CHAPITRE III
ë«n •■iénllé de earactère, 's* peliCesAC) sa •Impllei^*
•• b«nté.'
Si le monde se trompe en pensant que la pieté l'etrécit les idées, il se trompe encore plus en supposant qu'elle dessèche le cœur. Le cœur de' M. Vianney, comme celui des saints, était liquide.
La vie intérieure semblait développer en lui chaque joift sa sollicitude pour le prochain ; il était plus tendre à l'égard des autres à mesure qu'il redoublait de sévérité pour lui-même; il possédait toutes les prévoyances et toutes les délicatesses. A l'exemple du Sauveur, en qui nous sont apparues pour la première fois la grâce et la bonté, il pensait à tout, veillait à tout, n'oubliant que soi et s'oubliant tout à fait ; il n'avait besoin de rien, pas même de consolations, ni de témoignages de sy^ipat^; ii s'en croyait indigne.
Le Curé d'Ars avait non la politesse froide et maniérée des gens du monde, mais cette politesse totte
trempée de charité, de cordialité et de sincérité qui lûetchacun à l'aise. Il ne s'asseyait jamais devant personne et ne permettait pas qu'on se tînt debout devant lui. Lorsqu'il entrait et qu'on se levait à son aspect, on voyait sa figure se couvrir des marques d'une vive confusion : « Asseyez-vous I asseyez-vous ! » disait-il, ^û accompagnant ces mots d'un geste expressif, et il ^ûsistait jusqu'à ce qu'on se fût assis. Au moment où 'es rares privilégiés qui avaient le bonheur d'être ^Gçus chez lui le soir, prenaient congé, tout las et tout harassé qu'il était, il les accompagnait courtoisement jusque sur le palier; il était impossible d'obtenir de lui qu'il restât dans sa chambre. Sa formule, ^H saluant les visiteurs, était toujours: Je vous présente bien mon respect. S'il en avait connu une plus humble, il l'aurait employée. Mais ce respect qu'il offrait à tout le monde, il n'en voulait point pour lui. On ne pouvait faire entrer ce mot dans aucune phrase à son adresse, sans qu'il en fût offensé ; il vous arrêtait tout court pour vous dire : « Oh 1 je « ne mérite pas vôtre respect. . . Donnez-moi vôtre « amitié : c'est tout ce qu'il me fautl »
Le Curé d'Ars n'était pas de ceux qui, se fondant sur une fausse interprétation de l'Évangile et peutêtre égarés, à leur insu, par un secret orgueil, se font les contempteurs de toute supériorité et les niveleurs de toute hiérarchie sociale ; il croyait que Notre-Seigneur venant tout réparer avait sanctifié les deux états, celui de la misère par sa vie pauvre
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et souffraQte, et celui de la grandeur par sa vie jgk^ rieuse. Il voyait dans les représentants de U dasc;^ élevée la grandeur même et la royauté de Jésk^. Christ, et c'est ce souverain Seigneur qu'U entez?dait lionorer en leur personne. Mais s'il honorait les grands du monde, il mettait encore plus de soia et d'attention à leur faire honorer Di^u. Sa polîtes^ n'avâit d'égal que son courage apostolique. Ai&si SCS complaisances de jugement et d'expressiim poux les personnes ne l'entraînèrent jamais à porter la tolérance des doctrines et des actes au delà deslimites fixées par la loi chrétienne et la plus sévère^ orthodoxie. Il savait, quand il fallait, prononcer le NON LiGET, en se mettant au-dessus de toute crainte servile. On ne se figure pas l'ascendant qua cettâ noble et Dère indépendance, soutenue de la pauvretés de la mortification et du désintéressement, lui doa^ naît sur tous. C'est ainsi qu'il obtenait d'un sej^^ mot les sacrifices les plus durs à la nature et te^ plus méritoires pour le salut.
Jamais il n'est arrivé à M. Vianney de blesser ni de repousser personne par le plus léger semblaa'^ de froideur ou d'indifférence. Une gaîté douce et^ franche, un aimable abandon présidait à ses rela.tioDs intimes, et toutefois cet abandon ne tournait pas à une trop grande familiarité ; le respect était toujours là pour en tempérer les saillies.
C'est une difficile épreuve, où parfois le» meil* leurs succombent, que de conserver le calme dan*
.'actiyité, le recueillement dans les travaux extérteurs les plus ateorbants, rentière et libre possession de soi-même et l'union constante avec Dieu, au milieu de TenccMnbrement et du bruit. Le Curé d'Ars a été supérieur à cette, épreuve. Comme un courant d'eau pure qui traverse l'Océan sans rien prendre de son amertume, il entendait tous les
jours le bruit des passions humaines et subissait l^r contact sans y rien laisser de la paix et de la pureté de son âme. Il n'a pas connu ces ondulations îui font si souvent vaciller le cœur des plus forts» ^ quelque moment qu'on le vît, environné, pressé, ^sailli par la multitude indiscrète, harcelé de îuestions oiseuses et absurdes, obsédé de demandes ^^Possibles, tiraillé dans tous les sens, interpellé ^ partout, ne sachant à qui répondre, on le voyait ^^iours égal à lui-même, toujours gracieux, tou- ^rs aimable, toujours compatissant, toujours prêt • ^Condescendre et à accorder ce qu'on lui demandait, ^Ujours la figure reposée et souriante. Jamais on ^'apu surprendre en lui le moindre signe de dépit, ornais la moindre brusquerie, jamais sur son front 'ombre d'un nuage, jamais sur ses lèvres de re- )roche ni de plainte, jamais un mot plus haut que 'autre. Était- il entouré des marques du respect, de a confiance, de l'admiration la plus bruyante tt la moins contenue, acclamé, escorté, porté en riomphe par la foule; voyait-il cette foule s'atta- :her à ses pas, se suspendre à ses lèvres, s'agenouiller
sur son chemin, s'incliner pour recevoir sa bér .^^ diction , on le retrouvait encore le même, ingfe/7^ comme un enfant, simple, modeste et bon, n'ayaz?/ pas l'air de se douter que sa vertu fût pour quoi que ce soit dans cet 'étonnant concours, dans ces miracles célébrés par les multitudes , dans ce prodige que notre pays a offert pendant trente ans.
Ce qui nous a souvent frappé, c'est qu'il n'y avait pas un seul moment où le Curéd'Ars ne portât avec une dignité suprême cette pure et délicate auréole de la sainteté. Dans quelque état qu'on le surprît, quelque part qu'on le vît et l'entendît, le saint apparaissait constamment. 11 y a pour tous des jours mauvais, des heures de faiblesse et d'obscurité, où les coBurs les mieux trempés fléchissent, les plus mâles courages se démentent : il n'en était pas ainsi pour lui. On pouvait l'observer de près et à loisir, sonder son âme dans ses plus intimes profondeurs, scruter sa vie dans ses plus minutieux détails, il n'avait rien à perdre à cette analyse. On ne l'a jamais vu agir autrement que de la manière la plus parfaite, adoptant le parti le plus sage et le plus héroïque, choisissant l'objet le plus excellent, apportant atout les plus pures intentions et la plus grande intensité de ferveur, en sorte que nous ne savons pas, en vérité, comment on s'y serait pris pour lui reprocher d'avoir moin s bien failles choses qu'il pouvait mieux faire. Ses moindres actions parlaient avec la môme éloquence, et c'est ce qu'il importe de constater pour
U6 ie double enseignement de sa parole et de ses 'Uvres lui survive, et continue cette merveilleuse armonie dans le bien, en face de laquelle la prévenion même reste désarmée. Ce qui apparaissait de «tte existence miraculeuse, ce que le monde en a su ^'est rien auprès de ce qui s'y est caché. Beaucoup >ut connu la vie active de ce saint prêtre de Jésusîhrist : elle est au-dessus de l'admiration; à quel- [Ue point de vue qu'on la considère et de l'aveu de ous, c'est un miracle. Plusieurs ont été témoins de «i vie mortifiée : elle eût été effrayante à une époque 'Ù la pénitence était chose moins rare. Très-peu ont •té initiés à sa vie intime : elle est ravissante!... Et *est là-dessus principalement qu'il faut le juger.
a dit que la puissance des saints tenait à leur implicite. Gomme c'était vrai du Curé d'Arsl La implicite le revêtait de la tête aux pieds de ses harmes puissants ; c'est elle qui donnait à toutes es œuvres un cachet inimitable de grâce, qui lisait que la persuasion découlait de ses lèvres vec une merveilleuse éloquence , que tout en lui , isqu'à son silence et à son inaction, respirait je ne eiis quoi de céleste, qui chassait le mal et produisit le bien. On se sentait pur et bon lorsqu'on était vec lui. Une transpiration de sagesse et de chaîté s'épanchait de son cœur. Ses larmes étaient ouces; ses manières suaves et attrayantes, comme ine vision du ciel, inspiraient à la fois la paix et un espcct mêlé de confi^ipce et d'amour.
soi
Vl£ IHJ CURÉ P'AJRS.
Ce qu'il y avait encore d'émiueut dans te leur de Dieu, c'était sa bonté. Au fond d'une si virile on trouvait une délicategge et une ee lité exquises. En s'inclinant devant la Cro Sauveur, et en s'épanchant h ses pieds, les ments les plus tendres s'épurent et s'exaltev prennent un degré de plus d'énergie dans oett toire permanente de la mortiflcatlon et de Thu chrétienne sur les sens et l'orgueil. Il est un taine mesure de bienveillance qui ne se qu'aux sources divines. La bienveillance pro< en M. Yianney, comme la politesse, de ] 'oubli plet de soi-même, de l'effacement absolu < personnalité en toute chose, disons mieux e clairement, de son humilité : les âmes hu sont les seules qui aiment, les seules qui reç' et qui renvoient quelques rayons de la bout ver aine. On ne peut pas dire comme le Curé était bon 1 On aurait pressé son cœur comm éponge qu'il n'en serait pas sorti une goutte d tume. Il était bon envers tous, il était bon toi mais il était bon en particulier pour les pa les infirmes, les ignorants et les pécheurs : o
là les auatre firmndes misères de l'âme et du i
Il se montrait continuellement appliqué à écarter de ceux qui vivaient autour de lui le plus petit mécompte, à leur épargner la plus légère contrariété, autant il était dur au travail, indifférent à la peine, inapitoyable pour lui-même, au tant il était sensible, tendre, prompt à s'alarmer, dès qu'il s'agissait de la santé de ses collaborateurs* S'il les voyait souffrants, il les forçait au repos, il leur interdisait la chaire et le confessionnal, il prenait sur lui toute fit besogne.
M. Vianney ne recevait que pour donner : dcwaner
^tait sa passioa Les objets pieux dont on lui faisait
<îadeau, les seuls auxquels il attachât quelque prix,
^ fanaient que passer par ses mains. Il s'en dé-
P<>Uillait en faveur du premier venu, auquel il pen-
*»ît que ce présent dût être agréable. Que de foi^
^^ant un précieux reliquaire, une belle croix d'or,
^ beau tableau, nous lui avons entendu dire :
^ Voilà qui sera pour moi : je le garderai ! » Venait-
' ^ïtielqu'un à qui il devinait que cet objet pût faire
^*^îsiT, il ne résistait pas à la tentation de s'en pri-
'^i^ aussitôt. Il se serait arraché les yeux pour les
'^^ner.