‹ Le curé d'Ars: Vie de m. J.B.M. VianneyChapitre 57 sur 87 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Comment le Coré d*Arfl foi TisiAé par ée» peïtttt iniérlenrefl irè«-Tivefl ei irè»-e«Btiiine1lcfl.

Quand on cherche la raison qui a valu au Curé d'Ars un rôle si important dans l'Église de France et une si belle place dans l'amour et la vénération des peuples, on la trouve dans les deux grands attributs du prêtre : la prière et le sacrifice. Pour attirer les âmes à lui, pour les pénétrer et les transformer au foyer de sa charité, pour rendre plus f»' cile aux pécheurs l'aveu de leurs fautes et leur faire ressaisir le pouvoir auguste et surnaturel d'agir en chrétiens, il n'eut pas seulement à exhorter, il eut à prier et à expier. Le disciple dut, comme le Maître, s'offrir en holocauste, donner du trop-plein de sa vie sainte pour que cette sève exubérante instillée dans les âmes flétries y fit circuler la lumière avec l'amour. Tout ce que la croix touche, elle le féconde. LÀ est le secret de ces longues immolations volû0' taires et aimées qui ont été dites au livre précédent, et dont plus d'un lecteur se sera peut -être étonné. En ce temps de faible intelligence et de plus faibk

urage, le monde ne sait pas qu'un grand cœur ne Lrrête point dans Tamour, et que l'amour sans mère produit le sacriQce. Aussi Notre-Seigneur vientsouvent en aide, dans ses apôtres, à cette soif de uffrances, en y ajoutant un surcroît de douleurs bs-saintes, quoique très-amères et très-incisives, li viennent directement de lui.

M. Vianiiey devait passer par cette initiation la- )rieuse. Après qu'il se fut consacré comme une >stie offerte sur l'autel ; après qu'il eut livré son >rps aux jeûnes, aux veilles et aux privations, ses 'Ds à la pénitence, toute sa vie aux travaux ingrats un apostolat de campagne, il fut encore visité par 5s peines intérieures si continuelles et si vives, n'on n'en pourra jamais dire qu'imparfaitement le ûmbre et l'intensité. Afin d'augmenter ses mérites ' de désintéresser son zèle, Notre-Seigneur lui mettit un voile sur les yeux, en sorte que le Curé d'Ars apercevait pas le bien immense qui s'opérait par li. Il se croyait un être inutile; il se voyait sans foi, iDS piété, sans intelligence, sans discernement, sans Jrtu. Il n'était bon qu'à tout gâter, à tout comproettre, à mal édifier tout le monde; il était un obacle au bien. L'humilité de son cœur lui faisait réuadrede vraies larmessur sa misère, son indévotion, n ignorance; ces larmes ne pouvaient être essuyées le par la générosité de son courage, qui le pressait 5 se jeter à corps perdu , avec toutes ses impuisinces, entre les bras de Notre-Seigneur.

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« Dieu m'a fait/disait-il, cette grande miaérioocde « de ne rien mettre en moi sur quoi je puisse m'apa payer, ni talent, ni science, ni sagesse, ni Teria*«» c( Je ne découvre enmoi, quandje me considère, qu^ c( mes pauvres i)écbés. Encore le bon Dieu penoet" c( il que je ne les voie pas tous, et que je ne me cofv « naisse pas tout entier. Cette vue me ferait tombeT a dans le désespoir. Je n'ai d'autre ressource contre « cette tentation du désespoir que de me jeter aupi^i^ « du tabernacle comme un petit chien aux pieds ^ « son maître, »

Ainsi, cbose à peine croyable I cet homme, la m^' veille de son siècle, Tadmiration de tous, l'objet d'^iD culte si populaire, qui n'a attendu ni la mort ni 1^ décisions de l'Ëglise pour éclater autour de lui avec une spontanéité sans exemple, cet homme que noU^ avons entendu appeler une aeuqiie vivante, prè&de qui tant d'hommes sont venus chercher appui, lU' mière et consolation, était sous le pressoir d'un esnui et d'un dégoût de lui-même accablants.

Le véritable motif de cet ennui n'était pas la Iwtude, la satiété de la vie^ la fatigue d'esprit ou de corps, le besoin invincible de tranquillité et derepos qui est au fond de toutes les existences trop oWpées; ce n'était pas même le chagrin de se^irBi imparfait : c'était la crainte de mal faire en tootB rencontre. Il aurait supporté volontiers la vue défia laideur et de ses difformités spirituelles, le poids de ses aridités et de ses sécheresses, l'horreur de I6^

ténèbres intérieures, le sentiment de son incapacité jointe à la redoutable nécessité d'agir quand Blême, de parler, d'exhorter, de résoudre, de faire comme si tout dépendait de son initiative personnelle ou de l'assiduité et de l'excellence de son travail. 11 se serait volontiers résigné à toutes les sout- *ances qui résultent du mécontentement de soi- . même, s'il avait pu croire que Dieu fût content; niais cette consolation ne lui était pas même laissée. Quand la ferveur sensible souffre ces douloureuses interruptions, en l'absence de la grâce et sous le P^ds des peines intérieures, le juste n'a plus la conscience de sa vertu. Dans l'incertitude poignante si ^«ïu'ilfait est agréable àDien,s'il est digne d'amour on de haine, son humilité penche toujours du côté *^la défiance et de la sévérité. De là naissait tour à ^Ur, chez M. Vianney , la confusion d'une faute com- Wse ou la frayeur d'une faute à commettre. C'est au Wx de ces douleurs qu'il acquit ces trois choses qui 1*eodire»t son ministère si pur, si suave et si fruc- 'hreux : la science des voies divines, l'indulgence avec laquelle il jugeait tous l'es autres meilleurs que lui, te compassion qu'il ressentait pour des épreuves semblables aux siennes.

Sans doute , dans ces heures troublées, la grâce fenait^ commeFange à Notre -Seigneur, apporter au Curéd'Ars un peu de réconfort. Pour lui, le Thabor était toujours près du Jardin des OliTes ; l'oraison fértîfiaît son âme et allégeait ses peines, mais sans

les faire disparaître. Il avait la vertu du secourssaï^^ la sentir, tandis qu'il sentait très-bien la persistance^ de la désolation. Une grande et profonde tristes^^^ remplissait le fond de son àme ; une de ces trisless^^ sans remède, parce que, bien qu'on en souffre, on i** voudrait jamais en guérir : elles tiennent à ce qu'o -* a de meilleur. Parfois, il lui arrivait d'en laissc^^ transpirer quelque chose dans ses conversatio intimes, ainsi qu'on peut le voir par l'entretien q nous allons rapporter.

M. Vianney parlait un jour, avec une douleur pr-^ fonde, de la difficulté pour le prêtre de correspondes à la sainteté de sa vocation. Son interlocuteur 1^«J dit : <i Monsieur le Curé, il y a pourtant de très-brav^^ u gens dans le clergé.

« — Que dites-vous, mon ami ? répondit M. Vianet ncy ; bien sûr qu'il y a d'honnêtes gens panni « nous! Où seraient- ils, grand Dieu! s'ils n'étaiefli a pas là?... Mais, continua-t-il en s'animant, POUR

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