UN ÉVÊQIUE LIBÉRAL ET GALLICAN
Je savais qu'il existait de par .le monde un abbé 'de Lazerat. C'était un cousin de ma chère bieniaitrice et un oncle, à la mode de Bretagne, de Fé- Jicie. Il était chanoine de Dijon, et on en parlait comme d'un homme de valeur. Deux ou trois fois l'an, madame de Lazerat et lui s'écrivaient. Félicie, après la mort de sa mère, continua oet te correspondance qui, sous la plume originale et piquante de mon amie, prit pour le chanoine un grand intérêt. Us s'écrivaient assez fréquemmeat; et sans s'être jamais vus, ils se trouvèrent amis.
A la Révolution de d848, quelques évêchés àe franco vinreat à vaquer. Un des hommes émiiients du gouvernement provisoire connaissait in-
timement l'abbé de Lazerat. On ne pouvait pas faire un meilleur choix pour l'un de ces diocèses, et, sur la présentation de M. de L..., le chanoine de Diion fut nommé à l'évêché de Meaux.
Les bulles arrivèrent de Rome. On savait les opinions libérales de l'évêque nommé. Pie IX voguait encore alors lui-même en pleines eaux de libéralisme. Cela ne fit aucune difficulté. Ce fut autre *chose pour son gallicanisme. On eut de la peine à vaincre sur ce point les antipathies du pontife; un cardinal influent triompha de ce dernier obstacle et les bulles furent délivrées.
Un beau jour, vers les dix heures du matin, une lettre me fut apportée, cachetée d'un sceau épiscopal. Que se passait-il, grand Dieu! et quel évêque au monde, nommé ou déjà installé, pouvait avoir affaire à l'abbé Berthomieux, curé d'Aubigné, canton de Saint-Aubin, département d'iileet- Vilaine? Avant de déchirer l'enveloppe, je lus et relus cette adresse. Et comme il n'y avait qu'un Berthomieux, curé d'Aubigné, canton de Saint- Aubin, force me fut de me dire : il s'agit bien de toi. Toile et lege.
J'avais appelé ma mère pour qu'elle assistât à l'événement, quel qu'il pût être. Cette fois, il fut heureux; et ce fut la première joie sérieuse qui arriva au cœur de cette mère si dévouée, depuis