CHAPITRE IX
Le Garé d'Ars au salai irlbaual.
I^ie Curé d'Ars avait d'autres titres, sans doute,
a la vénération de ses contemporains, il en aura
d'autres devant l'histoire; mais le caractère de con-
l fesseur dominait tout aux yeux des pèlerins. C'était
ipirmcipalemeKt au confesseur que ces flots d*étran-
: gers, arrivant à Ars des quatre coins du monde,
voulaient avoir affaire. La vie de M. Vianney s*est
passée dans ie confessionnal : sur les dix-huit ou
vingt heures qui composaient sa journée de travail,
U ne prenait que le temps de vaquer à l'oraison, de
prier dans le missel et dans le bréviaire, et de faire
^ midi un semblant de repas. On a peine à com-
indre qu'il sortît de séances aussi longues sans
'«ttgue et sans brisement de tête, avec la plénitude
*« «es facultés.
5^ U»*sque le serviteur de Dieu avait fini sa journée*
if^ ^ oeuf heures en été et à sept heures en hiver, on
• ^yait la foule s'agglomérer dans le petit vestibule
.'ÎÎS VIE DU CDRÉ D'aRS.
de l'église faisant face au presbytère. Chacun gardait sa place avec une sollicitude jalouse jusqu'à l'ouverture des portes, qui avait lieu le plus souvent à minuit, quelquefois à une heure, ou à deux heures au plus tard. Nous connaissons de grandes dames qui, ambitionnant une de ces places, ont offert de Targent h de pauvres paysannes pour Tacheter et qui ont été repoussées par ces simples paroles: «Merci, Madame 1 mais que voulez-vous? chacun « est ici pour son compte. » D'autres personnes se relevaient nprès un court sommeil et venaient taire sentinelle, aux abords de la cure , pour saisir le saint homme au passage, et échanger avec loi ne fût-ce qu'un mot à la dérobée. Il leur répondait sans s'arrêter.
M. Vianney avait parfois beaucoup de peine à pê' nétrer dans l'église où la multitude s'engouffrait avec une vivacité qui témoignait du désir qu'oïl avait d'occuper . les premières places autour d*^ confessionnal. Un jour, les prétentions déraisca^' nables d'une étrangère, qui pour passer avant so:^ tour avait brusquement écarté ses voisines, amen^ dans la foule alignée sur deux rangs, en travers i^ la nef, des murmures, des plaintes, des protesti^ tions énergiques et jusqu'à des voies de fait, e:^ sorte qu'il devint impossible à M. Vianney d'et^ tendre sa pénitente et d'en être entendu. Jusque là il avait pris patience, mais enfin il se leva traC* quillement de sa place, traversa avec dignité ^^