‹ Le curé de campagneChapitre 7 sur 12 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Un enfant gâté.

Lorsque l'abbé Knap eut introduit les trois voyageurs dans sa modeste maison , son premier soin fut de s'enquérir, avec une sollicitude réelle et pleine d'affection , de la durée du séjour que son respectable ami pouvait faire chez lui , ou tout au moins dans le pays. La vieille gouvernante qui avait compté le nombre formidable des hôtes , tant maîtres

que valets, que recevait le presbytère, attendit avec anxiété la réponse du marquis, et elle se sentit soulagée d'un grand poids, lorsque celui-ci eut déclaré qu'il ne pouvait pas s'arrêter et qu'il se remettrait en route avant la nuit. A cette nouvelle, qui excita de vives réclamations de la part de son maître , mademoiselle Lysbeth donna une pensée de jubilation a sa basse-cour, dont elle avait bien a contre-cœur décimé d'avance le personnel. Mais comme il faut ici-bas que les joies les plus pures soient mélangées d'une certaine amertume qui en trouble le bonheur , celle de mademoiselle Lysbeth reçut un échec notable, lorsqu'elle entendit le marquis réclamer toute la bienveillance de l'abbé Knap pour son jeune petit-fils et pour Pedro Martorès , qui allaient tous deux se fixer dans le village.

Quant à M. Martorès, dit le curé, L'exiguïté de mon habitation qui impose des

bornes sévères à mon hospitalité , ne me permet pas de lui offrir, comme je le désirerais de tout mon cœur , une chambre au presbytère. Mais pour mon jeune ami Carlos, c'est une autre affaire, j'ai à sa disposition la pièce que j'ai due moi-même à la bienfaisance de mon respectable devancier ; et si le séjour de mon humble demeure n'était pas indigne d'un hôte habitué au luxe des palais, je serais heureux, très-heureux, ajouta le bon curé en appuyant sur les mots , de lui donner asile pendant tout le temps qu'il voudrait bien m'honorer de sa présence.

— Prenez garde, curé, s'écria le marquis en se frottant les mains en signe de satisfaction, comme un homme qui verrait se réaliser un projet dont le succès l'intéresserait vivement ; prenez garde î je suis homme à vous prendre au mot.

— Je le répète , continua le curé avec autant de cordialité, mais non sans quelque

surprise : j'en serai très-heureux. Un doute à ce sujet , M. le marquis , serait une cruelle injure pour ma reconnaissante et tendre amitié.

— Et Dieu sait, mon ami, que je ne doute pas de vous.... Mais c'est qu'en vérité, j'ai à mettre votre dévouement à une épreuve si sévère, que je ne sais trop ■

Mademoiselle Lysbeth , jusque-là , était restée dans l'appartement sous prétexte de disposer les rafraîchissements nécessaires, mais en réalité pour entendre une conversation dont les résultats pouvaient l'intéresser aussi directement que son maître.

Mais lorsqu'elle vit que l'entretien prenait une tournure confidentielle, sa discrétion ne lui permit pas de demeurer plus longtemps. ?sous avons lieu de croire que cette honnête et prudente détermination aurait eu lieu spontanément et sans l'influence surérogatoire qu'exerçaient depuis quelques mi-

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nutes les regards durs et presque menaçants de M. Martorès le manchot, qui n'avait pas 1 air de badiner à l'endroit de l'observation rigoureuse des convenances.

« Parlez , mon cher bienfaiteur , dit l'ecclésiastique en approchant sa chaise de celle du marquis, et si vous m'offrez une occasion de vous témoigner une partie de ma gratitude , je bénirai le ciel de vous avoir inspiré cette pensée.

— C'est en effet une preuve de dévouement que je suis venu vous demander , mon digne ami , et je ne vous cache pas que votre offre amicale va au-devant de mes plus chers désirs ; mais puisqu'il faut le dire, ce n'est point là tout ce que j'attends de vous.... Martorès, aidez-moi....

— Volontiers, M. le marquis, dit le manchot , en saluant avec une imperturbable gravité... M. le curé, continua-t-il en s'adressant à l'ecclésiastique , il faut que

vous sachiez que M. le comte Carlos ici présent a le défaut d'être un peu volontaire et de ne faire que ce qui lui est agréable ; or comme M. le comte n'a pas encore tout le discernement qui serait nécessaire pour l'exercice de son libre arbitre . et que madame la comtesse Arabella, sa respectable maman ? n'a pas toute la fermeté qui serait désirable pour faire l'éducation de son fds , M. le marquis a pensé avec juste raison qu'il était indispensable d'éloigner M. le comte de la maison paternelle et de le confier aux soins d'un instituteur capable de développer les heureuses dispositions qu'il a reçues de la nature et de mettre un frein aux défauts qni en forment la compensation.

— Tous devinez le reste , dit le marquis en tendant la main à l'ecclésiastique.

— Oui , répondit l'abbé Knap, qui ne put comprimer un léger soupir de regret instinctif et de crainte vague. Je ferai ? n'en

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doutez pas , tous mes efforts pour me rendre di^ne de la confiance dont vous m'honorez. Et quant à Monsieur...

— Quant a Pedro , dit le marquis , c'est un philosophe qui n'aspire qu'à la solitude ; je lui donne les invalides et je l'établis dans eette belle et tranquille campagne. Il reste chargé de tout le matériel de l'éducation de Carlos, et je vous ouvre chez lui un crédit illimité; car je sais que votre superflu appartient aux pauvres , et je n'entends pas que le séjour de mon fils au presbytère soit une charge pour vous et prive les malheureux de vos secours. Martorès a reçu mes instructions à ce sujet.

— Mais , reprit timidement le curé , pardonnez-moi cette observation qui vous semblera peut-être indiscrète ; je me flatte que ce projet a l'approbation de Madame la comtesse.

— Et bien, dit le marquis en regardant

Martorès qui prit l'enfant par la main et s'éloigna avec lui dans le jardin , pour être franc , je vous dirai que non. C'est un enlèvement, un véritable rapt que je viens d'exécuter, mais ceci est toute une histoire. Pendant que nous sommes seuls je vais vous la raconter , et quand vous la saurez, je suis bien sûr que vous approuverez ma détermination.

Le fils du marquis de Balmasèrez, dont nous avons eu occasion de parler plusieurs fois d'une manière toute secondaire dans cette histoire , et qu'on désignait , dans la famille , sous le titre de comte Christophe y Yalpareijas , était un beau jeune homme , plein de talents et d'excellentes qualités ; la

douceur et l'égalité parfaite de son caractère le faisaient chérir de tous ceux qui avaient des rapports avec lui et rendaient sa société précieuse à son père , dont il était à la fois la consolation et l'orgueil. Malheureusement cette aménité , qui ne se démentait dans aucune occasion, prenait sa source dans une faiblesse de caractère qui , jusqu'alors, loin de paraître dangereuse , n'avait produit que de bons résultats ; elle avait facilité l'éducation du jeune garçon, qui s'était toujours montré un modèle d'obéissance et de soumission. Mais le moment était venu où le comte Christophe devait s'habituer à penser par lui-même et à se conduire d'après ses propres impulsions. La compagnie de son père , qui ne le quittait pas et qu'il considérait comme un autre lui-même , avait longtemps retardé cette époque de majorité morale ; mais les habitudes de la vie commune , la fréquentation du monde et l'importance

de sa position personnelle, comme héritier d'un grand nom et d'une belle fortune , exigeaient , de la part du jeune comte , une manière de penser et d'agir plus conforme à son âge et à son rang.

L'unique désir du marquis de Balmasèrez était de marier son fils de bonne heure , et , comme le comte avait déclaré qu'il s'en rapporterait absolument au choix de son père pour son établissement, le marquis cherchait dans les familles les plus honorables de France une jeune fille dont le caractère annonçât quelque fermeté ; car il était convaincu , d'avance , que son fds se laisserait conduire par la volonté de son épouse , et il voulait avoir un gage de la prudence et de la sagacité de cette influence future.

Le choix de M. de Balmasèrez s'arrêta sur une jeune personne qui réunissait aux avantages extérieurs les plus séduisants , ceux d'une naissance illustre , d'une éducation

brillante et d'un caractère tel que le désirait le marquis.

Mademoiselle Camille delà Guyonie, fille du feu comte de ce nom , était grande, bien faite, quoiqu'un peu svelte; elle avait une figure charmante , dont la physionomie sérieuse et presque sévère annonçait l'habitude de la réflexion ; son esprit était vif et laissait percer un penchant sarcastique, tempéré par le sentiment des convenances , et qui donnait un charme particulier à sa conversation. Le développement de sa raison semblait avoir devancé les années, car elle avait à peine dix-huit ans, et son jugement s'exerçait avec succès sur les questions les plus graves; elle savait néanmoins se renfermer dans la douceur et la modestie convenables à son sexe.

Mademoiselle de la Guyonie n'était point riche , et ce défaut , capital dans une jeune personne à marier , avait sans doute retardé seul rétablissement d'une personne aussi ac-

complie, car elle avait vingt-deux ans, et, comme elle avait été produite de bonne heure dans le monde , où son père tenait un rang distingué, on s'était en quelque sorte habitué a la considérer comme vouée h un éternel célibat. Mais M. de Balmasèrez ambitionnait pour son fils un bonheur tranquille plutôt qu'une grande fortune, et il jugeait la sienne plus que suffisante pour maintenir la famille de sou fils dans une position convenable.

Le jeune comte, prévenu des favorables dispositions de son père pour mademoiselle de la Guyonie, ratifia ce choix avec un empressement qui charma le marquis sans l'étonner. Comme la demoiselle avait perdu sa mère en bas âge, et qu'elle était majeure, la demande en mariage fut présentée , pour la forme , à une vieille parente , qui observa dans cette circonstance les règles de l'étiquette la plus sévère, et, après les délais d'usage, les fiancés furent solennellement unis.

On ne peut asseoir un jugement définitif sur le caractère d'une femme que quand il a reçu tous les développements que la double qualité d'épouse et de mère lui permet de prendre. L'obéissance et la circonspection dans lesquelles vivent nécessairement les jeunes fdles modifient tout naturellement leurs qualités et leurs défauts ; la liberté qui résulte pour elles du mariage place leur caractère sous un jour qui met bientôt en lumière une foule de dispositions morales qu'on n'avait jamais soupçonnées. Telle jeune fille qui paraissait timide, irrésolue, devient un modèle de fermeté et d'énergie quand les besoins de la famille viennent stimuler en elle ces qualités assoupies. Telle autre en qui des parents trop indulgents avaient toléré l'impatience et l'exigence naturelle aux enfants gâtés, devient ensuite , au contact du malheur qui assiège trop souvent l'existence des jeunes épouses , l'exemple de la résignation et de la douceur.

La nouvelle comtesse de Yalpareijas , qui n'était pas appelée cà subir de semblables épreuves , obéit cependant à son insu cà celle de l'heureux changement qui s'était opéré dans sa position. Le bonheur lui donna de la confiance , et l'admiration que son beau-père et son mari professaient pour la noblesse de son caractère lui inspira un orgueil d'autant plus dangereux qu'il arriva bien vite au dédain pour F obséquieuse bonhomie de sa nouvelle famille.

La fière jeune femme s'habitua si bien et si promptemcnt aux égards et à la déférence de son mari , qu'elle en vint a prendre au sérieux ces mille petits abaissements d'une affection dévouée, et à considérer tout de bon le jeune comte comme l'esclave de ses volontés.

Le marquis fut le premier à s'apercevoir de ce changement inquiétant , et , sans aller jusqu'à regretter la précipitation qu'il avait

mise dans le choix qu'il avait fait pour son fils , il observa en secret la domination naissante qui se préparait dans le caractère de sa bru. Il risqua de sages conseils qui ne profitèrent ni d'un côté, ni de l'autre; car le jeune comte aimait tendrement sa femme et se plaisait à lui faire le sacrifice à chaque instant renouvelé de sa dignité personnelle, et Camille , comme tous les despotes , avait pris goût au pouvoir et reculait chaque jour les bornes de ses exigences.

La tyrannie conjugale est la mère des caprices; les caprices furent les bienvenus ; le comte mit son bonheur à lui obéir ; bonheur fragile et souvent douloureux qui ne satisfait que celui qui s'y livre et qui est parfois la source damères déceptions.

Le marquis se renferma dans un silence inquiet et pénible ; le jeune mari garda pour lui seul le chagrin des petites déconvenues dont l'humilité de sonvasselage était payé,

et la comtesse trônait sans nul remords, usant de plus en plus largement de sa puissance , convaincue , du reste , de la félicité de son mari , qui ne l'abordait jamais que le sourire à la bouche , et le citant partout comme un échantillon parfait du bonheur que peut donner une union bien assortie.

Au bout d'une année , ce bonheur , envié par tout le monde, était devenu tellement équivoque pour le marquis de Balmasèrez qu'il avait pris le parti d'habiter la campagne, afin de n'avoir plus sous les yeux le spectacle des concessions sans nombre que son malheureux fils faisait à la paix de son ménage avec une abnégation et une douceur persévérantes qui prenaient leur source dans une affection inébranlable que le moindre témoignage de gratitude indemnisait de mille sacrifices.

Cependant la comtesse Camille était une femme d'un sens droit pour tout ce qui con-

cernait les choses extérieures de la vie . c'està-dire les relations du monde; son esprit avait réellement de la supériorité , mais elle en appliquait les facultés à toute autre chose qu'à l'examen de sa conscience et à l'observation de devoirs aussi simples, aussi vulgaires que ceux d'une femme relativement à son mari. Elle aimait sincèrement Christophe, parce qu'il était bon, prévenant, dévoué , soumis à toutes ses fantaisies , résigné à toutes ses boutades ; mais elle se gardait bien d'apprécier le modeste et silencieux dévouement qui faisait de l'excellent jeune homme un époux si accompli .

La paternité , qui vient ordinairement resserrer les unions les moins heureuses , combla les plus chers désirs de Christophe et de

son père. Le comte , dont l'âme aimante et

ê sensible éprouvait le besoin d'épancher la

tendresse qui la débordait, savourait avec

transport les innocentes caresses d'un fils en

qui revivaient tous ses traits. Il trouvait dans cette nouvelle affection un ample dédommagement aux peines qu'il cachait à tous les regards , et il suivait avec une heureuse sollicitude toutes les adorables phases que traverse l'enfance. Les premiers vagissements du nouveau-né avaient rempli le cœur du comte dune émotion délicieuse; mais lorsqu'au bout de quelques mois il vint à bégayer les syllabes qui semblent les premiers efforts de l'intelligence , le bon père courut s'enfermer dans son appartement pour verser des larmes de joie sur les joues rosées de son fds.

Les premiers pas , les premières dents , les premières chansons de l'enfant furent autant de triomphes et de joies indicibles pour l'amour paternel. La comtesse y participa

d'une manière plus grave et plus digne de

son haut caractère. Il est vrai que la délicatesse de sa santé ne lui avait point permis de remplir dans toute leur plénitude les de-

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voirs de la maternité. L'enfant avait une nourrice, une excellente femme qui l'adorait

et qui était, pour le moment, investie de tous les droits de la comtesse. Soit que eelleci fut jalouse de ces prérogatives d'une maternité simulée, soit qu'elle dédaignât de descendre à ces premiers soins qu'exigent l'enfance , son amour pour son fils ne parut S3 développer que quand la nourrice , en terminant sa mission , l'eut remis entre les mains de sa mère.

Alors l'affection de Camille pour son entant n'eut plus de bornes : elle l'entoura de soi us et de gâteries dont le résultat fut d'en faire un petit despote qui apprit à commander avant de parler, et dont les moindres désirs devaient être des lois pour toute la maison.

Tant que l'enfant resta en deçà de l'âge où pouvait commencer son éducation , le comte ne murmura point contre la condescendance excessive de Camille pour les lubies

de l'enfant, quoiqu'elles augmentassent parfois d'une manière gênante les exigences auxquelles Christophe avait ta suffire. Mais quand le petit Carlos eut atteint sa cinquième année, et que son intelligence précoce l'eut rendu plus apte à recevoir les premiers enseignements d'une sage direction , Christophe essaya de faire comprendre à sa mère qu'il était temps de mettre un terme à l'indulgence indiscrète qui pouvait déjà compromettre l'avenir de son enfant.

Comme c'était alors la première fois que le comte faisait , quoiqu'avec des égards infinis, l'essai de sa prépondérance conjugale relativement à un objet de quelque importance , cette circonstance fut aussi la première qui lui montra toute l'infériorité de la position qu'il s'était faite et la suprématie réelle qu'il avait attribuée aux volontés de sa femme. Non-seulement Camille ne tint aucun compte des observations pleines de déférence qu'a-

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vait risquées son mari , mais elle lui déclara que l'éducation de son enfant la concernait seule, et qu'elle entendait y pourvoir par les moyens que lui suggérerait son affection maternelle , ainsi que les hautes facultés qu'on voulait bien reconnaître en elle. Comme Christophe avait poussé la discussion jusqu'aux dernières limites de sa modération naturelle, l'opposition de sa femme dépassa de bien loin les bornes des convenances , et le comte acquit la triste conviction d'un fait qui ne s'était jamais présenté que confusément à sa pensée : c'est que son épouse le considérait comme un homme médiocre, qu'elle ne lui savait aucun gré des sacrifices qu'il avait faits à son bonheur et enfin qu'elle ne serait pas éloignée de maintenir par la violence la suprématie qu'elle ne devait qu'aux bontés de son mari.

Une fois la glace rompue , Camille donna l'essor à l'impétuosité de son caractère que-

relieur et altier. Christophe, dont la patiente douceur était inépuisable , étudiait en vain tous les désirs de sa femme pour les prévenir afin de désarmer ses injustes rigueurs; Camille se posait en femme incomprise , elle se renfermait dans son inaccessible supériorité, et elle se faisait le cruel plaisir d'éluder tous les témoignages d'affectueux dévouement que lui prodiguait son mari, dont les bonnes intentions étaient constamment interprétées d'une manière désespérante.

Dans cette situation pénible , deux choses désolaient particulièrement le jeune comte : c'était , d'une part , l'éloignement de plus en plus prononcé , quoique toujours tacite, que M. de Balmasèrez éprouvait pour sa bellefille (car loin de se plaindre de sa femme, Christophe ne songeait qu'à pallier ses torts aux yeux de son père) ; et , d'un autre coté , c'était l'éducation du petit Carlos qui prenait une direction dangereuse, Non -seulement

l'enfant accomplissait sans aucune contestation ses volontés les plus capricieuses et les plus fantasques , mais il fallait que toute la maison fût à ses ordres , à commencer par son père, qui n'usait qu'avec une double circonspection de l'autorité limitée qu'on lui avait laissée. Dès qu'il montrait quelque sévérité ou qu'il risquait une représentation , Camille se récriait contre une rigueur dont l'excès pouvait compromettre la santé d'une aussi délicate créature. Il faut remarquer ici que le faible enfant possédait une de ces organisations robustes qu'on ne voit guère qu'aux jeunes garçons de la campagne , et l'exubérance de cette santé ne contribuait pas peu à entretenir la turbulence indomptable et l'insoumission de Carlos.

Le comte , au contraire , était d'un tempérament débile et valétudinaire; il ne paraissait souffrir d'aucune indisposition organique et il n'était jamais alité , mais on eut dit que

cette nature aimante et affaiblie avait besoin pour exister, de la chaleur d'une douce affection , comme ces plantes dont la tige flexible et délicate ne reçoit son développement que de la tiède baleine des brises d'été , et qui périssent aussitôt que paraissent les brouillards de l'automne .

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