LA FORCE DU DESESPOIR
Ma mère était ensevelie sous un énorme tumulus de neige. La trombe, en balayant tout autour •d'elle, n'avait trouvé qu'un obstacle sérieux, notre pauvre char. De même qu'au milieu d'une plaine de sable une simple touffe d'herbes devient le centre d'un petit monticule que le vent forme, nous nous étions trouvés le point d'appui sur lequel s'était entassée la neige tournoyante.
Moi-même, par mes efforts pour sortir de cette tombe, j'avais probablement contribué à rendre inutiles les mouvements du cheval, qui eût peut-être ébranlé la masse neigeuse et, en arrachant le char, eût sauvé ma mère. Le trou étroit, duquel j'étais sorti si miraculeusement, s'était refermé sou-
dain, et je pus me dire : voilà la tombe de ma mère!
mon Dieu! quelle affreuse chose!
Quand mes tristes souvenirs me rappellent ces moments de suprême angoisse, je me demande comment mon cœur ne se brisa pas, une dernière fois, dans cette douleur ; et comment le sépulcre de la mère ne fut pas pour le fils un lit de mort.
Mais j'avais reçu de Dieu une âme énergique et intraitable ; je m'étais arraché au danger, pourquoi ne chercherais-je pas à sauver ma mère?
C'était une idée folle en apparence; mais le désespoir ne calcule pas.
J'étais seul sur cet amas irrégulier de neige qui recouvrait la morte. Autour de moi, pas un arbre dont je pusse briser une branche pour en faire un pieu, un instrument quelconque de travail. Le malheureux conducteur avait probablement suivi la route de Picherande et gagné un abri, pensant que je le suivais à quelque distance. Je ne songeai pas même à appeler. Appeler qui? Se trouvait-il sur ce plateau des tourmentes un autre abandonné de Dieu et des hommes que ce prêtre qu'une haine aveugle et de stupides faiblesses avaient ainsi envoyé à la mort?
Cependant ïécir avait perdu de sa violence»
Vers l'horizon, dans la direction du Puy de Mon-