CHAPITRE Vn
Dell houneam rendns h ta M^tBleié ûu Garé 4Ars et de qoel^nes TfalAes eéfèbrea qu'il m refaci.
pii in
Nous ne savons pas si un homme a joui, notre siècle, d'une renommée aussi populftife ^ aussi universelle que le Garé d'Ars. Et ({uand^a songe que cet homme n'a em d'autre titre à radim" ration de ses contemporains que son éminest^ piété; que, chez lui, auc»uie airréole d'aoeui)^ sorte ne s'ajoutait à celle de la vertu ; que sa vertimôme, pour imposer au monde, a dû trîomplKrde cette simplicité qu'il appelait «on ignorance^ et qui, avant d'avoir reçu la consécratioii des miracleg, ^ don de prophétie et des quaiâtéB infloses, pon^ en effet paraître excessive et hsi inloir bien des i^ buts ; quand on a recoanu ce prodige renouvelé às^ Ages les plus beaux du chrislianiBiiie; quand ci vu de près les précautions que H, Yiaiuiey n'a teash^ de prendre pour éviter l'éclat et le bruit, le supplice que toute marque de respect trop directe e*^
rop démo&strative infligeait à sa modestie, le fait e cette céié.brité hors ligne devient quelque chose e phis caractéristique. On se pdrend à croire que i sens moral des peuples n'est pas aussi profondélent af&ibU qu'il le parait, et qu'il suffirait peuttre de la présence de quelques saints dans cette œiété décrépite, pour y renouveler la foi qui sauve e monde.
Les étrangers venus à Ars, pendant que le Curé wvait, quel qu'ait été l'état de leurs convictions, et ^ quelque classe de la société qu'^ appartinssent, «îi ont rapporté la même impression. Tous contemplaient, sinon avec les yeux de la foi, — beaucoup ^'avaient pas ce bonheur, — du moins avec le res- P^t qu'inspire une incontestable supériorité morale, '^combats de ce vaillant athlète de la pénitence et ^ la charité apostolique. On ne s'arrachait pas fa- •fement à ce spectacle. On y trouvait réunis le ï^rvdlleux, le pathétique, le simpte, le sublime, '» pour tout dire, la grandeur épique d'une race ^crames oubliés, naïfs comme des enfants et forts "^me défi géants. Plus l'intelligence était élevée, ^€ l'effet produit par ce spectacle était consi- ^^ble, XJq poëte célèbre voulut connaître le Cbré d'Ars,
n'étant plus maître de son émotion après l'avoir
^ et entendu, il s'oublia jusqu'à dire en sa pré-
^^e : « Jamais je n'ai contemplé Dieu de si près l
— C'est vmi, mon ami, r^rit M. Vianney, en lui
30i VIE DU CURÉ D'ARS.
« montraût le Saint-Sacrement exposé sur Vautel, il Dieu n'est pas loin. Nous l'avons là dans lesane- « tuaire de son amour. » Comme le poëte enchérissait sur sa première exclamation par des phrases de plus en plus louangeuses, le Curé lui prit les mains, et l'interrompant doucement : t Mon ami , si on « nous connaissait, on dirait de nous plus de mal « que de bien. » En se retirant après avoir recula bénédiction du Curé d' Ars , Jasmin disait : « Quel « type de sainteté 1 Cet homme est plus grand que « son nom ! Je n'oublierai jamais cette tête ceinte « déjà de l'auréole des bienheureux, ce regard dft « feu, cette simplicité d'enfant »
Marceau, le marin missionnaire, vint àArs, aii retour de son dernier voyage dans les îles de TArchipel océanien. On lui demanda ce qu'il pensait du vénérable Curé, s'il avait trouvé en lui delàscience : « De la science humaine, non, dit-il, mai* « de la science divine, oh! oui!... Le prodige quî « m'a frappé, c'est que j'ai vu dans le Curé d'Ars « un enfant comme Notre- Seigneur les aimait. C'est « un des plus beaux modèles de l'enfance cbré- « tienne : c'est pour cela que Dieu est avec lui. »
Nous n'essayerons pas d'énumérer les marques de confiance et les témoignages de vénération et d'amour que M. Vianney a reçus dans- le cours de son apostolat. Nous avons dit, et tout le monde sait, qu'Ars a été, pendant trente ans, un centre si couru de visites, de demandes, de prières et de consul-
DES HONNEURS RENDUS A SA SAINTETÉ. 30o
Dns, que la gloire des plus anciens pèlerinages a été un instant éclipsée. La liste des hommes nents, magistrats, militaires, littérateurs, relirx, prêtres, évoques qui s'y sont rencontrés, est ïie. Nous avons eu la curiosité de parcourir un ' quelques pages d'un registre d'hôtel ; nous y is vu figurer les noms les plus illustres de ice, de Belgique et d'Angleterre, des notabilités ondres, de Dublin, d'Edimbourg, de Bruxelles, Pologne, de Munich, des voyageurs venus des 5 du Mississipi, de l'Ohio et de la Plata.
irmi les princes de l'Église dont la présence à a été un hommage rendu à l'humble prêtre ce qu'il y a de plus élevé dans la hiérarchie 5e, nous pourrions citer bien des noms connus. Dupanloup, le grand évêque d'Orléans, est venu ieurs fois s'édifier à Ars; il a vu M. Vianney au t tribunal, et il a confié a des amis, que le bon ! avait essayé de calmer ses craintes à propos de large pastorale dont s'effrayait l'illustre prélat, il disant : « Il y a beaucoup d'évêques dans le 5viaire, et presque point de Curés. C'est à moi, nseigneur, de trembler. .. »
3 mai 1 845, le Curé d'Ars venait de terminer rcice du mois de Marie. La foule des pèlerins )nnait autour de l'église, en attendant que le t parût, lorsqu'on vit arriver, dans une modeste ire, un prêtre enveloppé d'un manteau noir.
îAt, sous les plis du manteau, on aperçut une
d06 Vl£ DU CUBÉ, jyjsa.
robe blanche, et chacun de s'écrier : « Voilà 1 (( cordairel » C'était lui, en effet, etlelcDdem habitants d'Ars purent contem|)ler l'iUustK nicain écoutant dans un humble recueiUei avec une attention respectueuse le pràïxe Curé. Le génie s'oubliait derant la sainteté paraissant sous sa forme la plus simple. M. ^ fut touché, et il dit à quelqu'un : « Savez- « réflexi(Hi qui m'a û:appé, pendant la Ti a P. Lacordaire ? Ce qu'il y a de plus « dans la science est venu s'abaisser devant • (( y a de plus petit dans l'ignorance... Les d (( trémes se sont rapprochés... »
Le P. Lacordaire fut très-ému de la chal^ exhortation dans laquelle A avait entendu Y de Dieu presser et conjurer ses paroissiens quer le Saint-Esprit, et d'appeler en eux la tude de ses dons. U ajouta qu'il était heu:
pouvoir se dire que, s'il airait à traiter un sei sujet, il le ferait non pas dans les mêmes mais sous la même inspiration : « Ce saint p « moi nous ne parlons pas la même langue « j'ai le bonheur de pouvejr me rendre ce « gnage que nous sentons de môme, enec « nous ne disions pas de même. » L'orateu entendu le Saint^ mais le Saint voulait ea l'éloquent religieux : auâsi annonça-t-il que aiux vêpres, an diraU bie^ mimx qye lui. Le hésita et ne consentit que lorsipi'il ait hi
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reconnaissait l'esprit des saints, et son imme:»^^ mémoire, toute remplie de la lecture de saint Qfernard et de saint Bonaventure, faisait d'heureux rapprochements et découvrait d'intéressantes harmonies entre le langage de ces grands mystiques et celui du Curé d'Ars.
Les chaires de Paris et de la province retentireo*' souvent du nom de M. Vianney et de son panégyrique anticipé. Quelques années avant la mort d© M. Vianney, le R. P. Petetot prêchait à Saint-Sulpice, en l'honneur de saint Charles, patron du séminaire. Il parlait de la gloire des saints , et de ce que Dieu fait pour ceux qui se donnent à lui saos réserve. Tout à coup il s'interrompit pour dire d'uac voix émue : « J'ai vu un saint dans ma vie; je Vsi « entendu exhorter la foule... Toute son éloquence « consistait à dire : Mes enfants, aimez bienleboN « Dieu... il est si bon!... aimkz-le bien... » Puis s'adressant aux séminaristes groupés en face de l3 chaire, le vénérable oratorien ajouta : « Eh bien-' « Messieurs, le saint que j'ai le bonheur de cotmal- « tre, convertit plus d'àmes avec ces simples pa^ « rôles, que nous n'en convertissons, nous autres, « avec de longs discours... »
Nous aurions à signaler, s'il ne fallait nous restreindre, bien d'autres rencontres intéressantes qui ont eu lieu à Ars. Les pères y amenaient leurs enfants, les époux chrétiens leurs femmes ; les chefs d'institution y conduisaient leurs élèves, les supé-
neurs de communautés leurs religieux et leurs novices. Les conférences de Saint-Vincent de Paul en faisaient le but de leurs pèlerinages.
L'ambition des pèlerins ne se bornait pas à voir le Curé d'Ars, à lui parler et à entendre une réponse à leurs paroles ; elle allait encore à vouloir posséder un souvenir de lui, un objet qu'il avait bénit, une image qu'il avait signée, quelque chose ?ui lui avait appartenu. De là , l'habitude prise par M. Vianney, bien qu'il en coûtât de continuels efforts à son humilité, de bénir, après la messe, les croix, les médailles et les chapelets, et de mettre les ^Ditîales de son nom sur les images et sur les livres Qu'on lui présentait.
Au commencement, lorsque le Curé d'Ars quit- ^U un instant l'église, il ôtait son surplis et le déposait sur le mur du cimetière pour le reprendre ^'^Suite ; mais il a été bientôt forcé de ne plus s'en ^Parer : on le coupait par morceaux. On faisait de ^ême de son chapeau qu'il ne pouvait, pendant les '^tigues séances du confessionnal , défendre contre ■^^ pieux vandalisme; c'est pourquoi il résolut de ne Wus s'en servir. Plusieurs fois on a donné des coups de ciseaux à sa soutane. Des femmes, pendant son Catéchisme, se glissaient auprès de sa stalle efe avisaient à lui couper quelques mèches de cheveux ; de temps en temps , lorsqu'elles tiraient trop fort, il se retournait et leur disait d'un ton calme : a Laissez-moi trai^quille î » Ordinairement il feignait de
ne pas s*en apercevoir, mais il en sovfflrait intérieurement. On a souvent détaché des pages de son bréviaire , qu'il était obligé de soustraire à la m des pèlerins. Il est inutile de parier de l'avidité a^ laquelle on se disputait les choses (pii avaient été à son usage, ou qu'il avait simplement touchées. Le» meubles de sa pauvre chambre ont tx)HS été vendoft plusieurs fois. Nous ne pouvions faire visiter la cure aux étrangers sans avoir à constater ensuit» quelques dégâts ou quelques larcins. On enlevait la paille de son lit, on mutilait ses chaises, on entaillait sa table, on déchirait ses livres, on ouvrait ses tiroirs pour lui voler ses plumes, ses crayons, son papier ; on s'arrachait ces trésors. Quand on nV vait pas eu part au butin, on brisait en passant une branche de la touffe de sureaux qui croissaient dans sa cour; les plus discrets cueillaient une des petites fleurs qui s'y épanouissaient sous l'herte- Ceux qui ne pouvaient jouir de la présence du Curé d'Ars voulaient avoir son portrait. L'exhibition continuelle de ce portrait , s'étalant sous toutes les formes et quelquefois sous les formes les plus ridicules, aux portes de toutes les maisons du village» offusquait la vue du bon Curé et blessait son âflie. Ce dut être pour lui, dans le commencement, uœ véritable obsession. 11 avait fini par s'y habituer comme à tant d'autres souffhmces; pourtant, quau^ il faisait son petit trajet journalier du presbytère à l'église, en passant par la maison des missionnairefi»
m^xtm le long cta' chemin par les ovations de la lie, on awrait pu remarquer quil baissait la tête ne savait que fiaine dfe ses yeux; il avait l'air d*ira tient. S'il lui arrivait , par mégarde , d'apercevoir le de ces images qui tapissaient les murs, ii écliapit à cette importone vision par une aimable (Hie 1 « Toujours ce vilain portrait * ! . . . Voyea comme je suis malheureux! On me pend, on me vend î... Pauvre Curé d'ArsI »
Bu 4«52, un ai*tiste avignonnais , frappé de l'air sainteté répandu sur la figure de M. Vianney, ossît à la repTDduire de mémoire, d^une manière ■sez heureuçe. Ce fut, avant ro&uvre si remarqua- & de M. Cabuchet, ce que l'on posséda de mieux. i en fit une lithographie qui se vendait deux ou >is francs. En voyant apparaître cette nouvelle édiîï de son portrait, le Curé d'Ars dit, avec le soue malm dont il assaisonnait une réflexion pitate : « Hélas î on est bien averti , à chaque Ustant, du peu qu'on vaut. Quand on me donlait pour deux sous, j'avais encore des acheteurs; tepuis qu'on me vend trois francs , je n'en ai »ltt s. »
ïous ne parlerons ici que pour mémoire du cail que M. Vianney reçut des mains de Mgr Cha- :don et de la croix d*honneur qui lui fut envoyée, •le rapport du comte EmmïKmel de Coëtlogon,
M. Vianney, pour marquer le mépris qu'il faisait de son port, rappelait en riant son carnavnl.
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qu'oo lai irf&niti
plus précieux que Tor et Targimt ; on le suppliait rendre sa dépouille mortelle à sa paroisse nae. Le bon Curé ne refusa pas, il ne savait pas reser; il fit le testament comme on le désirait. Le 3ret transpira, et l'alarme fut grande à Ars et dans lit le diocèse de Belley. L'évêque dut intervenir; demanda au Curé pourquoi il voulait quitter, rès sa mort, la paroisse où il avait tant travaillé, quelle raison il avait de désirer que son corps posât à Dardilly : «Ah! dit M. Vianney, pourvu que mon âme soit auprès de Dieu , peu importe e lieu où sera le reste. » Alors Mgr Chalandon lama ce pauvre corps, et le Curé d'Ars, mortifié lonteux de telles prétentions, promit de faire un ''e testament.
^e pareils faits révèlent mieux que tout ce qu'on i*rait dire le sentiment populaire, et donnent la Jure du respect et de la confiance qui entouré t, de son vivant et après sa mort, l'homme prodi- Jx dont nous écrivons l'histoire.