‹ Le curé d'Ars: Vie de m. J.B.M. VianneyChapitre 8 sur 87 · LE PETIT BERGER · texte numérisé non relu

LE PETIT BERGER

« Je crois, dit Jean-Marie, que nous nous accorderions bien nous deux.

— Oui , dit à son tour Marion , si nos parents voulaient, nous nous marierions.

— Ohl pour ce qui est de moi, reprit vivement Jean -Marie, n'en parlons pas, n'en parlons jamais!... »

Cet enfant avait-il déjà entendu la voix de TEsprit- Saint lai révéler les joies du sacriQce et les gloires de la virginité, lui faisant voir et sentir le néant et le vide des choses terrestres au prix des biens invisibles?.... Il est certain que, dès cet âge si tendre, toutes ses pensées, toutes ses émotions paraissent s'être concentrées dans le désir de servir Dieu et de s'attacher uniquement à lui.

Après Dieu ce qu'il aimait avec le plus de passion, c'étaient les pauvres. Ces deux amours se donnent la main et ne vont pas ordinairement l'un sans Vautre; car, comment aimer Dieu sans aimer les hommes que Dieu a tant aimés? L'immense charité qui devait plus tard s'identifier avec sa vie même, enflammait déjà son jeune cœur.

Nous avons vu que la maison Vianney était l'asile ouvert à tous les malheureux; ils s'y donnaient rendez-vous à la nuit tombante, et il n'était pas rare que la grange en reçût jusqu'à vingt à la fois. Dans la mauvaise saison, Matthieu Vianney avait soin de faire allumer, au milieu de la cuisine, un grand feu de fagots pour les réchauffer; puis, on mettait sur

li VIE DU CURÉ D'ARS.

ce foyer une vaste marmite de pommes de terre que les enfants mangeaient ensuite avec les pauvres, assis à la même table. Après le souper, la prière se faisait en commun, et le chef de la famille allait installer ses hôtes soit au fenil, soit dans le cellier. C'est parmi ces pauvres que vint un jour s'asseoir le bienheureux Labre. La mémoire de l'hospitalité qui lui fut donnée par les Vianney s'est conservée dans le pays et dans la famille qui s'honorent de son passage ; il n'est pas un habitant de Dardilly qui n'en ait entendu parler.

Jean- Marie n'avait pas de plus grande joie que de seconder ses parents dans l'exercice de cette hospitalité chrétienne. Il amenait à la maison tous les mendiants qu'il rencontrait sur son chemin ; une fois, il vint à bout d'en réunir vingt- quatre. A la vue de cas malheureux, dont quelques-uns traînaient avec eux , associés à leur misère et à leur dénùnient, des petits garçons et des petites filles de son âge et de plus jeunes encore, son cœur s'attendrissait; rien ne pourrait donner une idée de son industrieuse activité pour subvenir aux besoins les plus pressants de la colonie. Il les faisait approcher du foyer les uns après les autres, en commençant par les plus petits. Son bonheur était de ramasser la desserte de la table paternelle, de la leur distribuer,, en y ajoutant tout ce qu'il pouvait retrancher sur sa: propre nourriture. Il passait ensuite l'inspection de leurs vêtements et demandait à sa mère,

Page 1