DE LA SUPERSTITION
Renoncer à la raison, s'aveugler volontairement, fermer obstinément l'oreille à la vérité, s'occuper uniquement de chimères effrayantes, sans jamais les concevoir ; immoler à des rêveries les penchants les plus légitimes de son cœur, combattre avec zèle et détruire avec fureur ceux qui refusent de rêver comme nous ; sacrifier aux caprices de nos Prêtres notre bien-être et le repos de la Société; vivre dans les soupirs et les larmes ; renoncer aux bienfaits que l\>n croit néanmoins partir des mains de la Divinité ; mortifier ses sens, se rendre la vie insupportable ; défendre avec chaleur des préjugés que l'on n'a point examinés ; sceller, s'il le
1. Les Prêtres disent toujours que c'est l'orgueil qui fait des incrédules, et que c'est aux humbles que Dieu se. fait connaître. L'Aumi/ita n'est tant recommandée par les Prêtres Chrétiens, que parce qu'ils sentent le besoin qu'ils ont de disciples bien stupides, qui ferment volontairement les yeux à toutes leurs absurdités.
faut,- son.op^iniâtpeté de spnsang";^ telles sont les; vè^ctlap étranges que la ÎEleligîon appellesurnaturelleietdîviiieSi^ sans doute parce qu'elles sont contraires à la nature, parce que la raison n'en devine pas les motifs, ou serait-^ forcée, si elle les pesait, de les désapprouver. Ce sont ;■ ces vertus qu'elle préfère à celles que par dédain éll^; nomme humaines ou fausses, ^bjcqq qu'elles sontfond^^es^ sur Pesserice de l'homme, utiles à son bonheur, néces^ ; saires au soutien des sociétés *. Elle fait bien plus .dé î cas de ces vertus fictives que de l'humanité, de lajustice, de la concorde, de la grandeur d'âme, de l'activité. Sbis: cruel, méchant, inhumain, mais crédule^ nous crie la superstition ; sois doux, bienfaisant, modéré, et pense comme tu voudras, nous ditla vraie sagesse. Vis inutile : sur la terre, rends-toi volontairement malheureux dans ' ce monde périssable, ne songe qu'à l'avenir, nous dit l'une ; sois magnanime, actif, laborieux, nous dit l'autre;^ travaille à ton bonheur présent, rends-toi cher à tes concitoyens, mérite leur estime par tes services et tes vertus.
Depuis un grand nombre de siècles, il semble que la politique complice de la superstition n'ait cherché qu'à détruire dans les cœurs des hommes les seuls mobiles /
1. Rien déplus désavantageux à la Religion Chrétienne que le parallèle qu'on pourrait faire des Saints, des Héros, des 'Demi-Dieux, des grands Hommes, des Sages du Paganisme, avec les Saints et les Sages du Christianisme. Dans les premiers, nous voyons des. hommes courageux, remplis de grandeur d'âme, de bienfaisance, d'équité, et toujours occupés à rendre des services au genre humain. Dans les grands personnages que l'on propose aux Chrétiens pour modèles, on ne voit que des Solitaires et des Moines abjects, des Martyrs enthousiastes, des Prêtres fanatiques et séditieux, des Docteurs embrouillés, des Pénitents inutiles au monda. Quelle comparaison entre Socrate et saint Dunstan; Cicéron et saint Augustin ; entre Gaton et Thomas Beuket; entre Marc-Aurèle et David ! Un Saint, chez les Païens, était un Citoyen plein de courage et d'énergie. Un Saint, chez les Chrétiens, est un lâche sans âme, ou un scélérat turbulent, ou uii persécuteur inhumain, ou un Martyr frénétique, oa un Théologien en délire. Pour peu que l'on considère les principes de la Morale Chrétienne, on sera forcé d'avouer qu'elle ne tend qtt'à séparer les hommes les uns des autres, ou bien à les mettre aux prises par le saint zèle qu'elle Uwe inspire.
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giri pouvaient les rendre vertUBux, enlès rendant utiles à 7 l'Etat. lies gouvernements ont abandonné la morale aux minM delà Religion, dont Tintérêt ne fut jamais gué de faire des* rêveurs Inutiles, die oBjects:,
dès fanatiques dangereux dîspo&is â les servir àveagl^^ inent. La théologie, indiffërenté swr les mœurs réelles y ne s'est occupée que de subtilités, d'hypothèses gratuites, de commentaires sur les oracles de son Dieu, la soumission à ses décisions lui fat bien plus avantageuse que la raison, que la recherche de lia vérité, que la vraie science ,-que la morale; les gouvernements, persuadés que la Religion leur suffisait pour conduire les peuples et les -rendre soumis , et pour leur inspirer le goût de la vertu^ ou, peut-être, contents de command'er à des aines avilies, ignora"iites, vicieuses' et sans mœurs, se'bornèrent à les forcer d'être orthodoxes et religieux, sans jamais songer « les faire instruire dé leurs véritables devoirs, La théologie polémique infesta et désola le monde ; on n'entretint les mortels que dé dogmes, de mystères, de mythologies, de commentaires sur des livres obscurs; on obligea les sujets à croire ce qu'ils n'entendirent jamais, à se conformer à des cérémonies, à s'asservir à des usages arbitraires ; les Souverains ne pensèrent ni à faire de bonnes lois, ni à récompenser la vertu et les talents, ni à punir et décourager le vice et l'incapacité ; la façon de penser en matière de Religion fut seule consultée ; à ce prix, il fut permis d'être sans mœurs et sans vertus. Plus nous' considérerons la Religion, et plus nous verrons qu'elle détruit la morale et qu'elle détourne l'homme des objets vraiment dignes de Vqq^ cuper.
Quels sont les importants avantages que: les Nations recueillent des hommes que la- Religion leur forme"? Le dévot croit-il avoir rempli tous ses devoirs,, croit-iLêtiPe bon Citoyen, bon époux, bon père ; en un mot, croit-il être bien utile, parce qu'il a mis dans sa mémoire des dogmes qu'il n'entend pas; parce qu'il fréquente^ les temples assidûment; parce qu'il répète mille foiis de
yaines formules de prières ;. parce qofil assisfe fidèl<i^f ; ment aux cérémonies de son calte ; parce qu'il écouta attentivement, les instructions de ses Prêtres ; pa'Ece ~ qu'il s^abstient avec scrupule d« certains aliments ;.j>arcfr' qu'ils fuit le momie! et vit dans là retraitê,j oùil se! rep?É(i^ de spéculations stériles.;: parce, qufil parijage soniiiatÈ :| avec^dies Prêtres; et àes Moines^ et leur rend ce qa'Ui^afev pris à' la société ? E si- ce être cttoyertu que de ne riémz fair& pour son pays ?yEst-^e être un. bonpère que^de;^ négliger sa fortune ? Est-ce^ être bien utile que deperdrè^: tout son temps en prières?^ Cependant, quiconque ^:conduit de^ là sorte, paraît un homme réglé et delïonnès^^ vûCasxjiVS auœyeuoo'de la Religion y isoLàx^ que la. sociét^on*en retire aucun fruit.
Ellie en retire encore bien moins de ces p erfectionà ^ prétendues que nous proposent des Religions, qui s^ vantent pourtant d'être utiles et nécessaires au genre^ humain. En effet, en quoi consistent ces perfections merveilleuses?; Ceux qui veulent y parvenir se vouent à unV ee7z6«^ volontaire qui dépeuple la société, qui brise; l^s: liens du citoyen avec sa patrie, qui anéantit la tendcessè pour ses proches, quifait souffrir la nature forcée^ dé réclamer contre un enthousiasme doiit elle est affligée! D'autres; se refusent aux plaisirs les plus légitimes; ; ils croiraient irriter leur Dieu s'iiè jouissaient de ses bieifi^^ faits ; ils s'imaginent plaire à l'auteur en déte.«taafcâS€Ès ; ouvrages ; ils pleurent, ils gémiissent, ils se tourmentent j ils se mortifient, enfin, ils se croient parvehusi^au comble de la perfection, en se détachant de tout cevqui les entoure, en se- haïssant eux-mêmes, en remplissant leurs jours d'amertumes et de douleurs, eh détruisanôt peu à peu l'existence que la nature leur ordonne d« chérir et de conserver. G'est ainsi que presque toutea les Religions de la terre nous montrent une foule à'intseusés, qui, dans leur folie, regardent comme des v(a*tus la haine et le mépris de soi, V esclavage volontaire^ ht: mélancolie; l'oisiveté, les soupirs, la cruauté contre soimême; en un mot, des outrages perpétuels faitsà la