LE SYNODE DE ME AUX
sa capacité administrative. M. l'abbé Tourieux lui était donc imposé, en quelque sorte, par l'opinion publique. Il fut nommé vicaire général. L'évêque même, il faut tout dire, et plus tard il me fit l'aveu qu'il s'était bien trompé, avait voulu faire de la diplomatie. Décidé aux réformes, il voulait paralyser, en le prenant dans son propre camp, le seul adversaire sérieux que ses idées avaient pu rencontrer. Ce calcul d'habileté ne devait pas réussir. Il y eut bientôt dualisme, et cela avant peu de temps, et d'une manière fatale. L'abbé Tourieux opina du bonnet, comme tous les autres, au syûode : autrement, il se fût rendu impossible *dans le diocèse. Mais bientôt, avec quelques ambitieux qui comptaient sur lui pour un avancement plus rapide, il devint le centre d'une opposition, aux idées de l'évêque, qui ne tarda pas à devenir formidable. Nous eûmes en réalité deux évoques : l'un qui représentait l'immobilité, les vieilles idées, la théocratie, toutes choses sacrées aux yeux •d'un grand nombre d'hommes, pour lesquels le mot de. progrès est un épouvantail; l'autre qu'une véritable notion des besoins de TÉglise portait à ne pas repousser le progrès, mais à sympathiser avec lui pour le rendre chrétien. La lutte devait être forcément entre ces deux hommes.
Le combat se livra à petit bruit, comme cela se
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pratique dans les conibts entre gens d'Église. On minait sourdement Tévéque. On se servait des religieuses, des femmes dévotes pour répandre le bruit que Monseigneur était l'ennemi du pape, qu'il avait fait des statuts dont on était furieux à Rome, et que, si le calme revenait en France, sous un gouvernement qui mettrait fin à l'agitation révolutionnaire, le premier acte de Rome serait de demandCT à ce nouveau pouvoir de s'entendre avec elle, pour forcer le malheureux évèque à se démettre, Rome regardant comme schismatiques les actes du synode de Meaux de 1848*
Tout cela se eolportait peu à peu, sans que le vicaire général se laissât voir jamais, sans qu'il parût même soupçonner qu'on tenait on tel langage sur Monseigneur ; mais cependant à son instigation secrète, et surtout à son extrême joie.
Si l'on traitait ainsi le maître, le disciple était encore moins épargné. Et le disciple, c'était moi. Aussi plaignait-on beaucoup ce digne évèque,. qui au fond était un saint homme, mais qui avait eu le malheur» sur la recommandation d'une folle,. une sienne parente, de me prendre pour s(ki secrétaire, son unique confident. Je ne faisais faire à l'évêque que des sottises : ce fougueux gallican, c'était toujours moi, avait soufflé ses erreurs dans l'esprit du saint homme qui» appartenant à une
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iamiUe parlemeotaire, avait coosenré les apciens préjugés contre la suprématie infaillible de la papauté et son droit sur le temporel des rois.,, seul salut de TÉglise eu face du protestantisme et du janséiûsme. Après* tout cela, je devais être un janséniste déguisé, un ennemi des bons Pères, un véritable révolutioniDaire.
L'inamovibilité décrétée par led statuts était présentée comme une mesure radicale qui rendait impossible toute administjratioo, et qui abandonnait la îoî et les mœurs à tous les caprices d'un sacerdoce de sa nature peu discipliné. Oa appe* lait une chimère le tribunal institué pow décider du sort des prêtres délinquants» les prêtres ne devrait jamais être que trèsw^mplaisants poiur leurs collègues. Les enterrements réduits à une classe unique, payés par un honoraire uniforme, étaient une mesure de socialistes et de nivdeurs, attentatoire à l'honneur des gens riches et aux intérêts des fabriques et surtout à ceux des curés des grandes paroisses. Le pelé, le galeux» cause de tout ce mal^ c'était moi évidemment, et Fon trar vaillait à me le faire voir.
M. l'abbé Tourieux n'avait cessé d'être à moi^ égard d'une politesse parfaite. Bien n'indiquait que j'eusse en lui un adversaire focmidabb. Au* conseil, il semblait écouter mon avis avec défé*
rence. Il votait presque toujours autrement que moi, mais cela sans que je pusse soupçonner autre chose en lui qu'une divergence d'opinion.
Deux années se passèrent ainsi, et Ton vient de voir que tout n'était pas rose pour M. le secrétaire de révêché de Meaux.
D'une autre part, ma position dans le diocèse n'avait rien d'assuré. J'étais l'homme de l'évêque, son confident, son ami; mais l'évêque mort, je n'étais plus rien : les vicaires capitulaires me montreraient la porte de cet évêché où j'avais eu mon triomphe. J'avais fait accorder l'inamovibilité à tous les autres : seul, par la force des choses, je demeurais amovible. Je savais très-bien que le premier canonicat vacant serait pour moi. Mais les titulaires actuels trouvaient bon de ne pas mourir, et j'aurais eu trop mauvaise grâce à leur demander de se démettre en ma faveur. Chez des chanoines, cette abnégation ne se connaît pas. Je leur eusse paru trop pressé.
Pendant ce temps-là, on avait marché en réac-^ tion religieuse. Cette charmante chose qui s'appelle la liberté a l'immense avantage pour ses ennemis qu'ils l'assassinent à Taise, en lui disant : Vous auriez tort de vous plaindre : c'est en vertu de votre principe même que nous vous prenons à la gorge.