‹ Le curé de campagne, par l'abbéChapitre 5 sur 39 · LA FORCE IHI DÉSESPOIR S · texte numérisé non relu

LA FORCE IHI DÉSESPOIR S

en détourner un montant qui devait me servir pour déblayer la neige, fut l'affaire d'un moment.

Pauvre mèrel Trouverais-je autre chose de toi qu'un cadavre glacé?

Cette fois, j'opérai avec des données ngour^ises. JLa place de la chaise que j'avais atteinte m'indiquait la distance oii serait la capote. Je me mis à l'œuvre avec un courage que redoublait l'espérance du succès. Au risque de consacrer quelques moments de plus à ce difficile travail, je procédai de manière à ne pas redouter un éboulement de la neige lorsque j'arriverais jusqu'à ma mère.

Aujourd'hui que mon souvenir me rappelle,, comme au moment même, cette œuvre de courage forcené, j'ai de la peine à me figurer que j'aie pu venir à bout de cette entreprise de géant. Il me fallut déblayer, avec ce pieu misérable, plus de deux mètres de neige entassée. Pour éviter les éboulements, j'avais dû commencer ma tranchée sur une longueur de plusieurs mètres. homme, si tu es, par nature, àéiàïe et petit, le cœur te rend hien grand et bien fort!

Je fis cette œuvre; je l'amenai à bien.

Hélas I œ qu'un affreux pressentiment m'avait dit se réalisa.

Quand je pus toucher ma mère, tout signe de vie avait disparu en elle; une pâleur livide mar-

quait son visage ; les extrémités étaient glacées, et quand je portai ma main à son cœur, ce cœur où j'avais trouvé tant d'amour ne rendit aucune pulsation.

La douleur alors me rendit fou. Je n'eus qu'une pensée, mais une pensée de rage, une pensée que nul homme, avec sa raison calme, n'eût osé concevoir : prendre ma mère, me charger de ce lourd mais doux fardeau, l'arracher à ce sépulcre, la sauver des dents acérées des loups qui, de la forêt de Chambourguet, ne manqueraient pas de venir rôder dans la plaine, attirés par le cadavre. L'idée de laisser là ma mère, vers le soir, quand j'avais à peine une heure de jour pour me rendre à quatre kilomètres, à Picherande, et revenir avec des hommes et un brancard à travers les neiges, me parut un crime. Je n'avais rempli qu'un premier devoir ; je devais être fort pour le dernier : garder ses précieux restes dans l'humble cimetière du village, et puis dire à toutes choses dans la vie un adieu éternel, et finir là, dans ce recoin ignoré, une pauvre existence, à instruire, à aimer ces sauvages de la montagne, que Dieu, dans ses desseins insondables, me donnait pour enfants.

Cette résolution, j'ai de la peine à le croire aujourd'hui, je l'exécutai. Comment? Je n'en ai plus le souvenir. Je me rappelle seulement que je

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