‹ Le curé de campagne, par l'abbéChapitre 8 sur 39 · UNE GRANDE CHOSE SE FAIT PETITE · texte numérisé non relu

UNE GRANDE CHOSE SE FAIT PETITE

Les lettres de Félicie étaient la joie de ma solitude. Toute cette grande âme s'épanchait là, et je dois dire qu'au contact de ces nobles et saintes pensées je me sentais plus fort, j'acceptais mieux les tristesses de l'exil, je m'irritais moins des injustices et des persécutions humaines. Félicie comprenait mon caractère. Ma brusquerie, ma franchise extrême, cet amour du vrai que je poussais jusqu'à la dureté contre tout ce qui me semblait s'écarter de la ligne austère de la droiture, mon dégoût profond de tous les hypocrites, de tous les faiseurs de momeries pieuses, de tous les propagateurs de petites dévotions, mes idées bien nettes sur la pratique d'une religion simplifiée, en oppo-

sition formelle avec la religion compliquée, artificielle, fardée, que le génie mystique avait introduite dans l'Église, ma conviction profonde que l'unique moyen de sortir de la décadence était de secouer tous les langes de cette religion de sacristie pour inaugurer, dans un monde nouveau, la religion d'esprit et de vérité, tout cela faisait de moi un contraste tellement saillant avec ce qu'on est accoutumé de voir dans le vulgaire du clergé, qu'aux yeux de Félicie il fallait ub miraele de tous les jours pour que je fusse supporté au milieu d'une corporation difficile, méticuleuse, où les formes sont tout, et qui se tient aux antipodes des moindres idé«s r^ftynnîs'tes en opposition avec tes routines traditiwinelles^.

L'éeueil était évident pour moi.

Je ne pouvais^ pas dire» un root, faireun acte qui ne fossent en eontradic^ioD, par leur esprit et leurs teïKiances, avec la cooâeâte, le langage généralenfvent adoptés dans: fe? monde ecclésiastique. Certainement, je n'étais pas une eseeption parmi les prêtres. Je ne eonnaissaîs encore qiïe le (fiocèse de ClernMMrt. Mais si dai» ce pays arriéré, même dans notre HKMitagne, où Tévêché n'envoyait pas ses sujets les plus brillants^ parmi mes confrères du plateau neigeux, que j'appelais roa Sibérie, il se trouvait un nombre assez considérable d'esprits

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