‹ Le curé d'Ars: Vie de m. J.B.M. VianneyChapitre 81 sur 87 · MORT ET FUNÉRAILLES DE M. VIANNEY · texte numérisé non relu

MORT ET FUNÉRAILLES DE M. VIANNEY

oublie de son âme pastorale : on eût dit qu'il en tvait le pressentiment, et que Dieu lui avait révélé >on heure.

On aurait peine à se figurer la consternation que >roduisit l'absence de M. le Curé, quand, le matin, >n ne le vit pas sortir de son confessionnal à l'heure >rdinaire. Une douleur profonde se répandit de >roche en proche. Cette douleur, plus expansive îhez les uns, plus concentrée chez les autres, avait me expression singulièrement touchante chez queljues personnes dont l'existence était plus intinement entrelacée à la sienne. Pendant trois jours, ous les moyens que la piété la plus ingénieuse peut nspirer furent mis en œuvre pour fléchir le ciel : rœux à tous les saints du paradis, demandes de )rières à toutes les communautés religieuses, pèerinages à tous les sanctuaires...; mais le dessein le Dieu de couronner son grand serviteur develait toujours plus manifeste.

Le mardi soir, il demanda à être administré. La Providence avait amené pour cette heure, afin lu'ils fussent témoins de ce grand spectacle, des )rêtres venus des diocèses les plus lointains. La mroisse entière y assistait. Une personne qui avait e droit d'approcher le malade, vint, à mains jointes, e supplier en ce moment de demander à Notre - Seigneur sa guérison. Il fixa sur elle son regard )rillant et profond, et sans dire une parole il fît )igne que non. On vit des larmes silencieuses couse

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croire à un si grand malheur, on comptait sur un miracle, on était persuadé qu'il aurait lieu. Dieu l'avait fait une fois déjà, dix-huit ans auparjavant, en des circonstances aussi critiques... Avec. cette vie exceptionnelle, on était toujours hors des règles et des prévisions ordinaires. Le Saint vivait de ce qui aurait fait mourir tout autre, et cela depuis trente à quarante ans.... Les hommes d'ailleurs avaient tant besoin de lui I Cette énorme affluence de pèlerins, accourant sans cesse de toutes les parties du monde, ces malades de Tâme et du corps, ces pauvres pécheurs, ces affligés... Dieu devait-il rappeler à lui son serviteur avant que tout ce qui souffre fût soulagé, tout ce qui pleure consolé, tout ce qui s'égare remis dans le bon chemin, avant que toute brebis errante fût rentrée au bercail, avant que Tœuvre confiée à l'héritier des saint François Régis et des saint Vincent de Paul eût son entier accomplissement?... On se berçait de ces espérances, on se reposait dans la pensée qu'il resterait encore longtemps sur la terre. Ars ne se concevait pas sans son Curé, sans son église toujours ouverte et toujours pleine, sans son clocher sonnant l'Angelus au milieu de la nuit, sans le bon Saint qui était le soleil de ce petit coin de terre privilégié, qui lui donnait la vie, qui communiquait à l'atmosphère l'odeur de sa vertu I...

Pendant que ces réflexions se faisaient au dehors,^ on se pressait de revêtir le mort de l'humble rochet

dans lequel on était habitué à le voir et qui ne le quittait presque jamais. Pendant ce temps, les prières, les invocations et les larmes ne cessèrent point alentour. On décora à la hâte de modestes tentures blanches, semées de fleurs et de couronnes, ime pauvre salle basse, et ce fut là que dès l'aube, et pendant deux jours et deux nuits sans fin ni relâche, une foule incessamment renouvelée et toujours grossissante accoiunit de tous les points de la France, à mesure que la fatale nouvelle y pénétrait.

On avait eu soin de mettre sous le séquestre tous les objets qui avaient appartenu au serviteur de Dieu ; et cette précaution n'était pas de trop, car on a lieu de croire que si toute satisfaction eût été donnée au désir de la multitude qui en assiégeait les murailles, il ne resterait plus rien de cette cure qui est maintenant un reliquaire et un trésor de riches souvenirs. Malgré les mesures les plus sévères, il y a bien eu à regretter, çà et là, quelques pieux larcins que la vénération explique sans les justifier. Au reste, le plus grand ordre n'a cessé de régner dans cette foule excitée par un vif empressement, mais contenue par un respect plus vif encore.

Deux Frères de la Sainte-Famille se tenaient auprès du lit de parade, protégé par une forte barrière des contacts trop immédiats, et leurs bras se lassaient de présenter à ces mains habituées à bénir

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les objeÔ%u*on voulait leur laire^ toucher. Dire ce que Ton a appliqué à ces restes vénérés de croix, de chapelets, de livres et d'images, et quand les boutiques si nombreuses du village furent ^|hiisées, de linge, de bijoux, etc., serait impossible.

Malgré l'excessive chaleur, on put conserver le corps à découvert jusqu'à la nuit qui précéda les funérailles, sans qu'il offrît la moindre trace de décomposition. Le serviteur de Dieu semblait dormir. Ses traits avaient leur expression habituelle de douceur, de calme et de bonté; on eût dit même qu'ils subissaient peu à peu une transformation lumineuse.

Samedi, à l'heure dite. Monseigneur étant arrivé, te cortège s'organisa. Dès le point du jour, des masses compactes de population affluaient par tous les chemins. Plus de trois cents prêtres étaient venus des diocèses voisin*, quoique la circonstance du samedi et l» fête de la Transfiguration en eussent retenu beaucoup. Presque tous les couvents de la contrée avaient là leurs représentants. Jusqu'à la levée du corps, tout fut pour le mieux : femmes et enfants de la paroisse, confréries, membres des communautés religieuses, clergé régulier et séc ulier, se rangèrent sur deux lignes, dans l'ordre le plus parfait. Mais à peine le cercueil fut-il sorti, qu'on vit se renouveler le mouvement électriq|iLe qui éclatait d'une manière si spontanée et si h^-

sistible, chaque fois que le serviteur de Dieu paraisse.

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sait, et tant qu'^ duré la marche tri(Mâphale du saint corps à travers le village il ftit impossible de maîtriser le flot.

Arrivé sur la place de l'église, l'immense convoi s'arrêta. C'est là que Tévêque de Belley avait résolu de prendre la parole, pour dire, en face de son cercueil, ce qu'avait été le bon et fidèle serviteur qui venait d'entrer dans la joie de son Mattre. Ce fut le ■ teite de son discours.

La messe solennelle suivit Toraison funèbre.

L'église était vingt fois trop petite potonr contenir le peuple qui se pressait aux portes. Il fallut qu*une brigade de gendarmerie en défendît l'enceinte, ouverte seulement au clergé, aux autorités et à It famille. Après l'absoute, faite ^par- Monsflgiieur, le corps du saint prêtre fut porté dans 1» chapelle de Saint-Jean-Baptiste , où il avait consommé son martyre, à côté du confessionnal oif il régandait d'une main si généreuse les trtsors de la miséricorde de Dieu.

Et maintenant, quel triomphe pour la religion! quel spectacle vraiment digne d'étonnement que cette gloire posthume, cette vie de la mémoire çui commence à la tombe, cette canonisation anticipée 1 Quel enseignement, quelle source de profondes réflexions, que Ton soit croyant ou non, que ces hoU- Srs solennels et inaccoutumés rendus à la vertu lée d'un pauvre prêtre qui s'ignore, qui se traite d'indigne, de misérable etd'ignorant!... Et il y avait

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là, autour de cette fombe, réunies daas un sentiment commun de respect et d'attendrissement, d'amour et de confiance, toutes les classes de la société ; les hommes éclairés n'y manquaient pas, et ce n'était pas les moins émus. Encore une fois, quel triomphe ! et quelle explication donner à tout cela? Cette explication est simple, le Curé d'Ars n'a été si puissant pour charmer les multitudes, pour les remuer et les attirer à lui, même après sa mort, que parce tpx'il était prêtre. Il n'a été si connu, si aimé, si vénéi;é, «i populaire, que pour avoir connu ses devoirs de prêtre et les avoir remplis. Mon Dieu! qu'est-ce donc que le prêtre, et quelle idée en a-t-on dus ce mimde^que l'on croit si corrompu? Ahl le^ cœurSv ^^03 kui^ond le plus intime, ne sont peut-être ^s si mauvais qu'on le suppose ! Ah 1 le vrai, le beau et le bien, quand ils leur apparaissent s^s Tiuage et dans toute leur splendeur, les^ séduisent encore 1.4» On aura beau dire et beau faire, la sainteté est une puissance, la première puissance de ce monde... Et la France du xix* siècle peut redevenir la France de saint Louis, de saint Bôçnard et de saint Dominique. Il ne faut pour cela qu'obtenir de Dieu qu'il y fasse naître et mourir des saints.

•L'apostolat des saints ne finit pas avec leur vie^ terrestre; leurs reliques aussi ont une mission. Qb espère que, de sa tombe, objet d'une si grande Wr nération, M. Vianney poursuivra Ixi sienne. Les

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regards du monde continuent à se tourner vers cette petite église d'Ârs, où se sont accomplis tant de mystères d'amour et de miséricorde. On ne peut croire que la source en soit tarie. On est partout dans l'attente des merveilles qui doivent rendre glorieux le tombeau du saint prêtre. 11 a tant fui la gloire durant sa vie, qu'il semble qu'elle doive être, après sa mort, la récompense de son humilité I

On signale déjà des gr&ces extraordinaires obte^ nues par son intercessien. On cite plusieurs pensons qui tiennent du miracle. On espère, on demande de plus grands prodiges ^

En attendant, le pèlerinage se perpétue ; la pb|sionomie en est changée, il e^t vrai ^ il a gagné en calme et en recueillement ce qu'il a perdu sous tant d'autres rapports, où Tédification tenait à la présence d'un SAINT vivant^ et à tout ce qift cette présence jetait d'exaltation et de^ieux émoi dans les esprits. Plus modérés et plus contenus désormais, le respect et la confiance qui environnaient le Curé d'Ars veillent silencieusement autour de sa tombe. Plusieurs missionnaires y sont à poste fixe, {|our annoncer la parole de Dieu, entendre les confessions et pourvoir aux besoins spirituels des paroissiens et

ii^^ Depuis que cette Vie est écrite les miracles sont Tenus; ils se ^l^nltiplient chaque jour. Et les informations canoniques pour la cause de la béatification du serviteur de Dieu sont commencées.

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des étrangers. On a institué TOEuvre des retraites ; ces retraites ont lieu deux fois par mois : elles a* '^ sont faites jusqu'aujourd'hui avec un concours ■édifiant et un profit sérieux pour les âmes.

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