PEUPLES
En supposant les changements que les idée? religi:enses p^roduisent d^ns les cœurs des hommes^ plus utiles, plus réels^ ou plus fré^quents qu'ils ne sont^ nous . trouverons toujiours^ en prenant la balance, que les / biens que la- superstitionfait aux hommes ne peurentse comparer aux maux continuels et sans nombre qui en sont les suites immédiates et nécessaires. Si ses terreurs et ses menaces inâuent quelquefois sur les mœurffde quelques individus, mettent un frein à des passions peu fortes, contiennent quelques hommes timides, que le' tempérament, que l'éducation, Topinion publique et la . crainte des lois auraient déjà suffisamment contenus, ces
^0 - ,.iaiMea avantages peuy0tit-Usdon&
5^ . humaine^esplaie^ réitérées que lè^fanatisme lui S^ : ;^- tout temps ? Les désordres let les calamités que ,1a Reli- Ç. ^ ^ion produit sont vastes et journaliers, ils se font sentir ? '. à chaque instantanées wa^zows en^î'drgs; les biens qu'elle ':- peut faire, s'ils existent, sont rares, sont personnels et
particuliers, se bornent à quelques individus que leur fl: s tempérament n'invite point fortement au mal. Pour un f§' : bras que la crainte des Dieux arrête, il en est cent mille ;?- f qu'elle arme pour la destruction. Les fureurs religieuses M^- sont des épidémies; lorsqu'elles sont allumées, ni la I- raison, ni les lois, nilapuissance souveraine ne peuvent frC plus les arrêter.
xj En un mot si nous pesons les avantages et les désa-
-ï vantages de la Religion, nous verrons que les maux ?U-. qu'elle a faits sont immenses comme l'Océan f et que v: les biens qu'elle peut faire sont comme une goutte '<'::/' d'eau. Comparons en effet les guerres, les persécu' '1; tions, les tyrannies y les troubles, -les assassinats, les
violences, que LE NOM DE DIEU a fait commettre sur r notre globe, avec le bien qui a pu résulter dans chaque
'; V ^ siècle de la bonne conduite de quelques hommes qui, : V' même 5aw5 -Re^enjrfow, eussent été d'honnêtes gens. Un i ■ remède, justement décrié pour avoir empoisonné des
Nations entières, serait-il donc avantageux parce qu'il - ^ aurait guéri deux ou trois citoyens, ou parce qu'il n'au-
- rait pas fait périr quelques individus d'un tempérament
plus sain et plus robuste que les autres? Il est sans doute
\,^. des poisons capables de procurer quelquefois une gué-
; rison, OU plutôt des soulagements momentanés, à des
hommes bien constitués, mais ils finissent par détruire
et par donner la mort au plus grand nombre de ceux
qui les emploient.
^^ Plus nous considérerons les choses et plus nous aurons
lieu de nous convaincre que la Religion fut en tout temps
un flambeau dont la lumière trompeuse ne servit qu'à
égarer les mortels et embraser leur séjour. Ce flambeau, ' . secoué par le fanatisme, l'imposture et la Tyrannie, ne
fit qu'allumer des passions cruelles, des fureurs inextini-' X, gnibles, des discordes fatales, et produire des résolu}-/ ~ tions sanglantes. Parles disputes Teligieuses, toujours'" suites, nécessaires de systèmes qui n'ont de fbàdemént^^JH que dans l'imagination des enthousiastes où l'intérêt destff^ fourbes, qui n'ont que l'ignorance opiniâtre et préspnip?^; tueuse pour garant, que l'autorité e t la violence pour preuves, l'homme fut.presque toujours séparé de l-hom-me ; son cœur fpt déchiré par des haines immortelles, ses notions sup erstitieuses ne le rendirent actif que pour sis nuire à lui-même, et incommode aux êtres que la nature devait lui rendre chers. Loin de lui inspirer des yertus, la Religion le rendit essentiellement injuste, inhumain^ emporté, malfaisant ; ou si elle le rendit paisible, elle ne fit que le plonger dans le chagrin, la langueur, l'apathie et l'inaction.
Cette Religion qui se Tante de fortifier la morale èh sape donc réellement les véritables fondements; elle en fait un édifice flottant en l'air, en l'établissant sur des Dieux incompréhensibles, sur des r4i?é/a<2ons incroyables, sur des préceptes absurdes et contradictoires, sur des oracles qui si souvent combattent la nature, la raison, les intérêts de l'espèce humaine: les vertus qu'elle recommande et les devoirs qu'elle impose sont non seitlement puérils et inutiles, mais souvent encore sont détestables aux yeux de la sagesse. Enfin tout nous prouve que rhomme religieux ne peut être humain, tolérant, bienfaisant, s'il n'est inconséquent, ou s'il ne renonce dans la pratique aux principes destructeurs de sa Religion, qui veut qu'il sacrifie les intérêts les plus évidents, ceux de la vertu et de la raison même, dès qu'il s'agira des intérêts cachés de la Divinité.
Ainsi distinguons pour toujours la morale, d'une Religion qui ne s'identifie avec elle que pour la détruire : lie confondons plus cette morale évidente avec un amas de chimères, qui depuis tant de siècles la défigurent ^u point de la rendre totalement méconnaissable; séparons LA VÉRITÉ de V alliage impur du mensonge et de Vini"
.posture; moiïti'oïïs* son éclat au^ hpminès; que sa fiimière les éclaire, et les fasse marcher' d'un passûr'vôps l'utilité, vers la vertu réelle, d*ôii dépend leur bonheur sur la terre. Eteignonis les nGirsflambeaiîXde la sui^ers- v tition, qui après avoir obscurcinos yeux ne noiïs font inàTcber qu'à tâtons, nous font cbanceler à chaque pas, et qui sous prétexte d« nous- conduire à un bonheur lointain que rimagination nous montre d'ans Icb cieùx, ne nous permettent point de regarder â nos piedîs, et de jouir de celui qu^ la raison nous présente. Au lieu d'une morale mystique ^ ténébreuse , surnattirellé, donnons auœ hommes une morale claire^ sociatblb, naturelle ; la Religion est fondée sur l'enthousiasme et le merveilleux ; la Morale a pour objet les intérêts de l'homme ; la Religion a pour objet les intérêts des ennemis des hommes ; la Morale a rexpérience, la raison, la vérité pour ses garants; la Religion n'a pour garant, que l'ignorance, l'imposture et là tyrannie. La Morale élève le cœur de l'homme j lui montre sa dignité, llii enseigne ses droits, lui inspire de l'activité, de l'énergie, du courage; la Religion l'épouvante^ le dégrade, neToccupe que de sa bassesse, conîprime le ressort de son
,âme, le met au désespoir et finit communément par lé rendre furieux. La Morale dît à l'homme de travailler à sonbonheur; la Religion lui prescrit de se priver de tous les objets propres à le rendre heureux, "sous peine d^encourir la colère d'un Dieu dont le plaisir est de voir gémir ses créaturesinfortunées. La Morale dit à l'homme de chérir les êtres qui l'entourent ; la Religion lui dit d'aimer par-dessus toutes choses un Tyran odieux, qui lui ferait un crime dé sa tendresse pour de viles créatures. La Morale lui dit d'être doux, humain, pacifique, indulgent ; la Religion lui fait un devoir d'être zélé, persécuteur, haineux, séditieuœ, toutes les fois quHl s^agira de la GA.USE de son Dieu^ ou de ses Prêtres. hsL Morale lui dit d'être raisonnable; la Religion lui fait un crime d'écouter sa raison. Des bornes immobiles doî* vent donc à jamais séparer l'empire de la Morale et celui
.dèLla,IieligiiMi;.il8ii;e-.S0Et^pi0i;iLt faits poars-lmir,, leôiltv]'' intérêts ne peuv^nt^se ,co>afQndre; leurs sujets n.e péu-r^ Yent s'allier; eeuxide Tane aie ^peuv^ni .être les ^mis de ce^x de l'autre, ilsnepeuTentcomliaittre sous les mêmôâ ' * étendards.
Que Ton ne nous dise donc plus que la Morale sans ie secours de ia Religion serait insuffisante pour rendre les hommes bojas et ivertueux. Serait-il donc plus difficile : d'inculquer dàs i'^nfance à des êtres raisonnablies des vérités utUes-et palpabJ^es, que vdes ^E&irjeries nuisibles Met t dépouryues de vraisemblance, 4ue ides contradîetioaisv semblés, que des fables rétroltantes: pour le bonseusi?- Est-il plus aisé de leur ifiaire. comprendre ce que c'estf qu'un Dieu voilé 4e jMiages, que îde leur faire eonnajfejQf l'homme et s& véritable inatureiTrouve'-t-^on plus d'em« barras à leur faire sentir ieurs devoirs véritables, la conduite qu'ils doivent teuôr jpar intérât pour euxr mêmes, qu'àleur remplir l'esprit d'hypothèses inintéllif gibles, de dogmes merveilleux, ou qu'à les soumettre àj des cérémonies futiles, .à. des pratiques gênantes, à d$sr rites dont le bon sens ne peut deviner rutilité ? L'homme/ seraitril donc plus disposé par isa nature à p rendre de^ opinions faussas et. avilissautes, que des vérités p[>o|pres . à élever son âme, à l' ennoblie â ses propres yeux, à le consoler, à lui donner du ressart ? Est-il plus diffîcileide; le convaincre qu'il doit B'aimer etis'estimer lui-même, qu^il est fait pour travailler 4^on propre bonheur, que de lui persuader de se haïr, de se nuire, de s'affligerf trouye-t-'on plus de facilité à l'anéantir^ ;à en faire »«* esclave,: à Tabrutir, jqu'à lui montrer ses innoiTS? En lin ' mot peut-on de bonne ioi prétendre qu'un :étre doué iâe sens eût plus de peine à placer dans sa mémoire les leçons si simples, si claires, si évidentes de la vraie morale, que les préceptes inintelligibles, que les fables bizarres, que les mystères et les articles de foi de sa Iliéiif gion ? La théorie ou la pratique des vrais devoirs d& r^omme sont-elles plus difficiles à saisir que les élffr ments d'un art quelconque, que les principes d'une