‹ Le curé d'Ars: Vie de m. J.B.M. VianneyChapitre 80 sur 87 · MORT ET FUNERAILLES DE M. VIANNEY · texte numérisé non relu

MORT ET FUNERAILLES DE M. VIANNEY

à abréger la longueur de ces mortelles séances; mais il ne respirait plus, ou il ne respirait qu'un air vicié, brûlant, méphitique, impropre à entretenir la vie. 11 est mort à la peine ; il a succombé à ce long et douloureux martyre. Rien ne faisait encore pressentir sa fin, tant on était habitué à croire au miracle de sa conservation, tant il avait eu. soin luimême de dissimuler jusqu'au dernier instant les défaillances de la nature ! On avait su seulement qu'en se levant au milieu de la nuit pour retourner auprès de ses chers pécheurs, il était tombé plusieurs fois de faiblesse dans sa chambre et le long de son escalier. Et quand on avait remarqué que -cette toux aiguë, dont il souffrait depuis vingt-cinq ans, était plus continuelle et plus déchirante, il s'était contenté de répondre en souriant : « Cest ennuyeux! ça méprend tout mon temps! »

Le 29 juillet, M. Vianney parcourut encore le cercle ordinaire de ses travaux ; il fit son catéchisme, passa seize ou dix-sept heures au confessionnal et termina cette rude journée par la prière. En rentrant chez lui , plus rompu et plus exténué qu'à l'ordinaire, il s'affaissa sur une chaise, en disant : « Je n'en peux plus! » Ce qui se passa, après que les missionnaires se furent retirés, dans cette chambre d'où le saint prêtre ne devait plus sortir vivant, pendant cette nuit suprême qui précéda son agonie de quatre jours, nul ne le sait Personne n'osa jamais épier, ni surprendre le secret de ces nuits sans

sommeil, où le ciel et Tenfer se donnaient rendezvous autour de son lit de douleur, pour le charmer et le tourmenter tour à tour. Ce que Ton sait, c'est qu'à une heure du matin, quand il voulut se lew pour se rendre à l'église, il s'aperçut d'une insurmontable faiblesse. Il appelle, on arrive. «Yous «êtes fatigué, Monsieur le Curé? — Oui, je crois « que c'est ma pauvre fin. »

Il est certain que le Curé d'Ars, à la faveur de cette intuition, dont il est impossible de douter après tous les faits qui l'établissent, a prévu et annoncé sa mort. Au mois de mai 1859, à un sermon du soir auquel tous ses paroissiens avaient été particulièrement conviés, il leur parla ainsi : « Quand « Moïse se sentit près de mourir, il fit assembler « tout son peuple, lui rappela les nombreux bien- « faits dont Dieu l'avait comblé, l'exhorta à lui être « fidèle et reconnaissant, et lui montra la terre pro « mise. Permettez que je fasse de même, mes Frères, « et que je vous rappelle combien Dieu a été bon ft pour vous!... »

Le serviteur de Dieu félicita ensuite avec une grande sensibilité ses chers paroissiens de leur généreux concours aux différentes œuvres qu'il avait entreprises, pendant son séjour au milieu d'eux. Ces paroles semblèrent à quelques-uns le Nunc dimittis du saint vieillard ; elles laissèrent dans tous une impression de vague tristesse et de mélancolique espérance. Elles furent, en effet, le dernier cri

Page 1