‹ Le curé de campagne, par l'abbéChapitre 4 sur 39 · LA FORCE DD DÉSESPOIR · texte numérisé non relu

LA FORCE DD DÉSESPOIR

sinière, la lutte effrayante durait encore. Mais au plateau de Clamouze, le vent du nord, se renouvelant sans cesse et redoublant de violence, avait enfin chassé les masses neigeuses. Un peu plus de lumière se fit; je pus voir mon malheur, peut-être irrémédiable.

Le froid était toujours intense, mais la neige ne fouettait plus mon visage, ne m'aveuglait plus. Mes pauvres mains étaient crispées par le froid; je me sentais pris de ces défaillances qu'éprouvent même les plus fortes natures, quand on a le sentiment d'avoir échappé à un suprême danger. Je me surpris même cette pensée égoïste : Pourtant, je suis sauvé!

— Sauvé, misérable! m'écriai-je. Non, tu n'es pas sauvé ! Allons, à l'œuvre I Veux-tu laisser là ta mère? •

Je me souvins alors d'un exercice que font les montagnards lorsque, travaillant l'hiver par un froid rigoureux, ils sentent que les extrémités des mains se gèlent. Laissant les mains tomber mollement, ils se frappent le buste des deux bras, en les entre-croisant. Les mains, ainsi agitées, ne tardent pas à recevoir le sang, qui se porte avec violence aux extrémités et y ramène la chaleur. M'abritant, pendant quelques minutes, derrière le monument funèbre pour être moins exposé aux vents, je

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me livrais à cette escrime singulière à laquelle probablement je n'avais guère soogé depuis mon enfance* Le succès fut complet : mes doigts rougis ressentirent bientôt une douce chaleur.

— A l'œuvre, maintenant! ne sois pas lâche !

Mais quelle folie!

Lorsque, me servant de mes mains comme de spatules recourbées, j'essayai de faire un trou au point du monticule neigeux où je supposais que je trouverais ma mère, je vis bientôt que c'était une manœuvre manquée. La neige^ d'une extrême finesse» pareille à du sable soulevé, retombait aiussitôt et ne tardait pas à combler le petit espace péniblement déblayé par mes mains. C'était un travail de Sisyphe.

H me vint une idée.

Sur les flancs de la charrette renversée étaient attachées quelques chaises de paille destinées à la cuisine. Le sommet du monticule devait recouvrir ees chaises. Je tournai sur ce point tous mies efforts. Là, je procédais mieux. La neige écartée par mes mains tombait ie long du cône formé par la trombe»

bonheur I Après quelques minutes de travail, j'aperçus un des montants de l'une de ces chaises. J'étais fort : j'aurais bientôt ua instrument.

Prendre cette chaise, la briser sur mes genoux,

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