M. VIANNEY AU SAINT TRIBUNAL
Is le trompaient en confession. C'est journelleit qu'il disait, à première vue, aux émes qui prochaient, quels étaient leurs attraits, leur voca- , et par quelles voies Dieu voulait les conduire, n vieux pécheur vint un jour à Ars : nul ne lit dans sa paroisse depuis combien de temps e s'était confessé. M. Yianney, en fondant en les, l'engageait à remplir ce devoir : il résistait, erviteur de Dieu lui dit en lui mettant la main le cœur : « Il y a là quelque chose qui ne va is bien. Depuis combien de temps ne vous ôtes- )us pas confessé? — Depuis quarante ans. — on ami, il y a plus que cela : il y a quaranteuatre ans. »
n ouvrier du chemin de fer, déshabitué depuis 1 longtemps des pratiques les plus importantes a religion, se sent porté par une inspiration suà aller voir lui-môme si tout ce que l'on disait Curé d'Ars était vrai. Il se présente à la sacristie, M. Yianney le reçoit avec ces paroles : « Mon mi, depuis combien d'années ne vous étes-vous as confessé? — - Ma foi. Monsieur le Curé, il y a i longtemps que je ne m'en souviens plus. — Rééchissez un peu... il y a vingt-huit ans... — est bien vrai ! — Et encore vous n'avez pas )mmunié. » Cette double révélation acheva de r tous les obstacles qui s'opposaient dans cet ime à son retour au bien, u mauvais sujet que chacun redoutait, après
39* VIE I)i^ CURÉ D*ARS.
aïoir (l«Mrou9§é les Toydgèiirs sur les gWrids rtiefnltiset fcoiritllis bleu d'aUtres eicè^, avait cOMracté des luntmités ctlielles. À{)t)renànl que les malades. qui Venaient à Afs, obtenaient lëill' gUêtison, il Veut en faire Tessal : Il se présetite à M. Viailney, qui d'abord refuse de le recevoir. Cet Homme fort iiiécontent se disposait à repartif , lorsque l*idée lui vient de retoiitner à l'église. Le SëHitëlir de i)M Ife Voit et le fîlit appeler, tl entre dans U sacristie, se disant à lui-même : « Le Curé d'Ars Veut que tu te confesses; ttlais tU ne dirais biëtJ t[ue ce qilètu voudras. » Quand il a fini sa prétendue confession, M. Vianney, qui jUsiJue-là dVait gardé le sllëflcé, rinterroge : « Est-ce tout? — Oui, répdlld le pêfii- « tent — IVtâis, réplîqiië le CUré d'Ars, vous ne u m'avez pas dit qlie tel joiir, eil tel endrdlt, Vous « aviez comttiis tel crime. » Et il se met à lui fairt Tblstoire de sd Vie mieut (JU*li rie l'aiiràit faite lillitiPitie. Iniltlle de dii'e que del hottlitië cllàilgèa. H obtint de plus sa ^uét^lson, et devint ùtl modèle d^ regiilarlté.
Utte orpheline de là l^rovidéticé avait été renvoyée plusieurs fois du feairit tf'ibunal sans receVoit" Tabsolution. Ne la Voyaiit pds commtltiiet*, les mattt'essës s*inqUiétèrëilt et lui direilt : « Vod? allait (i voùis eonfessër aUssi SduVent que Vos domp^gties? (( pourquoi ne fâites-voiis pas Vds dêVotions àvsc « elles ? Vous n'êtes peûl-etl'e pâS franche au Confe^' « sionnal ; vdtls ne dites pas tout^ » L'ëîifâtit rougi* ^
M. VIANNiÉY AU SAINT TfilfeUNAL. S,^S
! avoiia qU^éllë câdhàit iiii pêdhé gratë, et que mis qu'elle rèlvdil Commis, É. le Gtit-'ê hë lui itiait plu§ rabâmutlcfiï. Èlie pl-lt sbn gtand cdUié et fit Cièilè ticcti^atlbil |)êrill)lë. M. Viànilët ingea atlssllôt de conduite à sôti égard et l'ené k Itt table âfiihtéi
3ti 1847,' trois dâttiés, la mèt^e, U fllle et là t)e- !-fillfe étËlëiit à At^fe depuis tJluâieui-s jourë. Kri- !^éë^ d'Utië lotlfeile et stérile attente, â k gtlltë Hë séàtlce de pldfeieuts hëWës à TégUsë, elles ient pris mentalement la résolution de partir, iS elles tlë s'étdiëtit poliît cDilimuîiiquê iëut pen- : Au tiiôrtie iostailt^ le OUré d'Ars êdrt de ébii IfëSfeiôtinâl ; il flië Slit^ ëllëS sdfl tëgàrd ëtincet et fait Signe à W JëUnë flllë de le Stiivrë tt m rlstie. Qëttë ënfatit était dans titié sitiiàtidn de Sclétice délicate; elle S'êtfiilt laissé ëntMner^ à feii de ses pàrëtltë. dans litië de ceS ImpësSëë qui ttellt ëtl péHl la Réputation et le sàlUt..; Elle Itété devitlée. Elle n'etit ptëSque pdS besoin de 'e de révélation; Elle nlit otdro aul affaires tfèsfipliquêeii de soii âtnë; Elle s'ëh alla, ëdiisolée, tetlîiië et éëlaitée.
Jtl jelitie homme tbUlait ti^dtnpëi* M. Viânilëy en lUlâilt le i^epëntit*, et Se flatter ëilSuite d'atbit s sa pët-spicacité en défôut. Il âbbrde sbfl ëonfesit d'iiti ait cdtltrit : * C'ëSt tlti grahd péëhëur, W dit-il, qui Vient à VdUS; M Le Cùt*6 d*Ai*S répond sèchement : é Je tt'ai pas le tëitlpS; Il
il ne s*est pas plutôt mis à genoux qu'il pénétré d'un désir sincère de conversion. Il sente alors au saint prêtre, qui le reçoit ce avec une tendresse et une effusion de cœui râbles.
Dieu donne sa grâce aux humbles, mais il aux superbes; le Curé d*Ars leur résistai!
Il nous souvient d'une personne, que de revers après de grands égarements avaien née à Ars, et qui souffrait plus de ses h tions que de ses remords. Cette femme s'é de ne pas trouver dans le serviteur de Dieu dresse de cœur et l'indulgente bonté qu'ell entendu vanter. Elle s'en plaignit un joui « sens, dit-elle, que je fais horreur à c a homme. » On lui répondit: « Non ; mais il « vous quelque chose qui lui déplaît... Hu
«pcè» Ifuir msÊÊmÈm t
ijQl #giat simplemeot : f( 6e
CHAPITBE X
Le Curé il'Ars dans ses CatéchiNincK.
On a représenté le Curé d'Ars comme un homme sftns moyen : c'est une erreur. Si la nature ayait peu fait pour lui, la grâce avait refait Tœuvre delà nature, et, en l'enrichissant des dons les plus émlnents de TEsprit-Saint, elle l'avait encore pourru des qualités et des talents que le monde recherche et honore. « Quel maître avez-vous eu en théolo- « gie ? » lui disait-on un jour avec une intention légèrement ironique. « Le même Maître que saint « Pierre, » répondit avec simplicité le serviteur de Dieu. Gomment pourrait-on en douter quand on a eu le bonheur d'assister à quelques-uns de ses caté^ chismes, d'entendre cette parole étrange qui ne res^ semblait à aucune parole humaine, quand onavt»l'effet irrésistible produit sur les auditeurs detout^ classe par cette voix, cette sensibilité, cet élan ^ cette intuition, cette flamme et l'éclatante beauté de ce français inculte, presque trivial, maistrans —
ré et pénétré du feu sacré jusque daus la forme, rangement, l'harmonie des mots et des syllabes ? pourtant M. Yianney ne disait pas des mots, il iit des choses, et il les disait dans un style prodiux. Son âme tout entière passait dans celle de la le pour la faire croire, aimer, espérer a^ec lui. ât là le but suprême et aussi le triomphe de oquence évangélique.
l est arrivé souvent aui personnes qui ont endu le Curé d'Ars discourir du ciel, de Thuma* i sainte de Notre-Seigneur, de sa passion, de sa sence réelle dans TEucharistie, de la bienheu* se Vielle Marie, de ses amabilités et de ses granirs, du bonheur des saints, de la pureté des anges, la beauté des âmes, de la dignité de Thomme, tous ces sujets qui lui étaient familiers, il leur arrivé de sortir de cet entretien, convaincus que bon Père voyait les choses dont il venait de parler 5c une telle plénitude de cœur, une éloquence si ue, des accents si passionnés, une si grande )ndance de larmes ; et de fait, sa parole s'imprélit alors d'un caractère de tendresse divine, de ve douceur et d'onction pénétrante auquel on peut rien comparer* Il y avait dans sa voix, dans geste, dans son regard, sur sa face transfigurée, éclat si extraordinaire, une puissance si merveilîe, qu'il était impossible de rester Irotd en l'écout. Les vues et les pensées que la lumière divine "ironnique ont une bien autre portée que celles
3ii VIE DU CURÉ D'ARS.
qu'on acquiert par le travail. En présence d'une exposition si simple et si lumineuse à la fois, devant une certitude si grande, le doute s'en allait des cœurs les plus rebelles, et les admirables clartés de la foi prenaient sa place.
La parole du Curé d'Ars avait d'autant plus d'efficacité, qu'il prêchait par tout son être. Sa présence seule était déjà une apparition de la vérité. C'est bien de lui qu'on pouvait dire qu'il était Vorateurdes yeux^ et qu'il aurait ému et convaincu même pat* son silence. Quand on voyait apparaître en chaire ce visage pâle, osseux, diaphane; quand on enten^"" dait cette voix grêle, perçante, ressemblant à u^^ cri, jeter à la foule des pensées sublimes sous ubp ^ enveloppe naïve et populaire, on croyait être e présence d'une de ces grandes figures biblique parlant aux hommes la langue des prophètes. 0: était déjà saisi de respect, rempli de confiance et dis posé à entendre, non pour jouir, mais pour profltei
Avant de commencer, le vénérable catéchiste ^ promenait sur l'auditoire son regard, qui prépaia^^^ le chemin à sa parole. Quelquefois ce regard deve^ naitfixe; il semblait fouiller jusqu'au fond d'un^ âme qu'il avait entrevue tout à coup, et dans If quelle on eût dit qu'il allait chercher le texte di son entretien. Combien ont pu croire qu'il n'aval^ parlé que pour eux! combien se sont reconnus dan ^ la peinture qu'il faisait de leurs faiblesses I combien» y ont retrouvé l'histoire secrète de leurs défaillan -
M. VIANNEY DANS SES CATECHISMES. 345
i, de leurs entraînements, de leurs troubles et de 1rs remords ! . . .
Pour ceux à qui il a été donné d'assister à ces téchismes, il y avait deux choses également reirquables : le prédicateur et Tauditeur. Ce n'était s une parole que faisait entendre le prédicateur, tait plus qu'une parole, c'était une âme, une le sainte, toute trempée de foi et d'amour, qui panchait devant vous, dont vous subissiez le atact immédiat, dont vous sentiez le rayonneint sur votre âme. Quant à l'auditeur, il n'était is sur la terre ; il était transporté dans ces pures çions d'où descendent les dogmes et les mys- 'es. A mesure que le serviteur de Dieu parlait, de \iveauxet clairs horizons s'ouvraient à la pensée : ciel et la terre, la vie présente et la vie future, les oses du temps et les choses de l'éternité se monlient sous un jour qu'on n'avait pas encore aperçu. liOrsqu'un homme venu du monde et en rappor- Dt les idées, les sentiments, les impressions qu'on respire, s'asseyait pour entendre cette doctrine, le l'étourdissait, le terrassait. .. elle jetait un si ignant défi au siècle et à tout ce que le siècle oit, aime et préconise ! C'était d'abord du vertige de le stupeur qu'il éprouvait, puis l'attendrisseent le gagnait peu à peu, et il se surprenait à pleur comme les autres. Quelle éloquence a provoqué us de larmes 1 quelle parole a pénétré plus avant ns les cœurs! elle s'y ouvrait une issue par le
3i6 ME DU CURÉ D'ARS.
feu et par la flamme ; les plus endurcis se (^ondaienl comme la cire à ses ardeurs; elle brûlait, elle rayonnait, elle triomphait; elle faisait mieux que de charmer Tesprit, elle dominait l'âme tout entière et la ramenait à Dieu, non par la voie souvent longue et difflcile de la discussion, mais par les sentiers de rémotion, qui abrègent et conduisent directement au but.
Un médecin distingué de Lyon nous a raconté que la première fois qu'il fit, ayec une caravane de rents et d'amis, le pèlerinage d'Ars, î( n'était incroyant, il avait reçu de bons principes, mais il n'avait pas la moindre idée de ce qu« c'était qu'un saint et du spectacle qui l'attendait. Le catéchisme commença, et, dès les premiers mots, le nouvel auditeur fut pris d'une envie de rire immodérée. Ne voulant pas scandaliser la foule des bonnes gens qui l'entouraient, il cacha son visage dam eeB mains. Au bout de cinq minutes, il ne riait pto: des larmes, de vraies larmes, qu'il ne songeait même pas à dissimuler, coulaient le long de ses joues. Ce qu'il entendait était si loin de ce qu'U avait imaginé, qu'il croyait faire un rêve. Ce qui l'impressionnait surtout, c'était la conviction qui accompagnait chaque parole et la gravait au plu« profond de l'âme des auditeurs, en qui toute Tiï»* du Saint passait.
<3n écoutait M. Vianney comme un nouvel apôti^ que Jésus-Christ envoyait à son Église, pour 1
-uou^eler la sainteté et la ferveur de son divin sprit, en un siècle dont la corruption Ta si profonèment altéré dans Tâme de la plupart des hommes, t c'est une grande merveille que ne proposant, Mîime les apôtres, qu'une doctrine incompréhenble à la raison humaine et très-amère au goût îpravé du monde; car il ne parlait que de croix, humiliations, de pauvreté, de pénitence; cette 3ctrine fût si bien accueillie. Ceux qui ne l'avaient is encore dans le cœur étaient bien aises d'en nourr leur esprit. S'ils n'avaient pas le courage d'en ire la règle de leur conduite, ils ne pouvaient înapêcher de la trouver admirable et de désirer la itre.
Il n'est pas moins retï>arquable que, ne parlant ^e son idiome naturel, c'est-à-dire le français inrrect et grossier des gens élevés à la campagne, pût cependant presque dire de M. Vianney, mme des apôtres, qu'il a été entendu de toutes i nations du monde, et que sa voix a résonné par ate la terre. Il était l'oracle que l'on allait consul - - pour apprendre à bien connaître Jésus-Christ. >ïi-seulement les simples, mais les savants, nonulement les parfaits, mais les indifférents, y trouvent je ne sais quelle onction divine qui les pénélit et leur faisait désirer de la goûter encore. Us on l'entendait, plus on voulait l'entendre, et ^ revenait toujours avec amour au pied de cette ^ire, comme en un lieu où Ton avait trouvé le
beau et le vrai. Rien ne faisait mieux voir qae 1^ Curé d'Ars était plein de l'Esprit de Dieu^^iiui sai/y est plus grand que notre cœur : on a beau puiser en lui, on ne Tépuisera jamais, et la divine &ai\éié qu'il donne ne fait qu'exciter un plus grand appétit, qui nous laisse toujours plus affamés.
M. Vianney parlait sans autre travail préparatoire que sa continuelle application à Dieu; il passait sans délai et sans transition du confessionnal à la chaire, et toutefois, il y apportait une imperturbable assurance, une merveilleuse indépendance d'âme qui ne naissait nullement de ra certitude, mais plutôt de l'oubli complet et absolu de luimôme. Au reste, on n'était pas tenté de le juger. Les hommes ne jugent d'ordinaire que ceux à qui il n'est point indifférent d'être jugés par eux. On avait bien autre chose à faire quand on entendait le Curé d'Ars : il fallait se juger soi-même.
M. Vianney n'avait aucun souci de ce qu'on pouvait dire ou peûser de lui. Quelle que fût la composition de son auditoire, bien que des évêques et d'autres illustres personnages soient venus souvent se mêler à la foule qui entourait sa chaire, jamais sa parole n'a trahi la moindre émotion, ni 1^ moindre embarras provenant d'une crainte humaine. Lui, si timide et si modeste, quand il traversait les rangs pressés de l'assistance, souvent imposante, qui remplissait l'église à l'heure di^ catéchisme, il n'était plus le même homme ; ilavai**
'air d'un triomphateur. Il portait la tête haute; son
visage était tilluminé; ses yeux lançaient des éclairs.
« Votre auditoire ne vous a jamais fait peur? » lui demandait-on un jour. — «Non, répondait-il, au « contraire. Plus il y a de monde, plus je suis « coûtent. » Pour donner le change, il ajoutait : « Les orgueilleux croient toujours bien faire. » Il îiurait eu le pape, les cardinaux, les rois au pied de sa chaire, qu'il n'aurait dit ni plus ni moins, ûe pensant qu'aux âmes et ne faisant penser qu'à Ûieu. Cette véritable domination oratoire suppléait chez lui le talent et la rhétorique ; elle donnait aux choses les plus simples une majesté singulière et une irrésistible autorité.
Ce qui ne fortifiait pas moins les discours de M. Vianney, c'est la haute opinion que les pèlerins avaient de sa sainteté. Dans le catéchiste d'Ars, c'était la vertu qui prêchait la vérité. Lorsqu'il parlait amour de Dieu, humilité, patience, mortification, sacrifice, ses exemples donnaient un poids 'Uimense à ses paroles. Un homme est bien fort pour convaincre et pour persuader, quand on voit ÎU*il pratique tout ce qu'il enseigne.
La forme qu'employait le Curé d'Ars n'était pas ^Utre chose que l'enveloppe la plus transparente lUe prenne l'idée afin de paraître le plus possible ^Ue qu'elle est, créant elle-même l'expression qui •^î convient. Il savait mettre les vérités de Tordre ^ plus élevé à la portée de toutes les intelligences ;
il leB revêtait d'un langage familier; il attend par la simplicité; il ravissait par la doctrii science qui n'est pas cherchée est celle qui al elle coule comme l'eau de la source vive que maritaine ne connaissait pas et dont le Sauve enseigna la vertu. Ainsi, les considérations péché, sur l'injure cpi'il fait à Dieu et le rat fait à l'homme n'étaient pas un jeu de son mais le travail douloureux de sa pensée ; € pénétraient, le consternaient : c'était le trait enfoncé dans sa poitrine. Il soulageait son i l'épanchant.
La parole du Curé d'Ars avait de la soudai du trait ; il la décochait comme une flèche, e son âme semblait partir et s'élancer avec el; avait dans ces effusions de belles et saisii choses. Le pathétique, le profond, le subli rencontraient souvent à côté du simple et d gaire. On y retrouvait tout l'abandon, tout sordre, mais aussi toute la spontanéité et t( puissance d'une improvisation. Nous avons quelquefois d'écrire ce que nous venions d* dre; il nous a été impossible de saisir les qui nous avaient le plus ému, et de leur < une forme ; elles se figeaient au bout de la p c'était une lave refroidie. Voici pourtant qu paroles dans lesquelles on retrouvera plus souvenir et un écho, le Curé d'Ars lui-mêDD àme et son cœur dans leur naïve expressi
avait parfois de hautes et profondes pensées comme
celles-ci :
«Aimer Dieu : ohl que c'est beauîl.. Il faut le ciel pour ^mprendre rameur.... La prière aide un peu, parce que la ><^ère, c'est TélévatioD de Tâme jusqu'au ciel.... i»
« Plus on connaît les hommes, moins on les aimo. C'est le OQtraire pour Dieu : plus on le connaît, plus on l'aime. La ninaissance de Dieu embrase l'&me d'un si grand amour,. D'elle ne peut plus aimer ni désirer que Dieu.... L'homme été créé par amour : c'est pourquoi il est si porté à aimer. *tin awtrê côté, il est si grand que rien ne peut le contenter i?la terre. Il n'y a que lorsqu'il se tourne du côté de Dieu d'il est content.... Tirez un poisson hors de l'eau, il ne vra pas. Voilà Thomme sans Dieu. »
«La terre est un pont pour passer Feau ; elle ne sert qu'à >Ht«iiir nos pieds.... Nous sommes en ce monde, mais nous CîKnnmes pas de ce monde, puisque nous disons tous les
Jure : NOTRE PÈRE QUI ÊTES AUX ClEtJX.... Il faUl dOHC
llendre notre récompense quand nous serons chez nous, ans la maison paternelle. C'est pour cela que les bons chré- 'ens sont dans les croix, les contradictions, les adversités, -^mépris^ les calomnies.... on s'étonne de cela. 11 semble ^e parce qu'on aime un peu le bon Dieu, on doit n'avoir 'en qui contrarie, rien qui fasse souffrir.... Les épreu\es, ^Ur ceux que Dieu aime, no sont pas des cliâlimenls, ce sont ^ grâces.... Il ne faut pas considérer le travail, mais la ré- ^Oipense. Un négociant n'envisage pas la peine qu'il a dans ^*l commerce^ mais le gain qu'il en relire.... Qu'est-ce que ^gl an&f trente ans, comparés à Vétermlé?..* Qu'avons-nous
donc tant à souffrir ? Quelques humiliations, qoelquei semants, des paroles piquantes : Cela ne tue pas. »
« Notre langue ne devrait être employée qu^à prier cœur à aimer, nos yeux à pleurer. »
« Nous sommes beaucoup, et nous ne sommes riei n'y a rien de plus grand que Thomme, et rien de plus 11 n'y a rien de plus grand, quand on regarde son âm< de plus petit, quand on regarde son corps.... On s'occ son corps, comme si on n'avait que cela, à soigner : au contraire que cela à mépriser.... »
« Comprendre que nous soyons l'ouvrage d'nn Diei facile; mais que le crucifiement d'un Dieu soit noi vrage: voilà qui est incompréhensible.... »
« Dans le monde, on cache le Ciel et TEnfer : le Ciel, que si on en connaissait la beauté, on voudrait y aller prix; on laisserait bien le monde tranquille! TEnfer, que si on connaissait les tourments qu'on y endure, on tout pour les éviter. »
c Le ciel se fondait dans Tàme des saints. C'était uo lement du ciel, dans lequel ils se baignaient et se noyai Comme les disciples sur le Thabor ne virent plus que seul, les âmes intérieures, sur le Thabor de leur cce voient non plus que Notre-Seigneur. Ce sont deus qui ne se lassent jamais Tun de l'autre!... »
a Si un damné pouvait dire une seule fois : « Mon D: vous aimel » il n'y aurait plus d'enfer pour lui.... hélas 1 cette pauvre âme ! elle a perdu le pouvoir d qu'elle avait reçu, et dont elle n'a pas su se servir. Son
^ desséché comme la grappe quand elle a passé sous le ^ssoir. Plus de bonheur dans cette âme, plus de paix, ^ï^ce qu'il n'y a plus d'amour.... »
V L'enfer prend sa source dans la bonté de Dieu. Les damnés iront : « Oh! si du moins Dieu ne nous avait pas tant aimés, ious souffririons moins 1 l'enfer serait supportable!... Mais lODs avoir tant aimés! quelle douleur ! I ! »
A côté des pensées profondes, M. Vianney en mit de fortes et de saisissantes.
« Nous ne sommes sur la terre, disait-il, que par entrepôt, H)ur un tout petit moment.... Il semble que nous ne bougeons pas, et nous marchons à grands pas vers l'éternité, îomme la vapeur. »
« Si les pauvres damnés avaient le temps que nous perlons, quel bon usage ils en feraient! S'ils avaient seulement Uie demi- heure, cette demi-heure dépeuplerait l'enfer. »
( En mourant nous faisons une restitution : nous rendons i la terre ce qu'elle nous a donné.... Une petite pincée de K>ussière grosse comme une noix : voilà ce que nous devien- 'i^ous. U y a bien de quoi être fier ! »
« 11 faut travailler en ce monde, il faut souffrir et comfttlre. On aura bien le temps de se reposer toute Téternité. »
« Si nous comprenions bien noire bonheur, nous pour- Ons presque dire que nous sommes plus heureux que les tînts dans le ciel. Ils vivent de leurs rentes ; ils ne peu- ^Dt plus rien gagner; tandis que nous, nous pouvons à laque instant augmenter notre trésor^ »
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est cachée dans un coquillage/ au fond de la mer, personne ne songe à Tadmirer. Mais si vous la montrez au soleil, celte perle brille et attire les regards. C'est ainsi que Tâme pure, ^ qui est cachée aux yeux du monde, brillera un jour devanir^ les anges, au soleil de Téternité. »
« La miséricorde de Dieu est comme un torrent débordai, elle entraîne les cœurs sur son passage.... »
a Le bon Dieu aura plus tôt pardonné à un pécheur rep^^a^ tant, qu^une mère n'aura retiré son enfant du feu. »
« Les élus sont comme les épis de blé qui échappent aui moissonneurs et comme les grappes de raisin après la vendange. »
« Figurez-vous une pauvre mère obligée de lâcher le couteau de la guillotine sur la tête de soa enfant : voilà le boa Dieu quand il damne un pécheur !... »
« Quel bonheur pour les justes quand, à la fin du monde - Tâme embaumée des parfums du ciel viendra chercher so^ corps pour jouir de Dieu pendant toute l'éternité! Alors nc^^ corps sortiront de la terre comme le linge qui a passé par 1 ^ lessive.... Les corps des justes brilleront au ciel comme d^ beaux diamants, comme des globes d'amour. »
« Quel cri de joie quand l'âme viendra s'unir à son corp^ glorifié, à ce corps qui ne sera plus pour elle un instrumef** de péché ni une cauSe de souffrance ! Elle se roulera daos 1^ baume de l'amour, comme l'abeille se roule dans les fleurs..* Voilà Tâme embaumée pour Téternité. »
On voit que le Curé d'Ars était poëte sans s'en
M. VIANNEY DANS SES CATECHISMES. 357
>uter, poète dans la plus haute et la plus sincère ception du mot : c'est-à-dire que, doué excellement de la faculté de sentir, son cœur s'ouvrait >ur laisser échapper la note juste et l'accent vrai, est bien la plus simple et la meilleure manière être poëte.
« Une fois, disait-il, j'allais voir un malade; c'était au întemps; les buissons étaient remplis de petits oiseaux qui
tourmentaient la tête à, chanter. Je prenais plaisir à les oiiter et je me disais : Pauvres petits oiseaux^ vous ne savez ^s ce que vous dites! que c'est dommage! Vous chantez les franges du bon Dieu.,.. »
Id. Vianney mêlait à ses discours d'heureuses -tniniscencesde sa vie de berger :
^ U faudrait faire comme les bergers qui sont en champ -ndant l'hiver, — la vie est bien un long hiver! — ils font ^ feu; mais de temps en temps ils courent ramasser du bois - tous les côtés pour Tentretenir. Si nous savions comme ^ bergers toujours entretenir le feu de Tamour de Dieu dans ^tre cœur par des prières et de bonnes œuvres, il ne s'étein- ^it pas. »
« Quand vous n'avez pas Tamour de Dieu, vous êtes bien ouvres. Vous êtes comme un arbre sans fleurs et sans fruits. » tans Tâme unie à Dieu , c'est toujours le printemps. »
c Je ne trouve rien de si à plaindre que ces pauvres gens u monde. Ils ont sur les épaules un manteau doublé ^épines : ils ne peuvent pas faire un mouvement sans se pi-
qver, tandis que les bons chrétiens ont nn manteau doubU* de peau de lapiri. »
« Quand nous nous abandonnons à nos passions^ nous entrelaçons des épines autour de notre cœur. »
« Les pauvres pécheurs sont engourdis comme des serpents pendant Thiver. »
M. Vîanney était de l'école de saint François d\ sise, de saint Bonaventure, du bienheureux Suso, ei de tous ces aimables contemplatifs qui ne déd^/gnaient pas de parer des gr&ces naïves de Texpressi od raustérité de leurs idées, soit par un© miséricoTdieuse condescendance pour leurs disciples, soit par un attrait naturel qu'éprouvent ceux qui sont bons pour ce qui est beau. Le ehristianiâme, si èonrent accusé de fouler aux pieds la nature, a seul appris à l'homme à la respecter et à l'aimer véritablement, en faisant paraître le plan divin qui la soutient, Téclaif^ et la sanctifie. C'est à cette lumière que M. Viann^y considérait la création : il en parcourait tous 1^* degrés pour y adorer les traces de son Dieu* W retrouvait Celui qui est souverainement beau daïï* les créatures belles; il ne dédaignait pas les pl^^ petites. Eu paix avec toutes choses, et revenu ^^ quelque sorte à l'innocence primitive et à la co^" dition de TÉden, lorsque Adam voyait les cré^' tures dans la clarté divine et les aimait d'une fr^" ternelle charité, son cœur débordait d'amour no^^ sdulement pour les hommes , mais pour tous I^^
êtres visibles et invisibles. On sentait respirer dans ses paroles une affectueuse sympathie pour la création entière, qui lui apparaissait sans doute dans sa noblesse et sa pureté originelles. Il voyait en elle une sœur qui, d'une autre manière , exprimait les niêmes pensées que lui, et chantait le même amour. Là où d'autres yeux n'apercevaient que des beautés périssables, il découvrait, comme d'une seconde ^vue, les saintes harmonies et les rapports éternels qui lient l'ordre physique avec J 'ordre moral, les mystères de la nature avec ceux de la foi. Il en usait de même dans le domaine de l'histoire. Les siècles, les événements elles hommes n'étaient pour lui que symboles et allégories, prophéties et accomplisee* ^ents, voijL qui interrogent et se répondent, figures
qui mutuellement se répètent.
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hc\f laDi usi eui 'M