CHAPITRE Y
ChiiriCé de M. Viaoïiey, mou sèle, «on miioiir «t^t*
pliiivft*^», Aà libéfallté.
Lorsque Notre-Seigneur \lt réellement dans un c(Pur, il lui inspire les sentiments d'un zèle pur ^^ ardent pour le bien des âmes, jusque dans les relations les plus simples que la bienséance, Famitiéel la politesse exigent. Il en était ainsi du Curé d*Ars; la bienveillance envers tout le monde, sans aucune acception de personne, était son état habituel ; non cette bienveillance qui est à la surface et dans les mots, que Ton peut affecter par calcul et pratiquer
même avec banalité, mais cette bienveillance qui procède de la charité parfaite et qui se traduit par des actes du plus pur dévoûment. Cette âme si généreuse et si fidèle ne se rebutait pas des défauts et des faiblesses d'autrui ; elle savait y condescendre? les expliquer, les atténuer, en espérer et en poursuivre Tamendement, comptant sur les ressources inépuisables de la miséricorde divine.
SA CHARITÉ, SA LIBÉRALITÉ. 41 ô
L«a sollicitude incessante de M. Yianney pour les ^oins spirituels et temporels du prochain ne lui levait rien du recueillement, de la pureté d'inition et de la préférence constante à donner sur aie chose à Tunique nécessaire; elle n'était ^*une application de la divine charité, qui, unis- Qt rhomme à Dieu, le rend à ses semblables divisé et centuplé d'action. Le monde ne comprend s cette grande loi de dévoùment; il ne voit que le sultat extérieur et qui tombe sous les sens; la use lui demeure cachée. Il serait pourtant naturel Vil cherchât la théorie d'un dévoùment à autrui ans lequel un homme sacrifie pendant quarante )s, sans compensation appréciable, son bien-être. . santé, ses goûts, sa liberté.
La nuit, qui est pour tous le temps du repos, ait pour le Curé d'Ars le moment de ses grandes ttes contre les peines de l'esprit et les défaillances ) la chair. Il avait demandé à souffrir* le jour )ur la conversion des pécheurs, la nuit pour la jlivrance des âmes du purgatoire ; et Dieu l'avait :aucé. La fièvre le brûlait sur son pauvre grabat ; . toux qui lui déchirait la poitrine était sans interlittence; il se levait de quart d'heure en quart heure, rompu de fatigue, baigné de sueur, pour jsayer de trouver hors du lit quelque soulagement son martyre... Et quand la douleur commençait à ) calmer par son intensité môme, quand il allait ouvoir enfin s'assoupir, c'était l'heure oit ce vailUnt
il 6 VIE DU CURÉ D'ARS.
septuagénaire, par un héroïque effort qu'il renoixx^elait chaque nuit, s'arrachait au repos avant de l'avoir goûté, et reprenait gaîment sa longue et rude /^^ journée. Il était si faible alors, si endolori, qu'il F? n'allait qu'en se traînant d'une chaise à l'autre, en 1 tombant sur ses meubles, en s'appuyant aux murs v de sa chambre. Quel homme, à sa place, n'eût céd^ à la tentation de rester au lit quelques instants (^* plus? Mais cette tentation ne lui venait même pa^' Il y avait là, à sa porte, des âmes retenues dans 1^^^ liens du péché. L'amour de ces âmes, la soif de kxm^^ salut lui rendait légers tous les sacriûces. Il allai^^* sans marchander, tant qu'il pouvait aller. D'ailleur^^.' une fois étabh* dans son confessionnal, le Maître qu'r^ ^
servait et qui a toujours soin de proportionner le '^^^ forces à la peine, lui accordait tous les secours don-^^
il avait besoin pour recommencer le lendemait^^ ° l'humble dévoûment de la veille.
Il est impossible de comprendre combien le Cur^ ^ d'Ars avait à cœur le salut des âmesl II gémissai continuellement sur leur perte. Nous lui avons sou vent entendu répéter avec un cœur pénétré : « Que ^^' « dommage que des âmes, qui ont coûté tant d( «souffrances à Notre-Seigneur, se perdent poui « l'éternité! » Dans ses diverses fondations di messes, il leur a fait une large part. Il recomman — dait, comme une chose particulièrement agréable à Dieu, la prière pour ces pauvres pécheurs^ atbc» que, par leur endurcissement, ils ne rendissent
SA CHARITÉ, SA LIBÉRALITÉ. i17
pas inutiles la mort et la passion de notre très-saint Ilédempteur.
« Vous avez prié, disait M. Vianuey à un curé qui « se plaignait à lui de ne pouvoir changer le cœur ^^ de ses paroissiens , vous avez prié , vous avez ^ pleuré, vous avez soupiré. Mais avez-vous jeûné, '^vez-vous veillé, avez-vous couché sur la dure. Vous êtes-vous donné la discipline? Tant que vous ^'en serez pas venu là, ne croyez pas avoir tout fait. »
^< Monsieur le Curé, lui disait un jour son missionnaire, si le bon Dieu vous proposait, ou de lïionter au ciel à l'instant même, ou de rester sur ^ terre pour travailler à la conversion des pé- -lieurs, que feriez-vous? — Je crois que je resterais, mon ami. — Oh I Monsieur le Curé, est-ce [possible ? Les saints sont si heureux dans le ciel I t>lus de tentations, plus de misères 1... » Avec un ^ux sourire, il répondit : « C'est vrai, mon ami; mais les saints sont des rentiers! Ils ont bien travaillé, puisque Dieu punit la paresse et ne récompense que le travail; mais ils ne peuvent plus, comme nous, glorifier Dieu par des sacrifices paur le salut des âmes. — Resteriez- vous sur la terre jusqu'à la fin du monde? — Tout de même. — Dans ce cas, vous auriez bien du temps devant vous : vous lèveriez- vous si matin? — Oh! oui, mon ami, à minuit 1 Je ne crains pas la peine. .. Je serais le plus, heureux des hommes, n'était cette
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