‹ Le curé d'Ars: Vie de m. J.B.M. VianneyChapitre 73 sur 87 · EU A PASSÉ LA · texte numérisé non relu

EU A PASSÉ LA

La dévotion de M. le Curé envers le Saint- Sacreit, rapporte encore Catherine, est admirable, ni qu'il y eût tant de monde, il lisait toujours ofïlce à genoux, prosterné sur le pavé du chœur, 5 aucun point d'appui; souvent il faisait des ses et regardait le tabernacle avec des yeux où se ;nait une joie si vive, qu'on aurait pu croire 1 voyait Notre-Seigneur. Lorsque le Saitit-Sadreit est exposé, il ne s'assoit pas, excepté quand il quelque prêtre étranger, pour ne pas faire aunent que lui. Alors il se tourné du côté de l'auavec son bienheureux sourire. Un de ses cônes, le surprenant un jour dans cette attitude, ;a instinctivement ses regards vers le tabernacle, ime s'il avait dû voir quelque chose. Il ne vit i; mais l'expression du visage de M. Vianney ait tellement frappé, qu'il dit : « Je crois (Ju'il idra un temps où le Curé d'Ars ne vivra que de [charistie. »

'opinion que le serviteur de DieU voyait Notrejneur à l'autel, qu'il le f econnalsèait à la fraction pdtn, venait à tous ceux qui ont eu le bonheur isister à sa mes^e. Il n'était pas possible dé con^

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teropler une figure exprimant mieux radoration, ou s'illuminaot à un si haut degré de cet éclat céleste qui manifeste l'action du Saint-Esprit. On aurait dit qu'il tombait sur lui un rayon de lagloire divine. Le cœur, Tâme et les sens semblaient également absorbés, et ils Tétaient effectivement. On ne pouvait saisir une seconde de distraction dans sa prière. Au milieu de la foule, et sous rinfluencede tant de regards attachés sur lui, il communiquait avec Notre-Seigneur aussi librement que s'il avait été dans la solitude de sa pauvre chambre. Il répandait en sa présence des pleurs d'amour ; il arrosait ses pieds divins d'une abondante effusion de larmes saintes. Ordinairement ses larmes ne tarissaient pas, tout le temps que duraient les saints mystères.

M. Vianney n'était ni trop lent ni trop promptà Tautel; il consultait plutôt l'utilité de tous que son attrait et sa piété. «En lui servant la messe, dit un pèlerin, j'avais l'occasion de remarquer le seul moment où il était plus long que les autres prêtres: c'était avant la communion. Les prières liturgiques étant terminées, il y avait un colloque mystérieux, qui se trahissait au dehors, entre Notre-Seigneur Jésus-Christ et son serviteur. M. Vianney regardait la sainte hostie avec amour. Sa bouche proférait des paroles : il s'arrêtait, il écoutait, il reprenait, et par un effort visible de l'ami qui se sépare de sou ami, après un instant d'hésitation, il consommait les saintes espèces, n

SA FOI, SON ESPÉRANCE, SON AMOUR DE N.-S. i05

Le Curé d'Ars avait reçu à un degré suréminent doa d'oraison. Son âme était plus unie à Dieu qu'à n corps. S'il désirait la solitude, ce n'était que ►ur livrer son cœur et toutes ses facultés à cette Dversation intérieure qui commence le ciel sur la Te. Au milieu des plus grands travaux, il ne se âchait point de la sainte contemplation, demeu- U toujours en la présence de Dieu et le regardant 'C une tendresse amoureuse en toutes ses créaes. Son- esprit, dégagé des vapeurs qui obscurcisit l'intelligence et lui ôtent sa lucidité, recevait, lieu des notions bornées et incomplètes de la ence humaine, des clartés transcendantes, qui lui Pmettaient de comprendre le rapport de toutes oses avec le Créateur et leur destination dans rdre admirable de ses desseins. De cette pénétra- >n lumineuse des secrets du ciel, découlaient une altitude d'autres privilèges qui le rapprochaient l'état béatifique où sont les élus qui jouissent de vue de Dieu. Perdu dans cette contemplation ntinuelle, qui transportait sa pensée dans une jion supérieure à la terre, il ne se servait de ses 3S, purifiés par l'effusion divine de la grâce, que ur la pratique des vertus. Sa volonté tendait uniement vers le Bien suprême; mais tout restait lermé dans le sanctuaire invisible de l'âme; la rlie sensible n'y avait point de part. Aucun-eigne révélait ordinairement les opérations de' la grâce, ce n'est un maintien doux et recueilli, qui annon- 83. ^

çait une grande concentration intérieure, sans a ^^;^ rien d'affecté. Il n'avait pas l'air de ¥ouloir «ég^^^. \anter le bon Dieu par son air triste et sévère; vji lui donnait ce qu*il pouvait, galment et de bon eœ^r. Il était loin de toute exagération extérieure elne Faimait pas dans les autres. Il n'avait qu'une pensée, une seule, mais une pensée ardeate, infatigable : aimer et faire aimer Dieu : Dieu, et rien que Dieu! Dieu toujours! Dieu partout! Dieu en tout!... Toute la vie de M, Vianney est là. Trente ans de cette sublime monotonie ! toujours l'œuvre de Dieu ! jamais de distraction, jamais de repos, jamais un instant de répit.

L'amour de Dieu, dans le Curé d'Ars, en produisait un autre, moins compris, moins connu, et qui pourtant naît infailliblement du premier dans les cœurs vraiment catholiques : l'amour de l'Église, cette Mère si vénérable et si chère des enfants de Dieu, rÉpouse de Notre-Seigneur, que ce divin Maître s'est acqnise par son sang, qui est sortie de ses plaies, et dans laquelle il se survit par sa vérité, sa grâce et ses sacrements. Cet amour renfermait implicitement tout ce que l'Église, représentée par son chef, aime, accepte et propose. On ne pouvait lui parler de Rome sans provoquer des larmes, des soupirs, des regrets de mourir aviPè*d'avoir vu la patrie des âmes » le reliquitolfëtt monde, le tombeau des Apôtres et des Martyre.

La piété du Curé d'Ars lui faisait recliercher tout qui de près ou de loin se rapportait au culte et à la gloire de Dieu. Le plus petit objet lui devenait cher et sacré dès qu'il avait une signification dé- Vote. Il aimait les images, les croix, les scapulairefc, les chapelets, les médailles, l'eau bénite, les sacramentaux, les confréries, les reliques surtout. Son église, sa chapelle de la Providence^ sa chambre en étaient remplies. Nous lui avons entendu dire, un jour, d'un air de grande satisfaction, qu'il en avait plus de cinq cents.

Il était insatiable de la parole de Dieu pour lui et pour les âmes confiées à sa sollicitude pastorale. Il assistait au sermon autant qu'il le pouvait; il y prêtait la plus religieuse attention, sans jamais tourner la tête ou se laisser aller au sommeil. Il savait au besoin, et toujours avec une parfaite bienveillance, exprimer son opinion sur un prédicateur, ne s'attachant qu'aux qualités, sans voir les défauts. C'est ainsi qu'il disait de deux missionnaires, dont l'un était plus solide et l'autre plus brillant : « Le pre- « mier nous mène nu ciel en nous faisant passer (( sur un pont de pierre, et le second sur un pont a de fleurs. »

Après les ministres et les dispensateurs de la parole sainte, les religieux étaient l'objet de sa prédilection ; il les regardait comme la gloire eti'ornément de l'Église ; il aimait à s'enlreteotjrpfec eux de Dieu et des choses célestes. A cette Une pour

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qui la terre était un exil, le religieux apportait dft ^^ nouvelles du pays et de la maison paternelle. ^^ reste, M. Vianney vénérait tous ses confrères ; il avait pour eux de grands égards; il leur accordait le même privilège qu'aux infirmes et aux malheureux, celui de les entendre aussitôt qu'ils réclamaient son ministère.

Quant aux pratiques particulières de dévotion, le serviteur de Dieu respectait toutes celles qui sont en usage dans TÉglise et les conseillait volontiers. Il était du Tiers-Ordre de Saint-François et de plusieurs confréries. Il aimait à réciter l'office divin en union avec Notre-9eigneur, et, pour faciliter cette union, il avait attaché aux. différentes heures du bréviaire le souvenir des différentes scènes de la Passion : à Matines, il honorait Tagonie de Jésus- Christ au Jardin des Olives, à Laudes sa sueur de sang, à Prime sa condamnation, à Tierce le portement de sa croix, à Sexte son crucitîment, à None sa mort, à Vêpres sa déposition, à Compiles son ensevelissement. Il goûtait beaucoup les psaumes. « Quand je pense à ces belles prières, disait-il, je « suis tenté de m'écrier : Félix culpa ! car, si David (( n'avait pas eu à pleurer ses péchés, nous ne les « aurions pas. » Pour soutenir et diriger ses intentions pendant la semaine il se proposait, le dimanche, d'adorer la très-sainte Trinité, le lundi, d'invoquer TEspriteSaint, afin de bien employer son temps pour la gloire de Dieu et pour son salut. Il priait aussi ce

ur-là pour les âmes du purgatoire et offrait à leur ttention tous ses mérites. Le mardi était consacré u Anges gardiens : il remerciait le bon Dieu d*a- >ir donné à ces purs esprits un si ardent amour î sa gloire, une promptitude si grande à exécuter s ordres, tant de constance et de fidélité dans preuve, tant de bienveillance pour les hommes.

mercredi était employé à louer toute la cour 5 bienheureux. Le jeudi était le jour de TEuchatîe, le vendredi le jour commémoratif de la Pasn de Notre-Seigneur. Le samedi, il remerciait le tl Dieu d'avoir créé la sainte Vierge Immaculée de lui avoir donné un si bon cœur pour les pau- -s pécheurs.

Ce n'était pas là la seule pratique de dévotion le le Curé d'Ars eût envers la très-sainte Vierge : aimait à célébrer la messe à son autel le plus uvent qu'il le pouvait; il n'y manquait jamais samedi. Tous les jours il récitait le Regina cœli en Lion de grâces des faveurs qui lui étaient venues r Marie; tous les soirs à la prière il disait en aire le chapelet de l'Immaculée-Conception. Deis son vicariat, il avait organisé une association prières en l'honneur de la sainte Mère de Dieu.

pratique fondamentale consistait à réciter VAve iria^ quand l'heure sonnait, avec l'invocation : nie soit la très-sainte et Immaculée Conception de la znheureuse Vierge Marie^ Mère de Dieu ! ,,. Marie ^ e toutes les nations glorifient^ que toute la terre in-

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Marie est si tendre pour nous, que ceux de toutes •les mères réunies ne sont qu'un morceau de glace auprès du sien. Je pense qu'à la fin du monde, la sainte Vierge sera bien tranquille, mais tant que le monde dure, on la tire de tous les côtés,.,. La sainte Vierge est comme une mère qui a beaucoup d'enfants. Elle est continuelleïTient occupée à aller de l'un à l'autre. On compare souvent la sainte Vierge à une mère, mais ^lle est encore bien meilleure que la meilleure clés mères; car la meilleure des mères punit cjuelquefois son enfant qui lui fait du cbagrin. ïja sainte Vierge, elle, est si bonne qu'elle nous traite toujours avec amour et ne nous punit jamais. Le Fils a sa justice, mais la Mère n'a que son amour. »

Les saints étaient pour le Curé d'Ars de vrais ^mis, en la société desquels il vivait par l'esprit et Par le cœur; il les appelait ses consuls. Il avait Pour leurs images et pour leurs restes sacrés une Véritable passion. Il n'imaginait pas qu'on pût faire. Un plus beau présent que celui d'une relique. Parler de ces bons saints était toute sa joie, et quand il était sur ce chapitre, il ne s'arrêtait plus. Les traits, les épisodes, les détails charmants et inédits, les circonstances les plus minutieuses de leur vie, s'offraient à sa mémoire avec une abondance et une précision admirables. Il ne se lassait pas de raconter, et on ne se lassait pas de l'entendre.

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Nous avons dit la part privilégiée que le Ci d'Ars avait faite à sainte Philomène dans son cimj et dans sa vénération. Dès le début la chère Sainf répondit aux attraits de son serviteur; miis leur cœurs allèrent s*unissant de plus en plus, au poiin qu'il y avait entre eux, dans ces dernières années, non plus une relation à distance, mais un commerce immédiat et direct: et dès lors, le Saint vivant eui-^ avec la Bienheureuse la familiarité la plus douce ^^ la plus intime. C'était d'une part une perpétuelle invocation, de l'autre une assistance sensible etun^ sorte de présence réelle.

Parmi les saints dont le Curé d'Ars se plaisait ^ faire l'éloge dans ses entretiens, il était aisé de voî qu'il accordait une place de faveur à ceux qui ayant le plus travaillé et le plus souffert, avaieik montré par là un plus grand amour pour Notre^ Seigneur. Après saint Joseph, saint Jean- Baptiste saint Jean l'É vangéliste et les saints Apôtres, c'étaient saint François d'Assise, saint François Régis, saini Louis, roi de France, saint Louis de Gonzague, saint Stanislas de Kostka, saint Nicolas deTolentinsainte Catherine de Sienne, sainte Colette, saintes Thérèse, qu'il invoquait le plus souvent. Il admirait surtout le séraphique Père saint François, à cause de l'esprit d'amour et de sacrifice dont il était enflammé, et pour avoir entrepris de donner un époux- « à cette divine pauvreté, restée veuve depuis lamort de Jésus-Christ. » Il aimait également à parler

^G sainte Claire, cette autre amante d*^ la Croix et ^G la sainte pauvreté, « si modeste, qu'on ne la vit ^iu*une seule fois dans sa vie lever sa paupière pour ^^manderau pape sa bénédiction, et qu'on connut ^^ulement alors la couleur de ses yeux. »

Le Curé d'Ars avait une grande dévotion aux âmes

^u Purgatoire; il encourageait toutes les entreprises

Qiû avaient pour objet de les soulager. Le concours

?^'il a donné aux Auxiliatrices, et le rôle impor-

^^^t qu'il a eu dans la fondation de cette œuvre

^^rtiirable le prouvent assez. Comme saint Domi-

'^^^ue, dont il est dit qu'il faisait trois parts de

^^^ sang, il faisait dans son cœur trois parts de

^^^ travaux, de ses souffrances et de ses larmes :1a

P^^mière pour ses péchés, la seconde pour les péchés

^^^ vivants, la troisième pour les péchés des morts.

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