient, à Ars, qu'une maison du leau des Gardes s'étant écroulée, l'aïeule et la ;e-fille furent prises sous les décombres. La jeune e échappa au danger, mais elle était folle de leur; elle courait par le village en criant : « La )e ! la petite est tuée M » et elle voulait s'arra- • la vie... Son mari, quand il la vit venir à lui, que la malheureuse avait perdu l'esprit, el

VHi; VIE DU CURE D AKS.

({U(\ dans uii moment de délire, elle avait doimé la mort à son enfant On alla en toute bâte avertir b M. Vianncy. A cette nouvelle, il se mit à genouiel je lit une prière, puis il se rendit sur le lieu de Vaech |î[l dont, (.'t, arrivé en face des ruines, il donna sabéiiédiction. On n'eut pas de peine à retirer la graûd'- |^, mrre, qui n'avait que de légères contusions, mais on ne trouvait pas l'enfant ; on n'entendait pas ses cris. M. Yianuey priait d'un air de compassion et encourageait les fouilles, donnant bon espoir àtous. Enfin on découvrit la petite fille, qui se mit à sourire en revoyant la lumière, et qui demanda aussitôt, i»ar ses pleurs, le sein de sa mère. Elle n'avait pas la moindre blessure.

M. Vianney guérissait, convertissait et consolait (le loin par l'efficacité de ses prières.

Une personne d'Ars reçut un jour une lettre par laquelle on lui demandait d'intéresser le saint Cure en ftiveur d'un jeune bomme malade depuis longtemps. La commission fut faite et le serviteur d^ Dieu répondit : «J'y penserai. » Quelque temps après, nouveau message : a Vous avez donc oublié notre a pauvre malade? Nous croyons que si le Saint d'AïS u avait parlé de lui au bon Dieu, il en aurait res- « senti les efi'ets. » Nouvelle démarche auprès d^ M. Vianney, qui répond encore: « J'y penserai- * Le malade était toujours plus souffrant. On écri^ une troisième fois; on n'épargne pas les reproches r

L donne à enteadre que si la grâce n'est pas obtele, le jeune homme se perd pour Téternité.

Ému à cette lecture, effrayé des suites que pouit avoir sa négligence, le correspondant court à . le Curé : a Mon père, voilà trois fois que je viens vous supplier de prier Dieu pour un pauvre malade digne de votre compassion : vous avez dû penser à lui, puisque vous me l'avez promis ; et cependant le mal persévère. Je vous conjure de me dire pourquoi Dieu ne veut pas avoir pitié de cet infortuné. — Le bon Dieu ne peut pas prendre patience plus longtemps. Il ne veut pas que ce jeune homme périsse, et il lui envoie cette maladie ' pour l'arrêter dans ses désordres. — Mon père, ' demandez à Dieu, s'il vous plaît, qu'il le guérisse ^pour cette fois; il sera bien reconnaissant; il ^ aura une meilleure conduite. — Non, il ne sera '^pas reconnaissant; au contraire,*il désire sa gué- < rison pour continuer à offenser Dieu. A l'heure '' qu'il est, il murmure, il blasphème. . . — Mon père, '^voulez-vous que je lui transmette vos paroles? ' ^ Non, cela ne servirait qu'à l'irriter. — Eh bien î 'Puisqu'il en est ainsi, demandez à Dieu d'aug- Hienter ses souffrances, de l'éprouver longtemps, jusqu'à ce qu'il se convertisse, mais de lui envoyer en même temps la patience et la résignation.

Qu'il lui fasse connaître pourquoi il souffre ; et lorsqu'il l'aura purifié, qu'il le reçoive dans le ciell — J'y penserai, je vous le promets. »

Quelque temps après, la personne charitable qui sollicitait au nom du jeune malade vint à Ârs. Elle avait reçu, pour toute réponse à sa dernière lettre, le conseil de faire une neuvaine à sainte Philomène. <« Gomment \a votre jeune homme, lui demanda* a t-on ? — Oh ! répondit-elle , mon jeune homme <« est plus souffrant que jamais, et il demande à Dieu (* de le faire souffrir davantage. C'est un ange de u patience. Ceux qui l'ont connu autrefois et qui le a voient maintenant, ne peuvent revenir de leur (' admiration. »

Les prières du serviteur de Dieu avaient obtenu à ce jeune homme une grâce qui passe avant la santé, la grâce de bien user de la souffrance.

En 1845, une religieuse carmélite du monastère du Saint-Esprit, à Amiens, dont les austères attraits avaient quelque ^rapport avec ceux du serviteur de Dieu, fit une très-grave maladie. Deux médecins que leur expérience et leur savoir faisaient regarder comme des oracles, avaient déclaré qu'il ne restait aucune chance de salut ; qu'il n'y avait rien à faire sur un petit corps si frêle et si exténué. La malade lut recommandée aux prières de M. Vianney. En peu de jours, sa guérison fut si parfaite que, pour correspondre à cette grâce, on crut qu'on devait lui laisser reprendre ses austérités, dans lesquelles elle persévère encore.

Le 1 3 février 1 857, pendant que nous prêchions

Ars la station quadragésimale , nous recevions us-même ces lignes d'une mère :

K Je suis bien inquiète et bien affligée. Mon petit Xoseph malade. Cet enfant, jusqu'à présent si beau de santé, est proie à une fièvre violente qui ne le quitte pas depuis aire jours. L'idée m'est venue ce malin de le recommander K prières du sainl homme que vous avez le bonheur d'adrer tous les jours, et j'ai compté sur vous pour V\ intéiser d'une manière plus intime et plus particulière. « Je sens que ni mon pauvre mari ni mol nous n'aurioix rorce de supporter une épreuve comme celle que j'entreis avec terreur. »

Suivait celte apostille : .

« La lettre de ma femme a été portée trop lard, hier, à la sie; l'intention y était.... PuisseDieu nous en tenir comptei te nuit s'est écoulée. Rien de changé dans la position de Ire bien-aimé petit malade. Évidemment nous nous trou- Dsen face d'une fièvre continue du caractère le plus grave, le le lout-puissanl médecin en modère les ravages et nous rde cet enfant, sur lequel se concentrent tant d'affections!

l'ai donné à Dieu quand il est venu au monde, et Dieu l que je désirais en faire un instrument de son règne et de

gloire!... Je lui en demande la conservation à ce titre, is qu'il en rejaillisse rien sur ses parents, faites prier le ml Curé; obtenez-nous la conservation de notre enfant ou résignation. Ah ! quelle sera difficile si Dieu ne nous en X la grâce el le don ! »

Noua lûmes cette lettre à M. le Curé; il versa des ïmes en nous écoutant, et promit une messe pour

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le lendemain. Il nous chargea d'écrire aux p d'avoir conflance et nous donna pour eui ui daille de sainte Philomène.

Or, ' voici les nouvelles que nous reçûtnei jours après :

a Je viens immédialement vous faire part, à vous, leur de ee'le grâce éclatante, de la guérison de m Josepb. Je dis guérison et non convalescence, car I2 tion a été si brusque, si soudaine, que d'un état alar l'ai vu hier, mardi, vers huit heures du matin, — précise où le Curé d'Ars disait la messe, — pour a transformé.... J'appelle cela d'un nom que je crois miracle, ou une grâce accordée d'une manière et 1 circonstances telles, qu'il est impossible de n'y pas naître une intervention de l'ordre surnaturel. 11 n'y i besoin d'être médecin pour voir ce qu'il y a eu de dans ce fait.

« Veuillez dire à M. le Curé que Dieu l'a exaucé ; ( enfant est sauvé; j'ose dire ce mot, bien que nous n( qu'au lendemain de la transformation. Qu'il conl prier pour l'âme comme il a prié pour le corps. Héla sirais qu'il priât pour le corps en vue de l'âme, non ( petit Joseph doive jamais avoir une plus belle â l'heure présente.... mais enfin, pour qu'il ait une â ritante et dévouée au salut d'autres âmes et à la g Dieu. Mille louanges à Dieu! mille bénédictions àso serviteur et fidèle ami ! »

Nous pourrions nommer ici un grand mm curés qui depuis qu'ils sont venus recomi

aroisses aux prières du serviteur de Dieu, 3sté qu'elles n'étaient plus reconnaissables ; 5 offraient le plus heureux contraste avec les lions environnantes.

se passait pas de jour que, dans la volumicorrespondance dont nous avons mis des 5 sous les veux de nos lecteurs, des lettres euses n^apportassent l'expression de la ressance de ceux que les prières du saint Curé : soulagés, guéris, consolés ou ramenés à

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