LA UNGÈRE DE UL CUBE
J'étais pleinement édifié sur cela, et cette conyiction faisait ma paix.
Cette innocente créatm^, trouvée par accident sur ma route, fut pourtant, sans qu'elle Tait su jamais, l'occasion d'une vive peine dans ma carrière sacerdotale.
Madame de Yenef&es, qui l'avait vue quelquefois au presbytère, avait remarqué avec quelle déférence je traitais cette ouvrière. Dans la nouvelle disposition d'esprit où nous savons qu'elle était, il lui vint cette idée singulière qui j'aimais secrètement cette fiUe, et que cet amour avait été la cause de ma froideur pour elle.
Depuis la grande aventure, j'évitais, on le comprend, tous les tète-à-tête avec cette pauvre femme. Sur cela, mon instinct me servait bien. Car, hélas ! elle n'était pas guérie de sa passion insensée pour moi. Mais j'ignorais tout ce que le dépit peut inspirer d'idées folles à une femme qui se croit repoussée. La plus honteuse, parce que c'était d'une complète injustice, fut de me prêter des amours avec la Ùngère de Veneffles. Elle s'attacha à cette idée : elle vint même m'espionner au presbytère; elle sut combien jie fois dans la semaine Victoire se rendait à la sacristie pour les besoins du linge de Téglise; elle prétendit savoir qu'elle choisissait toujours le moment où elle
9Ti £5 CUttÉ Iffi CÂMPA6NE
pourraiît m'y renconlror : eile compta les mmutes que Victoire restait plus que les» aaties aaa; coiifes*sioan^A les xeifibes de grandes I6tes* Enfin,. Fimagi- Dabtio«» aidandi, cette M}]b misérable se changea chez €^le en oertituée. Elle eut le truste coura^de me le dire. Et, un jour où elle p«t «auser seafe avec moi elle fit des alhisÂonse à mes pcéteadames laibiesses pour Victoère*.
Je sposméme plus* tatd «pi'eik se crat confiirmée dians ses soupcona par dem: petits tragmeats de fin de lettre que j'avais, jetés an Teirt et qui, reanis Tnn à Fàntre donnèreiM eetle phrase : a MiexL^ mon cher Lioune, votre amie de cœur. »• C'était une iettre insignifiante de Fâicîe cpoie Je n'ahv^is pa^r voulu garder atvee tes aiatres si intét essa^aites de. cdte! chèie sosur. Madame de Yeneffles avait ocu qpue mrile autre personne que Victoire n'avait pu m'éeriire; aiBâ* EUe; ramassa précieusement cela', et hmutàt elle: em fit ihi usatge bcHiteux pour me perdrai
Disons^ pour achever de peindre les mâsère^du coefnr homaîa rt ks poeitiûos si pirècaîres da prêtre dont le sort tient n nue jaloosie, à nne vengeancev qufellei sut^ mdgrè toute ma vigitanttSv se ménager \sm demtèf e entrevue,, nme mcÀy eatirevufe à la^ qœUe je n'auiais pu me soustrane qne paor un éclat aussi dxmpromettaDt peuir moii ^e pour
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eiie. Là, elle fut aussi ardente, plus séduisante encore, s'il est possible, que la première fois; là^ daifô une »tti4l3de que je n'oserais diéerire, elle espépa? triomplleir' de moi par lessenSi P*Eiis, dt(Mitant enig» de* Ih pcnssance die* ses ehsrmes, elte e» vin» jusqu'à me* menacer de feire usage* de- eer qp/elle- appel» une lettflre' compromettante'. Srfôft» éSifr, iif dépendait' de n»ii de me* sauver de ee-
€'ette Mb, je n'y tins piufk
— • Maintenant, madbimei toi dis-j^ en me le^ vaaoït, je vous méprise». • •
Je sortis furieux, pewr ne»k revoir jamaisi.
Mon compte, dès ce jour, fut bientôt réglé. Fai toujours ignoré' ce* qui se pass» entre l'évêque et elle^ de quelle manière die* me- chargea, si elle se posa comme' ayant eu à défend» sa- rertu centre- Ba«8. entreprises^ si elle prétisxta de quel danger était» pour moi mon» séjourauppès dé te jeune linrgère de VfeBeffles; tout^ceque je^sus, c'est que le met de»* tettra compromettante » avait été prononcé. Cela me fut redit plus tard à l'évêehé de Hennea.
Ce» ne fût* dôn^^pas pour moi une- bien^ grande- SHi^prise lorsque je» reçttB> un beau nïatin, une lettre dlii secrétaipe de Vévêfché, qui m'apprenait en cpia^tre» lignesque^ « pour dès raisons adminis-
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tratives, monseigneur me nommait curé d'Âubigné. »
J'admirai ce sans-façon, et je trouvai que c'était chose bien inventée que des raisons administratives. Je m'étais trompé en pensant qu'on ne me ferait jamais descendre au-dessous de Venefïles. Aussi peu prudent que l'araignée, qui refait chaque nuit, sur le linteau de la porte, la toile qui sera emportée le lendemain par le balai impitoyable de la ménagère, je m'étais installé à VenefBes comme à Picherande; j'avais embelli ce que j'avais pu de mon presbytère, et cela évidemment au prix de quelques privations pour ma mère et pour moi.
Je vais donc prier mon lecteur de se transporter avec moi au village d'Aubigné ; non pas que je veuille lui dépeindre mon nouveau réduit, les morts ne disent rien de leur tombe; mais pour qu'il sache enfin où m'a jeté ma mauvaise étoile.
Quelle vie sacerdotale que la mienne !
Vicaire, j'ai été chassé du Mont-Dore et de Clermont ;
Curé, j'ai été chassé de Picherande, puis de mon diocèse. Accepté je ne sais comment à Rennes, j'ai été chassé de Servon et de Veneffles. Me voilà à Aubigné, une des plus petites, des plus misérables paroisses de la Bretagne, avec cent soixante-