ON SAVAIT CE QUE C'EST QUE LA MESSE, ON MOCR
« RAiTÎ On ne comprendra le bonheur qu'il y a de « dire la messe que dans le ciel!... Hélas! mon « Dieu ! qu'un prêtre est à plaindre quand il fait « cela comme une chose ordinaire!... (Ici les larmes « du saint Curé redoublèrent.) Oh! que c'est roal- « heureux un prêtre qui n'est pas intérieur!...
« Mais pour cela il faut la tranquillité, le silence,
« la retraite, mon ami, la retraite 1... C'est dans la
<« solitude que Dieu parle... Je dis quelquefois à
*< Mgr Dévie : « Si vous voulez convertir votre dio-
<< cèse, il faut faire des saints de tous vos curés... »
<* Ahl mon ami, que c'est effrayant d'être prêtre!
<< La confession I les sacrements 1 quelle charge!
« Oh 1 si on savait ce que c'est que d'être prêtre, on
« s'enfuirait comme les saints dans les déserts pour
« ne pas l'être!... Le moyen d'être bon prêtre serait
«de vivre en séminariste... Mais on ne peut pas
«toujours... Ce qui est un grand malheur pour
« nous autres curés, c'est que l'âme s'engourdit.
« Au commencement, on était touché de l'état de
« ceux qui n'aimaient pas Dieu ; après, on finit
<^ par dire : En voilà qui remplissent leur devoir,
« tant mieux ! en voici qui s'éloignent des sacre-
«ments, tant pis!... Et Ton n'en fait ni plus ni
«moins.... »
M. Vianney confiait un jour ses peines à un confrère qu'il aimait : « Je sèche d'ennui sur cette « pauvre terre, lui disait-il, mon âme est triste jus- « qu'à la mort. Mes oreilles n'entendent que des « choses pénibles et qui me navrent le cœur... Je « n'ai pas le temps de prier le bon Dieu. Je ne « peux plus y tenir. Dites-moi, serait-ce un grand « péché que de désobéir à mon Évêque en partant « d'ici secrètement? — Monsieur le Curé, lui ré- « pondit son confident, si vous voulez perdre d'un
t98 VIE J>U OUfiB B'JOB.
« seul coup toot ie fruit de vos travaux, vous « qu'à succomber à cette teotaliou. »
En approchant de sa fia, les douleurs d honune l'ont pressé plus que jamais. Il r< quelques mois avant de mourir, avec une à voilée d'une ineffable peine : u Oh I que la « triste ! Quand je suis venu à Ars, si j'avais u les souffrances qui m'y attendaient, je sera (( d'apiMréhension sur le coup... »
Mais du moins le travail assidu, sans relâ la chaire et du confessionnal, ne devait-il pas traire? On pouvait le penser; il n'en était riei confiance qu'on lui témoignait était un farde; lequel il ployait et gémissait sans cesse ; il avec le sentiment de l'épreuve, souffrant alo Uement et de son intime douleur et de la ^ qu'il était obligé de se faire. Ce prodigieux c( ouvrait dans son âme une source nouvelle jours renaissante d'inquiétude et d'effroi ; il son humilité ; il redoublait sa crainte de uk et augmentait le poids déjà si lourd de sa rei biKté pastorale. Au lieu d'en conclure qu'il en lui quelque chose du ciel, une grâce partii une vertu, un charme qui attirait les mxAi ^il en concluait qu'il était un hypocrite*.. Ittq d'expliquer autrement la persistance de ta trangers à venir le voir et le consulter.
Bnfin une chose le désespérait plus q«e reste : il acoeg^tait bien l'anxiété, l'humiliât
'^tesse, mais il ne pouvait accepter le péché. La
^e du mal excitait en lui les meuvements d'un fits
^î voit outrager son père. Elle lui arrachait deç
^rts de douleur et hii causait des défaillances mor-
*6lies. Chaque coup qui tombait sur Dieu Tattei-
Pia.ît dans la partie la plus vive et la plus sensible
^ son être. Le sentiment qu'il éprouvait à ce spec-
^^le ne s'attiédit jamais par l'habitude; il était de
^^X:k que rien n'épuise, que rien n'endort, qui écla-
^ï^t d'eux-mêmes, et quoi qu'on fasse. Cela expli-
^f^^ ce qu'il répétait souvent, qu'il ne connaissait
P^^trsonne de si malheureux que lui.
^^ Mon Dieu ! s'écriait-il un jour, que le temps me *^ ^ure avec les pécheurs! Quand donc serai-je avec " i^s saints!...
^< On offense tant le bon Dieu, disait-il d'autres
** ï^ois, qu'on serait tenté de demander la fin du
*^ ^tooadel... S'il n'y avait pas, par là, quelques
*^ '^Ues âmes pour reposer le cœur et eonsder tes
^^ veux de tant de mal qu'on voit et qu'on entend,
^^ on ne pourrait pas se souffrir en cette vie . . . Encore
^^ si le bon Dieu n'était pas si bon! mais il^est si
^^ bon!... Quelle hooite aous aurons, quand le jour
^ du dcm-ier jugement nous fera voir toute notre
^< ingratitude! Nous comprendrons alors, mais il ne
«^ sera'pihis temps. ^
Ces considérations se terminaient par l'éternel cri de doialeur : « Non r les panvres péebeurs sont «Kdfceoareuxl..* tFOp>]nattie«iren!... »
« Hélas! disait-il encore, le visage inondé délai- ?(ii « mes , et avec l'accent de la plus amère désolatt tion, il n'y a rien au monde de si malheureux « qu'un prêtre! A quoi se passe sa vie? A voirie « bon Dieu offensé : Le prêtre ne voit que cela; il (( n'entend que cela... Il est toujours comme saint « Pierre au prétoire de Pilate ; il a toujours sous les « yeux Notre -Seigneur insulté, méprisé, raillé, couu vert d'opprobres.. . Les uns lui crachent au visage, « les autres lui donnent des soufflets ; d'autres lai « mettent une couronne d'épines ; d'autres frappeat « sur lui à grands coups. On le pousse, on le jette « par terre ; on le foule aux pieds ; on le crucifie ; « on lui perce le cœur... Ah! si j'avais su ce que « c'était qu'un prêtre, au lieu d'aller au séminaire, « je me serais bien vite sauvé à la Trappe. • A quoi une voix inconnue, partie tout à coup du milieu de la foule, répondit une fois : « Mon Dieu, que c'eû* été dommage!... » Ces scènes n'étaient pas rares à Ars. Les émotions les plus profondes y étaient sî vivement excitées, qu'à chaque instant la situatiol' tournait au drame.
Ces douleurs divines augmentaient d'intensité ^ certains jours plus spécialement consacrés à la mfe^ moire des souffrances de Notre-Seigneur. Le vec»-' dredi, par exemple, on remarquait que la physioncF "* mie du serviteur de Dieu était toute changée; o'^ lisait sur son visage pâle et dans son regard voilé *^ larmes l'expression d'une pensée amère et profonde-
Pour TordiDaire, cependant, rien ne perçait au lehors de ses luttes avec lui-même, tant il possé- •ait son âme dans une patience énergique. On ne voyait que le calme et la sérénité là où il n'y avait lue la tempête. Seulement ses traits, dont la bien- 'iellance était le plus vif reflet quand il regardait BS autres, s'imprégnaient d'une morne et involoniJre tristesse, quand il se recueillait en lui-même, îirce qu'il se retrouvait en face de ses défauts, de 'S faiblesses et de toutes Is mis^res de sa pauvre ^- Il courbait alors la tête et laissait passer ^ï'age ; il ne changeait rien à ses résolutions et à Conduite; il priait plus qu'à l'ordinaire; il redou- ^ît ses jeûnes, ses disciplines, ses macérations ; il tenait plus uni à Dieu, et il ne travaillait pas ^îns. Quel que fût l'aspect du ciel et l'état de son 'Ur, il allait dans sa voie, du même pas allègre et ^ même air tranquille et satisfait. Jamais la tour- ^nte ne lui a fait lâcher pied ou ne l'a forcé de dé- -î* de son droit chemin.
Ge martyre intérieur se compliquait souvent de Uses particulières qui en augmentaient la rigueur, ^ milieu du courant toujours plus large et plus ofond qui lui apportait les misères et les scanles du monde entier : « Ah ! c'est à Ars, disait-il, ^'il faut venir pour savoir le mal que le péché â'Adam nous a fait 1 »