LE SYNODE DE MEAUX
Je ne décrirai pas ici le sacre de M. de Lazerat. Ce fut une cérémonie, comme on appelle cela dans le catholicisme. Tous les yeux étaient naturellement sur révêque, sur les vicaires généraux, sur le secrétaire de monseigneur. La nef de la cathédrale était remplie de tout ce que cette partie de la Bourgogne contenait de monde distingué. Les femmes étaient en grande toilette, on s'en doute bien, et cela pour faire honneur à l'évêque, leur compatriote.
Le surlendemain, nous partîmes pour Meaux.
Mon patron, c'est ainsi que, dans mes lettres intimes avec Félicie,.je nommais l'évêque, était foncièrement un homme de bien. Il n'eut aucun
orgueil de son élévation. Le successeur de Bossuet fut aussi modeste dans son palais épiscopal qu'il l'avait été dans sa maison de chanoine. Sa voiture fut une calèche vulgaire sans armoiries, destinée aux visites épiscopales ; et en ville il ne s'en servit jamais. Deux chevaux bretons, pacifiques et solides, formèrent toute son écurie. Il s'était monté sur cet article pour la somme de douze cents francs.
Il prit, dès le jour de son arrivée, des habitudes toutes patriarcales. Il était visible pour son clergé à toute heure du jour ou de la nuit ; et pour les personnes du monde seules, il avait une heure spéciale de réception. Je ne le vis jamais se préoccupa d'avancement. Il riait même de bon oœur, dans l'intimité, de ses braves collègues pour lesquels un chef-lieu de préfecture est trop peu de €hose et qui rêvent, comme seuls dignes de leur mérite, les grands sièges de Paris, de Lyon, de Bordeaux. Quant à la pourpre, hors les avantages d'un magnifique traitement, il tenait un évêque pour supérieur à un cardinal, et il disait que, dans l'Église, l'Éminence qui a nom Anton^lli aurait à servir à l'autel le petit évêque de Meaux.
Toute notre administration fut organisée avec une simplicité admirable. L'évêque de Meaux avait pour maxime qu'il faut en administration comme eu mécanique, beaucoup supprimer d«&
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rouages. Cela s'exécuta chez nous comme paor nn coup de baguette. Pas de paperasserie. Des réponses «érieuses à des lettres sérieuses. Pour toute demande de dispense ordinaire, la tettre renvoyée avec ce simple mot: Fiat utpetitwr^ et la signature de l'évêque.
Pour que son plan d'amélioration à apporter dans le diocèse ne fût pas lettre morte, il eut l'idée pratique de tenir un synode où ce plan serait présenté à Tacceptation du clergé du diocèse, il me demanda de lui écrire sur cela ma manière de voir. Je me renfermai pendant quelques jours dans mon cabinet, et je lui apportai un travail qui avait pour litre : Mémoire sur le Synode^ qu'il approuva sur presque tous les points.
Ce mémoire servit de cadre aux statuts synodaux qui furent présentés, débattus et adoptés définitivement en assemblée générale du clergé.
Il y eut d'abord, pour tous les prêtres', liberté absolue de dire leur avis dans le synode sur les abus cl réformer, sur les améliorations à introduire, ie dois reconnaître, à l'honneur du clergé de Meaux, que nul, à l'exception de quelques bavards, qui furent ramenés facilement à la question par l'évêque président du synode, n'abusa de cette liberté de harangue. Le gouvernement représentatif, inauguré en miniature dans ce synode.
n'eut que des avantages pour tous. La tâche de Tévêque fut plus douce, et l'acceptation par le clergé des mesures proposées devait en assurer Texécution la plus complète.
. Ces mesures, il est vrai, étaient toutes à l'avantage du clergé. C'était son émancipation.
J'avais établi, dans mon mémoire, que l'évêque en synode pouvait régler, dans le sens du droit commun, tout ce qui regardait le clergé de son diocèse. Sur ce principe, il pouvait décréter l'inamovibilité de tout prêtre ayant charge d'âmes, établir un tribunal indépendant pour juger les prêtres, abolir une foule d'usages tombés en désuétude, et n'étant plus en harmonie avec les mœurs du temps et les habitudes religieuses.
Tout cela fut en effet décrété dans le synode.
Les cures du diocèse, sans exception de celles qui n'avaient que quelques centaines d'âmes, furent déclarées inamovibles.
Quelques-uns des membres du synode objectèrent les articles organiques qui ont force de loi en France. L'évêque répondit que les articles organiques ne faisaient que confirmer les lois qui avaient (Je tout temps, et du consentement de Rome ellemême, régi l'Église de France, sauf l'article 31, qui, faisant une différence entre les curés et les succursalistes, rendait ces derniers amovibles au
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gré de Tévêque; que cet article était en contradiction formelle avec la coutume universelle de l'Église catholique.
^ Les canons ont décrété l'inamovibilité pour tous les prêtres ayant charge d'âmes, même pour les simples vicaires. L'article 31 des organiques donne un droit nouveau aux évêques, mais il ne leur impose pas une obligation, ils sont libres, sans manquer à leur serment de fidélité aux lois de l'État, et par conséquent aux articles organiques, de donner à leurs prêtres l'inamovibilité qui existe à Rome et dans tous les pays catholiques, et qui existait autrefois ,en France. L'évêquc ajouta qu'il était bizarre que Rome, qui avait toujours protesté contre les articles organiques, mît constamment à Tindex les livres et les brochures des prêtres qui demandaient, respectueusement, à lejurs êvêques de rentrer dans le droit commun de l'Église.
Un tribunal ecclésiastique pour juger les prêtres fut constitué, à peu près dans le genre des assises civiles, sur ce principe que le prêtre doit être jugé par ses pairs.
Toute distinction cérémonielle fut abolie dans les sépultures ; le pauvre devant recevoir les mêmes prières que le riche; de même que les cérémonies du baptême de l'enfant d'un riche ne diffèrent en rien de celles du baptême de l'enfant d'un pauvre.
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On décréta qu'il serait procédé à une réforme complète de l'enâeignencient théologique dans le^ séminaires ; et que dès à présent, la diaconale sejait supprimée^ tout ce qo^'elle renferme d'utile pouvant se résumer dan^ dix liignes. Il fui aussi décidé qu'on attendrait une réforme dû bréviaire romain, réforme si. souvent demandée et si souvent promise^ pour Tadopter dans le diocèse.
PlusieuiTS processions tombées en désuétude ûirent sEpprimée&.
L'enseignement de& quatre, articles qui règlent la doctrine de l'Église de France sur la aéqparatioa des deux pouvoirs» sur la non^nfaffiibUita de» papes^ et la supériorité du. conicile sur le pape, fut déclaré obligatoire.
La maxime ce VIndex n'a pas force dû loi en France » fut de nouveau recoanue*
L'esprit de Bossoet et de la glorieuse Église de France fut acclamé comme le seul, qui pouvait aider la conciliation entre l'Église et la Bâuvelle civilisation qui prend sa date en 1 ISd.
On signala la théorie ultramontaine comme aboutissant logiquement à la théocratie, comme devant, par voie de conséquence, amener coaatre L'Église une réaction implacable de FespriL me^ derne.
J'abrège beaucoup le& détails sur les remarqua-
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Ues travaux de ce synode, dont la pensée dirî- ^ante, empruntée du reste aux sages leçons de l'expérience dans tous les temps, était de mettre la discipline moderne en harmonie avec les besoins nouveaux de la civilisaticNi.
Les statuts du synode ainsi soIenneUement promulgués forent livrés à l'impresaîon et lus en chaire^ par ordre de FéTêqne, dans toutes les églises. Une ère nouvelle s'ouvrit pour le clergé d'un diocèse réputé l'un des plus malheureux, au point de vue de la foi, de toute la France.
J'avais eu le doux triomphe de voir proclamer des idées longuement méditées dans mes solitudes successives. Je pouvais me dire que le synode et l'importante réforme qu'il avait faite, pour l'indépendance et le bonheur des prêtres, étaient mion ouvrage.
Malheoreosement l'esprit fanatique, qui travaille le clergé depuis la restauration du culte, avait jeté de profondes racines dans le pays de Bossuet, comme dans le reste de la France. L'ultramontanisme se remuait. 11 avait pour agent directeur cette astucieuse et fatale compagnie de Jésus qui, à l'heure présente, fait tant de mal à l'Église par les principes extrêmes qu'elle propage, par l'antagonisme qu'elle entretient doublement, au point de vue social comme au point de vue religieux. De
plus, il avait pour organe un journalisme violent, ne reculant devant rien et exploitant, avec une admirable perfidie, les passions fanatiques, toujours prêtes à s'enflammer, dût leur explosion terrible amener la perte dernière de la foi.
Un homme s'était trouvé à Meaux qui s'était fait le représentant intéressé de l'ultramontanisme. Lié avec le cardinal ***, le plus ardent adversaire de Tesprit gallican, il avait espéré arriver plus vite à l'épiscopat. Le cardinal ***, qui avait travaillé activement pour lui a la cour de Louis-Philippe, se trouva impuissant à la chute de ce prince, et nous avons vu que Tévêché de Meaux était arrivé, sans aucune intrigue, par le seul respect de M. de L... pour un prêtre vénérable, au bon M. de Lazerat.
Cet homme, vicaire général sous l'administration précédente, avait été nommé vicaire général capitulaire pendant la vacance du siège. Ge fut lui qui vint officiellement recevoir le nouvel évêque et l'introduire dans la cathédrale. 11 fit un discours habile : il sut être flatteur à point, ni trop, ni trop peu. L'évêque fut content et se laissa séduire. Quelques personnages, qu'il avait consultés dans l'administration civile, lui avaient dit qu'il ne pourrait réussir qu'en prenant, pour l'un de ses vicaires généraux, cet homme universellement estimé pour