‹ Le curé Meslier [microform]Chapitre 18 sur 29 · OB' QUE SONT LES PRÊTRES · texte numérisé non relu

OB' QUE SONT LES PRÊTRES

Bâtare, sans Iprofit réel ni pour la société, ni pour '. soi. ■ . : • > -, -/ \. ■ -

C'est néanmoins sur ces idées absurdes que se fonde la conduite étrange de tant dejjfewû? forcenés que la su^ ^ perstition nous montre partout comme des modèles achevés de la perfection. Quelles vertus réelles le bon sens peut-il démêler dans ces malheureux pénitents* pour avoir inventé mille ma:niêres de se tourmenter en cette vie afin de mériter les joies ineffables de l'autre? ] Quel mérite un homme sensé peut-il trouver dans ces ; enthousiastes qui croyant soutenir les intérêts d'un Dieu dont ils n'ont point eu d'idées certaines et d'une Religion qu'ils avaient adoptée sur parole^ ont souffert la mort avec un courage digne d'une meilleure cause, ont affronté mille dangers pour répandre leurs préjugés merveilleux, ont cru se rendre chers à la Divinité en montrant une opiniâtreté plus forte que les Tyrans, les supplices et les bourreaux? Dans toutes les Religions du monde il s'est trouvé des hommes d'une imagination embrasée, d'un entêtement invincible, d'un courage à toute épreuve, qui ont cru que leur Dieu demandait le sacrifice de la vie qu'ils avaient reçue de lui et qui par leur constance dans les tourments ont donné des spectacles mémorables dont l'humanité gémit, dont la raison rougit, mais dans lesquels la Religion trouve des preuves de sa bonté.

Elle ne s'enorgueillit pas moins de ces Pénitents fa - , meux qui semblent s'être disputés à qui découvrirait les façons les plus rares de se tourmenter eux-mêmes. Quels avantages les sociétés ont-elles recueillis de tant de Solitaires, d'inutiles Anachorètes, de Cénobites austères, de Fakirs frénétiques, de Talapoins insensés que la crédulité révère partout et que la superstition admire comme des chefs-d'œuvre de vertu? Que verrons-nous dans ces désespérés et dans leur conduite étrange, sinon une profonde mélancolie nourrie par l'idée d'un Dieu barbare, et peut-être une vanité flattée de l'idée de se distinguer du commun des mortels et d'arracher leur

admiration! Pënifents insensés ! est-cà doncniLDJeilJ^oâ^ que vous croyez servir en devenant les ennemis^ de votîs-r ' mêmes? Avouez votre démence, c'est un mauvais génie^' c'est un démon que vous adorez; c'est d'un père bizarre qui se plaît à voir ses enfants affamés et dans les pleurs que vous êtes les enfants : c'est d'un Tyran furieux çui. aime à voir régner la désolation autour de lui que vpup croyez dépendre. Si votre Religion n'était pas à tpnt^ moment en contradiction avec dle-même, np vous di?v^ rait-elle pas qu'un Dieu bon ne peut être flatté de ypS tourments; qu'un Dieu qui sait tout, connaît ce qu'il: vous faut sans que vous le fatiguiez par d'éternelles dé-? mandes? Ne sentiriez-^vous pas vous-mêmes que jbui^ de ses bienfaits c'est entrer dans ses vues, c'est lui rendre vos hommages? S'il chérit ses créatures, n'estez ce pas le servir que de leur être utile? Aimer les ou-vrages de ses mains n'est-ce pas l'aimer lui-mêmel En jouir n'est-ce pas s'exciter à la reconnaissance eii^ vers lui? - -

Mais sous un Dieu g'Mô Von croit bien moins VamC que V ennemi du genre humain^ les esprits sont forciés-i de s'égarer à force d'idées lugubres; et par une consjêquence nécessaire c'est par la tristesse et les gémisser ménts que l'on s'imagine le servir et désarmer sa coléré. Ce fut là, sans doute, le point de vue qui frappa une;^ foule d'extravagants ; par un maintien grave, par une conduite austère, par de la misanthropie, par de la mauvaise humeur, par des privations cruelles et par miïlô, supplices étudiés, ils n'ont paru vouloir annoncer aux hommes que le méchant caractère du mailre qu'ils servaient. Un Dieu ;)fei»i de ri^wear doit faire disparaître la gaieté : il faut se conformer à son humeur sombre et sauvage : voilà pourquoi le superstitieux en tout pays *e crut obligé de vivre séquestré, de faire divorce avè« les plaisirs, de se séparer des objets qui pouvaient le détourner de ses sombres idées.

L'orgueil, comme on l'a fait entendre, eut sans doute beaucoup de part à l'étrange conduite de ces perron-

&f ^-^-^SOS^^ ' .CE QUE\TSPNT"IiBS^:PII^TRES." -^ - ' -

^.îr ;^ na^es dont laUeligion fait sesTiéros.hsL singalarîté atr

^ -^ tire les regards du vulgaire; un genre de Tie pënible

C luLen impose ; les tours de force l'étlouissent, il finit

igj^;^ .par regarder comme des favoris du cid, comme des ^ ? V iipmmes divins et surnaturels, ceux qui paraissent avoir

fe triomphé de la nature, et s'être mis au-dessus de ses loe^

p- soins. Si nous regardons sans prévention les motifs de Il /; :1a conduite delà plupart des enthousiastes que la sn-

^- pprstifion admire, nous trouverons qii^une imagination

Ij;: impétueuse ou bien une mélancolie profonde leur font

Ip entreprendre leur genre de vie pénible; des espérances

J^.^; vagues, et plus souvent encore l'orgueil, les y soutien-

^o^t- nént ; la vénération des j)euples les paye avec usurcdes

g> maux qu'ils se font : ceux-ci s'imaginent follement que

1^, leur Dieu ne peut sans injustice se dispenser de récom-

il^ penser et de chérir des mortels qui ont eu le courage de

;t(' -soiiffrir, de renoncer aux plaisirs, de tout quitter pour

|-;^ lui; ils le croient obligé de faire part de sa gloire à des

Jjr fous qui lui font ces inutiles sacrifices; ils ne doutent

^: pas que ces hypocondriaques sacrés n'aient du crédita

i*-;^ s^ Cour, et que leurs prières ne soient très efficaces au-

^; . près de lui. Enfin le pénitent se persuade à lui-même

?,:: q.u'il a bien mérité de son Dieu, qu^il est obligé de lui

|J ■ savoir gré et de l'estimer de sa pusillanimité, de sa

ir ;■ mélancolie, de son fanatisme, même de sa vanité puérile.

;^i Nous avons déjà parlé plus d'une fois de cette vertu

p-rt inquiète et turbulente, de cette fièvre sacrée que la Re-

'%\ îigion a nommée zële; eUe est fondée sur un attache-

1} ment aveugle à la cause prétendue de son Dieu, et sur

J: - la nécessité d'étendre son empire. Cette vertu si vantée

X; . eX souvent si destructive, non seulement porte le désor-

^'-^ dre dans une nation, mais encore ceux qui la possèdent

vÇ ■ sont poussés à des entreprises hasardeuses dont ils dei-

^> viennent communément les premières victimes : c'est

-^r au zèle que plusieurs sectes sont redevables de xîcs en-

>;- thousiastes infatigables qu'on voit aller au bout du

V- monde porter les oracles et le culte de leur Dieu : ils^se

?-: figurent que, semblable aux Souverains ambitieux de la

tecre, il aimera toIf augmenter son domaine ; en consê-f ' quence, ils j;ravers6nt les déserts et les mers pour dur ^ former des .colonies; ils Tont aux dépens de leur sang lui acquérir jde tnouveàiox. suj ets . Gep endant ieurzèle est souvent jmal récompensé dans ce- monde; les Dieux qu'ùueTpbsséssion antérieure a rendus maîtres du pays; punissent les téméraires qui viennent les y troubler, j^ De toutes les passions, il n'en est point que la Reli-* ' gion flatte et rende plus indomptabieg que la vanité i . c'est un sang bouillant, une bile très âere, un tempérament colère, qui forment les zélés : joignez à ces dispositions beaucoup d'ignorance, d'orgueil et de présomption, ce zèle deviendra d'une opiniâtreté invincible . Rien n'est plus opiniâtre qu'un homme dont .2éi Religion a dé" 2:)ravê la conscience : rien de plus inflexible qu'un ignorant qui-ise croit'instruit, et se flatte d'avoir son Dieu pour lui, de combattre ipoursa cause, de l'avoir pour té» moin de son courage et de son zèle. Lors même que les hommes le blâment, il n'en devient que plus obstiné dans son délire ; don orgueil le soutient contre tout l'univers; il regarde son entêtement comme l'effet des secours divins, il ne lui vient aucun doute sur la bonté de son jugement ; il abonde dans son propre sens. Il n'examine Tien, il regarde ison aveuglement comme sacré, et sans -envisager les conséquences, il se jette tête^baissée dans les plus grands dangers. Le fanatique ignorant et' de bonne foi est souvent plus à craindre que l'imposteur et rhypocrite. Ce sont dres personnages de cette trempe que inous voyons dans ces champions qui portent souvent le trouble au sein des nations, et qui, pénétrés de la bonté de leur cause, ne cèdent jamais à des considérar tiens humaines. Il n'est point de désordres que l'on n'ôxcite sans scrupule dès qu'on se persuade que Von défend son i)iei«, tandis que l'on ne défend que sa vanité propre, son ignorance présomptueuse, ses préjugés imbéciles;l'univers dût-il en périr ^ on rirait au milieu de^s

ruines; l'opiniâtreté RSIilGIBUSB sera toujours CA.PA;BDB

n'iBRAULBR LES Etats.

^^S^ H;Vrèls sont les^auts fiaits et les"yertus fotalesd^s&^dife^ :rônts liérps dont la Religion orne ses fastes ; telles sont ;;le5 qualités merveilleuses auxquelles elle décerne des palmes et des triomphes ; ce sont là les perfections yers lesquelles le fanatisme ordonne à ses victimes de tendre sans relâche. La contemplation,, la prière, la retraite, l'oisiveté, le renoncement au monde et à ses plaisirs, le fliépris de la raison, de l'expérience, de la scienpe, les " austérités, des tours de force, enfin le courage d'afiroriter la mort en troublant la société; telles ^ont les éminentes vertus par lesquelles les fondateurs et les soutiens d'un grand nombre de sectes se sont distingués aux, yeux du vulgaire.

Les peuples iMBÉciiiES demeurent stupéfaits à la vue de ces personnages inimitables; mais leur admiration -■ n'est point stérile ; on comble bientôt d^ richesses, à'honneurs et de présents ces favoris de Dieu : le renoncement aux choses de la terre leur vaut peu à peu la. plus grande opulence. Les. nations, séduites par l'humilité fastueuse de ces grands personnages, se dépouillent pour enrichir ceux qui s'étaient d'abord voués à la pauvreté, elles s'empressent d'élever et de distinguer des hommes qui font gloire de mépriser, les grandeurs, on fait nager dans le luxe ceux qui s'étaient d'abord refusé le nécessaire. Ce fut aihsi que les successeurs des enthousiastes indignes qui fondèrent la Religion Chrétienne, sont devenus peu à peu des Princes puissants qui marchèrent égaux aux Rois, et qui souvent les forcèrent de leur céder le pas. Un respect héréditaire les rendit -Vénérables aux yeux des peuples prévenus, lors même qu'on ne trouva plus en eux la moindre trace des vertus ridicules qui faisaient admirer leurs prédécesseurs.

La. vertu, on ne peut trop le répéter, est l'utilité du GENRE humain; l'oisivcté ne peut être utile; la contemplation, la prière, la retraite, ne peuvent être avantageuses; des macérations, des tourments gratuite, la misanthropie, la bile, le fanatisme et l'opiniâtreté, ne peu-

par ses propres vertus, par la: supériorité qû'éllèrleiM^ donné sur les véritables, par les devoirs extravagàntSii; qu'elle substitue à celles-ci, loin d'être l'appui de la m6^ raie, ne parait inventée que pour l'affaiblir ou la1ié-*çi^ truire. Enfin, les dogmes et les principes fondamentànxf d'une Religion qui sert un Dieu revêtu de qualités, sont incompatibles avec la droite raison. Les principes dë^: viendront incertains et chancelants, même en supposant un Dieu bon, dès que l'on prétendra que ce modèle ^e^> nos devoirs n'est point astreint aux règles ordinaires^.ou qu'il a pu se départir un instant de réquité, delà' bienfaisance et de la bonté. Comment allier urtemoralei assurée 2iYQQ une Religion dont le premier dogme est , que la Divinité a pu permettre que l'homme, la plus chérie de ses créatures, succombât h une tentation qu'elle 2i\2iii elle-même placée suv son chemin, et s'est prévalue: de sa fauté pour le punir et envelopper dans sa disgrâce toute sa race innocente? Est-il bien possible de cônci-lier la morale avec une Religion qui nous apprend qù'LTS^ J>ivxi^ ayant trompé les hommes, les punit injustement, et en fait les jouets de ses cruelles fantaisies ? Si l'oii? voulait combiner une Religion si monstrueuse avec Ja saine morale, celle-ci, subordonnée à la première, ou serait renversée, ou ne serait jamais sûre de rien. :

Pf^^V~206 '. - CE XJDB-SOM? Idrâi3»aÊTRBS« ' '.' "

: ^^HâPITHB XIII

ik-SUPiERSTmON CONTREDIT, CONFOND ET DÉTRUIT LES vilAJÉS IDÉES DE LA. VERTU. PRINCIPES NAtTURELS DE LA JIORALE.

De la contradictioii si palpable qui se trouve très souvient entre lés dogmes fondamentaux que toute Religion nous enseigne et les vrais principes de la morale, il en résulte des inconvénients marqués pour la dernière; la morale est toujours combattue par le dogme, et par ce choc elle est presque toujours affaiblie au anéantie. Le dogme, vient du ciel, il sert de base à la -Religion, par conséquent il doit l'emporter sur la morale, qui vient des bommes, et qui n'a que le genre humain pour objet. Ire dogme ne peut changer, la foi est invariable ; les faits que l'on raconte de la Divinité, étant supposés indubitables par l'homnie religieux, doivent régler sa conduite, il doit imiter son Dieu, et si ce Dieu a commis souvent les actions les plus atroces et les plus noires, c'est en vain que la raison voudra l'en détourner, le dogme, plus respectable qu'elle, lui apprendra ce qu'il doit faire. Dans une Religion qui enseigne que la Divinité a pu être, dans mille occasions, l'auteur ou le fauteur du crime, du massacre, de l'injustice, de la persécution, de l'intolérance, on ne voit pas de quel droit la morale s'ingérerait de dire aux hommes de s'abstenir de la violence, de vivre en paix, de suivre invariablement les règles de la justice et de l'humanité. Si l'on nous réplique que ce même Dieu a donné des preuves de sa honte, il en résultera que celui qui l'adore et l'imite peut être hon et méchant, suivant que son tempérament et les circonstances l'exigeront.

'Ainsïla'^ïûoralé "enseignée par tdiite Refigioitt,'*^'ir^ suppose nécessairement un Dieu changeant^ né s^i^ jamais que douteuse ;• elle' dépendra de l'intérêt ef^ Si caprice de chaque superstitieux, et du point de vue'soiRt: leq[uel il envisagera son céleste modèle^ qui tantôt' Sé' montre à lui sous les traits de la bonté et tantôt sous ceu^ delà méchanceté; G- est à lui dfe choisir a quel I>îeu^l^ luicoiiTient de ressembler. Demandez à la JKeiigi^ial efir^tiehne'sil'humanitév la concorde et l'amour du^pfë^l chain sont des vertus ; elle vous rëpoiidra sans héisifèif*5 que son fondateur recomm^andè ces dispositions coîïïnÊsfi les plus essentièlles'pour plaire à la Bivinité : demanii^^ aux Ministres d« cette même Religion si-le féroceïMdïse^ ■ si le barbare David, si tant de; Rois sanguinaires et zélM^ qui ont égorgé, persécuté, tourmenté des hérétiqtfesj^i oiat été agréables à leur Dieu ? Ils vous diront qullsoirt^ été dévorés d'un saint zèle qui doit remporter sur l'humanité, la douceur et ramôurdu'proehaîn. I

L'on ne peut cependant disconvenir g'w^ la IteUgiÔr^^ né soit quelque fois d* accord avec la raison. Pour 'bieff^^i tromperies mortels, il est important d'allier le mfn^songe avec la vérité ; il faut leur p ersuader qu'on veut> les rendre heureux ; il faut les séduira et les éhlbuir?^; ils seraient infailliblement révoltés d'une Religion visi^' blement contraire en tout point aux intérêts daleuru^à^ ^ ture, et qui leur déclarerait qu'elle Yieût anéantir là wiG^ raie. -

Ainsi la religion est ioraée Remprunter le tang&ge^ : de cette raison, qu'elle défend néanmoins de consulter ' et d'exercer; elle est obligée de se servir de la morale pour attirer lés mortels : ses Apôtres et ses Missioniiairès les séduisent par une conduite modérée, par des vertus^ au moins appiarentes, par des mœurs rigides, par une '^ conduite réglée-, par des leçons utiles dont ils entremê-lent leurs folies. Ainsi la morale est un marchepied dont la Religion s'est quelquefois' servie pour ^életrer 5wr LE Trône ; dès qu'elle y est parvenue elle la mé-^ ^^ prise, elle la néglige, elle 1h force de eéder le premier

^fr~V208 CE QUE .SOn£ iSs'S PRÊTRES. . -

' rang à cette morale fictive qui n*a que l'imagination pour base, et rintérêt des Prêtres pour objet. Alors les vertus fondées sur les rapports subsistants entre les çhétives créatures, sont des vertus secondaires ; la Religion ne souflfre point qu'on les compare avec celles qu'elle fonde sur des rapports imaginaires. Partout où

-?tfSTSTÊMB RELIGIEUX DOMINE, Zes 2n;f^r^^5 de la terre doivent être nécessairement subordonnés à ceux du ciel; et si Dieu nous commande d'être cruels, fanatiques

, et rebelles, c'est en vain que la morale et la politique nous diront d'être humains, indulgents et soumis. Dès que la superstition est la plus forte, la raison est forcée de se taire ; la morale devient sa servante^ elle n*est écoutée qu'autant qu'elle parle conformément aux vues de sa maîtresse impérieuse, et presque toujours en délire, La. Religion a seule l'oreille du maître de toutes choses ; elle est seule dépositaire dé ses intentions cachées ; elle î^ouit exclusivement an pouvoir d'attirer ou de désarmer son courroux; ainsi c'est elle seule qu'il FAUT SUIVRE, et SCS préceptes tiennent lieu de tout aux yeux de ses sectateurs.

Il ne faut qu'ouvrir les yeux pour reconnaître l'inefficacité des notions religieuses pour rendre les hommes meilleurs ; les idées d'un Dieu vengeur et rémunérateur ne peuvent rien contre les passions de ceux qui en paraissent le plus fortement convaincus ; les Tyi ans et les Prêtres même qui fondent tous leurs droits sur la Religion, n'en sont ni plus justes, ni plus réglés dans leurs mœurs, ni plus vertueux : que dis-jel nous avons montré que les nations les plus religieuses et les plus orthodoxes sont communément les plus plongées dans l'ignorance de la saine morale; n'en soyons point surpris; la Religion persuade aux hommes çpi'elle leur suffit; elle leur fait une morale accommodée aux intérêts de ses Ministres ; elle expie tous les forfaits ; elle calme TOUS LES REMORDS, elle récoDcilie avec Dieu; par son crédit puissant, elle procure les récompenses éternelles à ceux même qui les oui moins méritées •, ces avantages

•peuvent^ils^être mis dans la balance avec çeux.qae \si^C\ morale procure? D'ailleurs rien de plus aisé que d'aire "/ religieux, tandis que, dans la présente constitution .des ,'choses, rien de plus difficile que d'être vertueux. L'uni-; vers est rempli d'hommes religieux; il est des nation^j;^ entières chez lesquelles personne n'a jamais douté^ d^^^ dogmes qu'on leur annonce, la vertu y est-elle^^^los^^ comnmne pour cela ? Les sociétés en sont-elles ^IpS '^ heureuses de ce que les Tyrans qui les oppriment Mob^î servent scrupuleusement des pratiques religieuses? JJnQy^î: nation en est-elle moins vexée parce que son Despote 4^ dévoti accompagné d'une foule de courtisans ^ypoçri<fe^r -y va au temple implorer la clémence du ciel sur un p(Biip]fcJ que ses oppressions, ses injustices et ses folies retiens î^ nent dans la misère ! Il semble que îa Religion nesoU?: faite que pour jouer les hommes, ou pour leur donner le change sur les auteurs de leurs mauœ. Qu'importe- j: t-il aux nations que ceux qui les gouvernent soient rîeli->: gieux ou impies ? Un Tyran crédule est-il. moins uii^^k Tyran que celui qui ne croit point à la Religion? lin ? Ministre, un Courtisan, un JPrêtre, qui pillent, qui trom-f^; pent, qui oppriment les peuples, en sont-ils donc des ;<^ hommes moins nuisibles, parce qu'ils allient rignorance| et la crédulité à tous leurs crimes? La Religion, Ipiii 4è i, rendre les hommes plus vertueux, leur fournit des^^ moyens de s© dispenser de l'être; elle sanctifie l^S^ fraudes du sacerdoce ; elle justifie, elle expie les crimes de la Tyrannie ; elle réconcilie avec Dieu tous ceux qui^ ôntoutragé et offensé ses malheureuses créatures. Ainsir loin de rendre la morale plus respectable, elle invite à violer ses règles, elle émousse les aiguillons de la cons-cience ; mais jamais d'un scélérat elle ne parvient à faira, un homme honnête et vertueux. j

Que l'on ne nous parle point de ces changements mèr-vf veiUeux que la Religion opère sur les cœurs des hommes; de ces conversions éclatantes qui, de l'avett j même de ceux qui les vantent, sont si rares qu'on les , regarde comme des effets surnaturels de la grâce di-

^WdT:ï^' - ^-^ -„;^..ï&**L^K«^v-^^ki«^^t^-^^'-V' - '^:^^^)i

i-' . vme. En bonne foi, la vraie morale gagne-t-elle beau- ^V ' coup à ces prodigieux changements, à ces révolutions' J-^. subites qui se font dans le tempérament et la conduite? ff de quelques hommes touchés par la Religion ? La société- "'* eât-eile bien dédommagée des vices et des" crimes 4bnf" .Je elle a longtemps souffert, paTce que ceux qui les ont ' " ' commis ont tout d'Un coup pris le parti de fréquenter les '^ , TempleSj de multiplier leurs prières, de prati^iuer' des' ^ - "jeûnes et des austérités, dé vivre dans la retraite^ de ï" fuir le grand monde, de renoncer à ses plaisirs, sans songer à réparer tous les maux qu'ils ont feiits ? La Religion osera-t-elle se vanter de rectifier ses penchants - habituels qui enchaînent l'homme à ses vices? Fèra^ -^ t-^lle d'un Gonquérànt> incommode à ses sujets et àt ses r^ voisins, un Monarque paisiblement occupé du soin dé rendre ses Etats heureux? Amoliira-t^elle le coeur inaccessible d'Un avare qui toute sa vie ne fait que thésauriser ?Déterrainera-t-elle Un Courtisan hautain, un Mi- ^ Mstre' injuste, à renoncer à leurs vexations, à leur f^^ - orgueil dédaigneux? Engagera-t-elle un voleur public à f, restituer ses biens à la société ou à s'abstenir de ses ra- ^V pines?Non^ sans doute, la Religion opère rarement de ri pareils miracles. Que résulte-tril donc de- ces importants Ji changements qU^on lui attiâbue et qu'elle nous montre r comme capables de réjouir la Divinité et toute sa coup Ç céleste '^ Chacun dans les remèdes que sa Religion lui t\ propose^ consulte son: propre tempérament, il fait choix de ceux qui sont les plus analogues à ses passions et à £ ses intérêts et qui lui coûtent le moins^ Ainsi- l'homme ' eolèrei impérieux et d'un sang échaUffé > deviendra zélé j peraécnteur, intolérant; l'homme d'une imagination forte deviendra fanatique; l'homme bilieux et mëMnco- ■- lique ira dans la retraite nourrir sa misanthropie ; l'âvate ':: consentira à faire de fréquentes abstinence»; le^rov; digue versera son bien dans^ le sein des^ pauvres^; là ■ femme, jadis dissolue^ ennuyée de Ses galanteries» aii* mèra son Dieu d'après la vivacité de son tempérament^ f \ et deviendra peut-êtrô une dévote inspirée.

Ainsi charcun de ceux, que la^Këlrgion a tqucfiîésli^^îi fera que donner un ^nouveau cours à ses passions -|iï^i->^ taélles, et croira plaire à Dieu en se livrant, en vue defT^ lui, à leurs impulsions. Les changements merveillemE^>^ ' que la Religion opère consistent toujours à tourner ver» ; ^ deff chimères les passions qui avaient antérieurement .' d*autreS' objets ; se« guérisons se bornent à appliquée des remèdes idéaux à côté d'un mal réel-. La société n«^ peut rien gagner à une dévotion, si souvent incommodev ^ à des prières et des jeûnes inutiles, à des austéritésin-^ sensées, à ces visions extatiques, qui succèdent à des - -. vices dans ceux qui l'ont troublée. Une nation long- " temps tyrannisée, dépouillée, réduite à la mendicité, se trouvera-t-élle bien dé dommaïgée par les regrets tardifs d'un Monarque pusillanime qui, au lit d'e la inort et dan» l'impuissance de lui nuire désormais, demandera pardon à son Dieu du mal qu'il«lui a fait pendant toute sa vie ? - Si quelqu'un méritait de mourir dans le désespoiri ce serait, sans doute, ces hommes de sang, dont la vie nTa^ été qu'un tissu de crimes et d'injnstice&T La Religion né devrait point écarter de leur couche l'es torches des ^ furies ; leurs exemples effrayeraient au moins le crînre . andacieux et pûiissant ; leur supplice^ et leurs remordis en imposeraient, peut-être, à ces monstres cruels qui se > font un jeu du malheur, des soupirs et des larmes des

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