‹ Le curé de campagne, par l'abbéChapitre 10 sur 39 · UNE GRANDE CHOSE SE FAIT PETITE · texte numérisé non relu

UNE GRANDE CHOSE SE FAIT PETITE

<K Clermont, 6 mai 1840.

« Oui, VOUS avez raison, c'était le moment, le bon moment. Après l'expérience du danger des alliances politiques, devait venir un nouveau système, celui d'une grande indépendance de l'Église. Il fallait entrer dans une phase nouvelle, indiquée par les événements mêmes, et reprendre le christianisme à ses sources les plus pures, au moment où se renouvelait l'ordre social.

« Le clergé et Rome à sa tête ne comprennent rien à cela. L'affaire de l'abbé de Lamennais en a été la preuve. Ces braves gens parlent et écrivent comme on pouvait le faire il y a six siècles. mon ami, quelle décadence ! J'en souffre pour l'Église que j'aime et que je vois se jeter dans une impasse misérable. Au moins, vous, vous gardez les grandes idées d'émancipation et d'avenir. Mais que pourrez-vous faire avec quelques amis isolés ?

« Je ne vous le tairai pas, j'ai peur. Avec mes instincts de femme, je tremble qu'une franchise, un mot ne vous perde. Et pourtant, aurai-je le courage de vous conseiller d'être hypocrite? Non, certes, non. Mais je vous dis : soyez prudent ! avec le doute cruel que la prudence même soit possible, quand on a vos idées, surtout votre caractère incapable d'une dissimulation.

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(( Cher ami, tâchez de ménager le repos de notre pauvre ressuscitée. Quel malheur si la haine venait encore À ô'acharâer <i(mU:e vous ! Quelle triste existeoce, boa Dieu ! que celle du .pauvre prêtre de nôtre temps I Nulle âécmité, nulle ga<raulie. C'est rhomme'du servage et de la glèbe.

« Ici votne euiiemi acharoé trîomphe de toutes manières. MadeiBoiselle Houpillard «est pkis que jamais la grande .sauite de Notre-Dame-du-Port. On répand mystérieaôement le ferait -que la Vierge s'entretient av.ec ette. JEilc a des visions. Et la Vierge lui a coiuina»dé d'écrire en détail le récit de ces faveurs célestes, et de c©mna.uniqi*er le tout à son pèr^ spirilud. Auâsi leur intimité redouble.

« N'oubliez pas ce que je vous dis. Si le clergé se met sur ce terrain, les feiranes illuminées le conduiront plus Icân ^ju'il ne pense. A notre époque de positivisme et de r^âon^ la dernière chose qu'il fallait songer à ramener dans le catholicisme, c'éjait l'exaltation religieuse. Nous avions tant besoin de nous efïacar, de nous faire petits, pour laisser se ranimer ita grande étincdle. J'ai bien peur que tanl de ^oUes, soutenues car des directeurs intéressés ou complaisants, n'arrivent à faire détester enc(»% une religion ^o^e nous regardions co^3Mïle épurée dans ses malheurs.

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