‹ Le curé d'Ars: Vie de m. J.B.M. VianneyChapitre 77 sur 87 · H VIE PU CUEÉ O'ABS · texte numérisé non relu

H VIE PU CUEÉ O'ABS

« que ce capital est placé, à gros intérêts, sur ua^ « banque comme il n'y en a point. J'ai prêté au^ « trois personnes les plus riches du monde. » Noti^ ne comprîmes pas tout de suite cette énigme, et not^^ en demandâmes l'explication à quelqu'un, qui, poi^ ^ toute réponse, nous présenta le registre des fondi tions. Elles s'élevaient, pour la seule œuvre d( missions diocésaines, à :200,000 francs.

C'est dans le cours de l'année 1848, que le Cui d'Ars eut la pensée de doter sa paroisse d'une écol» gratuite pour les garçons; il en parla à son peuple^^^.^ qui répondit à cet appel par des dons spontanés; l^' ^

acheva, en aliénant une petite rente dont il jouis -^^ sait, le capital de -20,000 francs nécessaire à cett^^^^^ fondation, et il confia le nouvel établissement ausr -^^ frères de la Sainte-Famille de Belley. Dieu béni ^^ " cette œuvre, qui n'a cessé de croître et de prospérer' La petite école est devenue un pensionnat florissantet elle continue à rendre, sous la direction de^^ bons frères, que tous les habitants d'Ars aiment e vénèrent, les soins les plus dévoués à la jeunesse du pays et les plus grands services au pèlerinage.

Le Curé d'Ars a fondé, en outre, plus de 1 ,000 mes^ '

ses annuelles. L'argent ne faisait que passer dan^^ ses mains, sans y séjourner jamais ; Dieu seul a pi compter les dons de sa main droite, toujours ignorés de sa main gauche» Telle était sa disposition se dépouiller de tout ce qu'il avait, qu'il dut pren-^ dpe contre lui-même certaines précautions , afin d^

SA CHARITÉ, SA LIBÉRALITÉ. i23

sauvegarder l'argent de ses messes. Il en a remis P^ndSnt longtemps le dépôt à une veuvô qui. avait s*i confiance , et il lui disait : « Claudine, je vous ^^ confie cet argent : gardez-le bien ! Mais surtout ^* défiez-vous du Curé d*Ars; et, s'il vous en de- ** lïiande, refusez-lui tout net. »

Un prêtre bâtisseur d'église, et à ce titre fort à ^^Urt de numéraire, lui dit un jour : a Monsieur le ^* Curé, enseignez-moi donc votre secret : il me se- ^^ l'ait bien utile, pour ne pas laisser en chemin la ^* Construction de ma pauvre église. — Mon ami, ** lui répondit le Curé d'Ars^ mon secret est bien ** simple, le voilà : tout donner et ne rie» qar- ^^ Xjer. »

Ij'habitude que le serviteur de Dieu s'était faite ^^ tout considérer du jpint de vue ^e la foi, était ^^\ise que, dans ses libéralités, il jouissait profondément par la pensée du mauvais tour qu'il jouait ^Vi démon : « Le grappin^ disait-il , est furieux, ** quand il voit que de ce même argent, dont il se ** sert pour corrompre et perdre les âmes, nous ^^ faisons sortir leur salut. »

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SON HUMILITÉ, SA PAUVRETÉ. i?5

[Presque de découragement : « Ah ! mon ami, nous •^ dit-il, si seulement je n'étais pca tenté de déses- ** poir ! » Le recueillement, la vigilance, Tuniijya av« I^îeu le préservaient de tout retour sur Jui-même ^u milieu de tant d'hommages extérieurs qu'il ne pouvait fuir. Enveloppé de sa modestie, voyant clair ^^tis son néant, pénétré du sentiment de son abjec- ^^on, triomphant de tout par le mépris de lui-même, ^* était en sûreté au milieu de ces apothéoses, et ^^H humilité y brillait d'un singulier éclat , une ^Umilité sincère , pleine d'horreur pour lui-même ^t pour ses péchés, et qui allait sans cesse stimuler ^Vi fond de son cœur le besoin de pénitence et d'humiliation. Il recherchait l'obscurité et le iMlence ^\ec autant de sollicitude et d'ambition que la plupart en apportent dans la recherche de la faveur populaire, de la renomnée et du %ruit. Il aimait Odieux être humble que de le paraître. Impossible à l*œil le plus exercé de découvrir sur son visage l'eïpression de la gêne ou du malaise, les traces d'une préoccupation personnelle et d'un retour sur luimême qui sentît les joies ou les anxiétés de l'amourpropre.

« J'ai reçu deux lettres par le même courrier , « disait-il un jour : dans l'une on prétendait que « j'étais un grand saint, dans l'autre que j'étais un (( hypocrite et un charlatan... La première ne m'aw joutait rien ; la seconde ne m'ôtait rien. On est ce « qu'on ^jàftvant Dieu; et puis pas plus!... >>

Une autre fois il disait : « Le bon Dieu m'a choisi « pour être Tinstrument des grâces qu'il fait aux « pécbeurs, parce que je suis le plus ignorant et le « plus misérable des bommes. S'il y avait eu dans 9. le diocèse un prêtre plus misérable que moi,Dieo « l'aurait pris de préférence. »

M. Vianney avait franchi les différents degrés de l'humilité ; il en était venu à se haïr sincèrement lui-même, et à ne rien voir dans les ouvrages de Dieu d'aussi méprisable que sa personne. 11 n'y avait pour ceux qui l'approchaient, et qu'il mettait si bien à leur aise à force de simplicité et d'abandon, qu'une préoccupation gênante : c'était la craint# de lui faire de la peine en laissant échapper un mot qui blessftt son humilité. L'humilité était chez lui un sens spécial et d'une extrême fliiesse: c'était la fibre lu plus délicate et qu'on avait le plus d'intérêt à ménager, si l'on voulait garder une place dans son cœur. Il n'était certes pas capable de la moindre antipathie , toutefois , nous croyons que l'habitude de lui dire des choses flatteuses auraiteu facilement pour conséquence un peu de désaffection. M. Vianney se faisait une application littérale et personnelle de cette sentence, qui revenait souvent dans son catéchisme : On dit du mal de voas^ on du ce qui est vrai/ on vous fait des complu' ments^ on se moque de vous.,. Lequel vaut le m/«w^ pour vous , quon vous éclaire , ou qu'on VQ^ trompe ?

Les éloges étaient des coups de verge pour le serriteur de Dieu. Si Ton s'avisait de lui dire quelque chose d'agréable , il répondait par une courte et humble parole ; mais il était facile de s'apercevoir à son maintien et à son silence que ce propos l'avait douloureusement affecté. Mgr Dévie s'oublia un jour jusqu'à l'appeler: «Mon saint Curé!» Ce fut un vrai désespoir : « Que je suis malheureux, s'é- « criait-il, il n'y a pas jusqu'à Monseigneur qui lie (( se trompe sur moi !.. » On l'a vu plus d'une fois quitter précipitamment sa stalle, se réfugier dans la sacristie et en fermer la porte, parce que le prédicateur disait quelques mots à sa louange.

M. Vianney ne parlait jamais de lui le premier. 51 on l'interrogeait, il répondait avec une modestie {ni commandait la réserve et un laconisme qui *éduisait l'interlocuteur au silence. Puis il coupait îourt pour tout ce qui le regardait et ne cherchait ju'à détourner l'entretien. Au reste, il épuisait en pareille rencontre toutes les formes du mépris, et son humilité était ingénieuse à en inventer de nouvelles. Il faisait l'éloge d'un prêtre qu'il estimait, et disait, dans son langage imagé et pittoresque, qu'il y avait en lui de l hirondelle et de Vaigle, « Et « en vous, Monsieur le Curé, qu'y a-t-il ?

a — Ohl ce qu'il y a? On s'est servi pour former le «( Curé d'Ars d'une ofe, d'une dinde et d'uneécrevisse.)}

a Que vous êtes bon, » disait le saint homme à un missionnaire récemment arrivé à Ar§, 'c que vous

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« êtes bon de venir nous aider! Vous voyez que, « quand vous êtes là, ça va encore; mais, quand je « suis tout seul, je ne vaux rien. Je suis comme les « zéros qui n'ont de valeur qu'à côté des autres « chiffres... Je suis trop vieux, je ne suis bon à rien. « — Monsieur le Curé, vous êtes toujours jeune par c( le cœur et par l'âme. — Oui, mon ami, je peux « dire , comme ce saint à qui on demandait son «'âge, que je n'ai pas encore vécu un jour. »

Dans le besoin que M. Vianney éprouvait de s'amoindrir et de se rapetisser, il y avait un mot dont il faisait un emploi continuel : c'était toujours s pauvre âme, son pauvre cadavre, sa pawrrc misère, ses pauvres péchés. Il avait incessamment la langu levée pour reconnaître ses fautes, et, à l'en croire^ sa vie entière n'aurait pas suffi à les pleurer; il n'avait que des accusations à former contre lui-même z il se reprochait tout. On aurait cru qu'il était 1 plus vil et le plus malheureux des'pécheurs. « Qu « Dieu est bon, disait-il souvent, de supporter me^ « immenses misères ! » Il est beau de parler ainsi^ mais à la condition de penser comme l'on parle, preuve qu'on est sincère, c'est de prendre plaisir s savoir que les autres pensent et parlent de même^ Or, on a remarqué que M. Vianney avait une tendresse particulière pour toutes les personnes qui l critiquaient, qui le déprimaient , qui contrariaien et blâmaient ses desseins ou qui pouvaient lui un âujet d'humiliation et de froissement; il les ai

^^it comme les saints aiment leur croix. Il croyait s^ sincèrement que tout le monde avait le droit de ^® traiter avec mépris, qu'il s'affligeait tout de bon "® n'en être pas assez méprisé. Il demandait de "^ïïne foi à ses missionnaires de le réprimander, et ^^ plaignait souvent de ce qu'ils manquaient à ce ^^Voir.

Xi'humilité se persuade que les reproches et les Mauvais traitements sont la seule chose à laquelle ^1 le ait droit. La moindre marque de bonté semble ^tîe faveur inappréciable à l'homme qui a un sentiment vif et délicat de sa propre indignité. Aussi *a.llait-il voir la surprise ingénue et l'effusion de gratitude sincère qu'amenait toujours la plus petite attention dont le Curé d'Ars se voyait l'objet : u Vous m'apprenez, disait-il à ses missionnaires, << ce que c'est que la charité. »

M. Vianney était du petit nombre de ceux qui parlent de l'humilité humblement. « Monsieur le et Curé, comment faudrait-il faire pour être sage? lui u demandait un jour quelqu'un. — Mon ami, il faute drait bien aimer le bon Dieu. Eh! comment faire « pour aimer le bon Dieu? Ah! mon ami, humilité! « HUMILITÉ ! Q-est notre orgueil qui nous empêche « de devenir des saints. L'orgueil est la chaîne du « chapelet de tous les vices, l'humilité la chaîne du « chapelet de toutes les vertus. Hélas! on ne conçoit « pas comment et de quoi une si petite créature que « nous peut s'enorgueillir. Le diable apparut un jour

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SON HUMIUTt:, SA PAUVRETÉ. 431

P^ssadans la maison paternelle, il vécût d'aumô- ^^s. A ÉcuUy, aux Noës, à Ars, partout il trouva ^^s personnes heureuses de lui donner le pain de la ^Liarité, qu'il était heureux de recevoir d'elles. A -^Vs, c'était Catherine Lassagne, aidée de quelques ^l^rétiennes dévouées et généreu.^es, qui le nourrissait et prenait soin de son vestiaire.

I^ foyer de sa cuisine n'a jamais vu de feu. De ^Oxites les pièces qui composaient le presbytère, sa ^bambre à coucher seule était logeable. Les pauvres Meubles qui la garnissaient ne lui appartenaient Pa.s : ils avaient tons été vendus et rachetés plusieurs fois. 11 n'y avait pas de religieux ayant fait ^Ceu de pauvreté dont la cellule fût plus modeste, ï^ans cette petite pièce laide, noire, enfumée, éclairée par deux fenêtres sans rideaux, tout avait et ^cut a conservé jusqu'aujourd'hui un air de vét.\isté et de délabrement. De naïves peintures sur Verre, les images de Notre-Seigneur, de la très-sainte \^ierge et de quelques saints bien-aimés, le portrait f3es évoques de Belley décorent çà et là les mu- X*ailles, revêtues d'un vieux papier en loques qui achève de disputer ses restes de couleur à la fumée. En face ^ la porte, se voit une série de rayons chargés de vieux livres; à l'angle opposé, une antique armoire dont les tircjirs, souvent remplis et vidés, contenaient sa provision de croix et de médailles ; au milieu , une petite table en bois de chéûê. Ed mettant le pied dlins cet intérieur à la

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^^ Venue me dire : « Monsieur le Curé , il y a quel-

*^ cjue temps que je vous ai doané 100 francs pour

^ cjue vous m'oÈteniez ma guérison. Je ne suis pas

^^ guérie : rendez-moi mon argent. » — Et vous le

^* lui avez rendu ? — Bien sûr I... Par bonheur, on

^^ m'avait donné 100 francs un instant auparavant ;

^^ je suis vite allé les chercher. — Et vous n'avez

^« fait aucune observation à la grande dame ? — Je

^* m'en serais bien gardé. — Mais c'était peut-être

^^ une voleuse I — Non : c'était bien vrai qu'elle

^^ m'avait donné 100 francs en pièces d'or. Je me

^^ le suis bien rappelé. »

lie Curé d'Ars était désintéressé jusque dans les ^Onnes œuvres qu'il entreprenait. Il dit un jour à ^lie chrétienne bienfaisante qui lui offrait de participer à ses fondations : « Je ne veux point de votre ^* argent; vous en trouverez bien le placement. ^ Vous avez assez à faire chez vous. »

Catherine Lassagne avait cru bien faire en remplaçant par une tasse en faïence la vieille écuelle ^e terre, qui était depuis longtemps à l'usage de ^on Curé. Il eut peur de "ce luxe. « On ne pourra ^^ donc pas venir à bout d'avoir la pauvreté dans ^ son ménage, » dit-il, en grondant l'auteur de ce défait I

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