CHAPITRE XI
Ls Garé 4*Ar« dans «es H^méllea 4a diniAnclie.
Tous les dimanches , à V Angélus , paroissiens et étrangers remplissaient l'église d'Ars. Il était plus que jamais difficile , même en devançant l'heure, de se faire une place dans les rangs serrés et impénétrables de cette assistance, où les conditions et les classes se trouvaient confondues, et qui offrait, comme le pèlerinage lui-môme, l'image des variétés et des dissonances sociales les plus étranges. Après une attente plus ou moins longue, abrégée par le chant des cantiques, on voyait apparaître le vénérable Curé, passant immédiatement du confessionnal à la chaire pour y parler sur l'Évangile du jour.
Ceux qui n'ont entendu M. Vianney que dans ses catéchismes ne le connaissent qu'à moitié. Ils savent ce qu'il y avait dans sa parole de lumière in* fuse, de grâce surnaturelle, de solidité , de transparence , et parfois d'élévation , de profondeur Bi
.'iginalité; ils ne savent pas ce qu'il y avait mouvement, de chaleur et de vie. C'est dans homélies du dimanche que le missionnaire, )mme apostolique, l'oracle, le prophète inspiré, saint consumé de la soif du salut des âmes, montrait sous son rare et inimitable aspect, as toute la force et tout le prestige de sa puisite individualité. Ce qui caractérisait ces disiirs, c'était un mélange d'exaltation et de sensibiê, de foi vive et ardente, de zèle impétueux , d'où sultaient dans le prédicateur, l'onction à sa plus ute puissance, et dans l'auditeur l'émotion à son us haut degré. De. là, ces merveilleux effets qu'on eu si souvent l'occasion de remarquer à Ars : ce rangement des cœurs, cet assouplissement des vontés, cet attendrissement , ces larmes, ce travail 'Ofond qui commençait au pied de la chaire et qui achevait dans les secrets entretiens du confessionsil. Ce qui ajoutait à l'éloquence de la voix, c'était ^oquence du corps : ce front large, entouré d'une aréole de cheveux blancs, ces traits fortement prêtés, cette expression béatiflque qui faisait le fond ' la physionomie du saint homme , et surtout le u incessamment mobile de son regard portait avec 'î un€(^orte de fascination naturelle, sous laquelle >us avons vu souvent les plus fiers esprits se wber irrésistiblement , et le scepticisme se déarer vaincu.
Le genre que M. Vianney avait adopté dans ses
ae m lurce suiuaiui eut; ut uu cuctruie uiviu ut j
vaDgile , qui , prêché dans toute sa simplicité, triomphe pas moins de la pauvreté de celui qui I nonce, que des exi gences diverses et souvent c gérées de ceux qui Técoutent.
Les prédications du Curé d'Ars commença:
par Notre- Seigneur Jésus Christ et finissaient lui. Il l'avait toujours sur les lèvres, parce qu'il vait toujours dans le cœur. Un jour de fête d Présentation, il disait :
« Avez-vous médité sur l'amour dont le cœur du viei Siméon était consumé*, pendant son extase? Car, bien qu'il était en extase, quand il avait TEnfant Jésus dan: bras. Il avait demandé au bon Diea de voir le San d'Israël, le bon Dieu le lui promit. Il passa cinquante dans cette attente, appelant ce moment de tous ses y Lorsque Marie et Joseph entrèrent dans le temple. Die dit : « Le voici!... » Prenant alors dans ses bras, et
liens.... II ne vient pas seulement dans nos bras, mais
s notre cœnr.
homme, que ta es heoraix, mais qne (n comprends
ton bonheur ! Si tu le comprenais, tu ne pourrais pas
re.«..Oh! non; bien sûr, tu ne pourrais pas vivre!.
mourrais d'asiour!... Ce Dieu se donne à toi...- tu peux
iporter si tu veux.... oti tu v^x.,,. il ne fût qu'un avec
le reste du sermon ne fut plus qu^une suite d'extnations entrecoupées de larmes et de sanglots, irrivait souvent que, vaincu par son émotion, le at homme était forcé de s'arrêter. Quelquefois i discours n'était qu'un cri sublime d'amour, de 3 ou de douleur. Il nous souvient que lorsqu'il cliquait l'Évangile du deuxième dimanche de cane, le ravissement des apôtres sur le Thabor reliant en lui l'idée du bonheur de Tâme appelée à ir de la sainte humanité de Notre-Seigneur dans îlaire vision du ciel, il s'écria, transporté hors de •même : « Nous le verrons ! nous le verrons!... ) mes frères! y avez-vous jamais pensé? Nous errons Dieu! nous le verrons tout de bon!
tous le verrons tel qu'il est... face à face! » Et dant un quart d'heure, il ne cessa de pleurer et répéter : « NOUS LE verrons! nous le ver- ONS!!! »
'ne autre fois, il avait pris pour sujet dç son însîtion le jugement dernier, et, s'arrêtant tout à p sur les termes de la terrible sentence : « Allez,
maudits I » il éclatait en larmes et en sanglots ne pouvait plus que redire : « Maudits de Diei « comprenez-vous, mes frères? maudits d'un E « qui ne sait que bénir! maudits d'un Dieu qui « sait qu'aimer et pardonner! maudits! maui « sans rémission ! pour toujours ! Ah ! quel horri « malheur!!! » L'auditoire était atterré.
Ses discours s'imprégnaient quelquefois de couleur des événements contemporains et réflécl saient tour à tour les joies et les tristesses de son ât
En 1830, ayant appris que sur quelques points la France on avait abattu les croix : « Ils aun « beau faire, » s'écria-t-il au milieu de son ca chisme dans un mouvement de sublime indigi tion, qui impressionna vivement son auditoi (( ils auront beau faire! la croix est plus fc « qu'eux, ils ne la renverseront pas toujours. Qui « Noire-Seigneur paraîtra sur les nuées du ciel « ne l'arracheront pas de ses mains ! »
Trois années après , c'étaient les représailles Dieu. Le choléra avait visité Marseille, Paris menaçait Lyon. Le saint Curé commençait son truction par ces graves paroles : « Mes frères, I (t est en train de balayer le monde.,, » On raconte ce simple mot et le ton dont il fut prononcé imp sionnèrent profondément un artiste qui se trpu dans l'auditoire, et qu'ils furent le point de déj de sa conversion.
Nous n'entreprendrons pas une étude sur 1
mble de la doctrine du Curé d'Ars. Il y avait bien le sorte d'enchaînement qui en liait^ les parties, ais non les inspirations soudaines qui s'en échappent, les jets de lumière qui se croisaient en tous •us. En général} ses catéchismes défiaient Tana-
se, et nous craindrions de les défigurer en leur 'étant l'unité d'un système théologique. L'esprit î Dieu s'était plu à graver dans le cœur de ce saint 'être tout ce qu'il devait savoir et enseigner aux lires, et d'autant mieux l'y avait-il gravé, que ce âur était plus pur, plus libre, plus simple , plus de de 1^ vaine science des hommes : c'était comme i marbre bien net et bien poli qui n'attend que le irin de l'ouvrier.
lia foi du Curé d'Ars était toute sa science ; son irre, c'était Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il ne cherrait pas la sagesse ailleurs qu'en Jésus-Christ, ins sa mort et dans sa croix. Il n'y avait pas pour î d'autre sagesse véritable, pas d'autre sagesse :.ile. Ce n'est pas dans la poussière des bibliothèaes, ce n'est pas à l'école des savants, c'est dans la -Mère, à genoux aux pieds du Maître, en couvrant is pieds divins de larmes et de baisers; c'est en résence des saints tabernacles , où il passait ses lurs et ses nuits, dans le temps que la foule ne lui vait point encore ôté la liberté de ses jours et de 38 nuits, c'est là qu'il avait tout appris.