‹ Le curé Meslier [microform]Chapitre 2 sur 29 · DES MIRACLES · texte numérisé non relu

DES MIRACLES

Mais par quel privilège ces quatre Evangiles, et quelc[ues autres semblables livres, passent-ils pour saints et divins, plutôt que plusieurs autres qui ne portent pas moins le titre d'Evangile, et qui ont autrefois été.comme lespremieis, publiés sous le nom de quelques autres apôtrés? Si l'on dit queles Evangiles réfutés sont supposés et faussement attribués aux apôtres, on en peut dire autant dés premiers ; si Ton suppose les uns falsi âés et corrompus, on en peut supposer autant pour les autres. Ainsi, il n'y

;t^^ V ^^poiiott 4e^p assurée pour discerner les uns d'avec les

^v autres : en dépit de TEglisé qui veut en décider, elle n'est & pas plus croyable. ; . ^

^-^^ ce C[ui est des prétendus miracles rapportés dans u,' le vieux Testament, ils n'auraient été faits que pour mar- , >: ; ^ quer, de la part de Dieu, une injuste et odieuse acception

de peuples et de personnes, et pour accabler de maux, die ■^ propos délibéré, les uns, pour favoriser tout particulier

remént les autres. La vocation et le choix que Dieu fit

des patriarches A.braham, Isaac et Jacob, pour de leur 1/ -postérité se faire un peuple qu'il sanctifierait et bénirait

par-dessus tous les autres peuples de la terre, en est une 1' preuve.

^ Mais, dira-t-on. Dieu est le maître absolu de ses grâces

^t de ses bienfaits -,-11 peut les accorder à qui bon lui semble, sans qu'on ait droit de s'en plaindre ni de l'accuser d'injustice. Cette raison est vaine; car Dieu, l'auteur de la Jiature, le père de tous les hommes, doit également les ai-

rv mer tous, comme ses propres ouvrages, et par conséquent îldoitêtreégalementleurçrotecteur et leur bienfaiteur; car celui qui donne l'être doit donner les suites et les conséquences nécessaires pour le bien être ; si ce n'est-que nos

: ' christicoles veuillent dire que leur Dieu voudrait "faire exprès des créatures pour les rendre misérables : ce qu'il . ^ serait certainement indigne de penser d'un être infiniment bon.

De plus, si tous les prétendus miracles, tant du vieu que du nouveau Testament, étaient véritables, on pourrai dire que Dieu aurait eu plus de soin de pourvoir au moindre bien des hommes, qu'à leur plus grand et principal bien; qu'il aurait voulu plus sévèrement punir dans de certaines personnes des fautes légères qu'il n'aurait puni dans d'autres de très grands crimes'; et enfin qu'il n'aurait pas voulu se montrer si bienfaisant dans les plus pressants besoins que dans les moindres. C'est ce qu'il est facile de faire voir, tant par les miracles qu'on prétend

^ > qu'il a faits, que par ceux qu'il n'a pas faits, et qu'il aurait néanmoins plutôt faits qu'aucun autre, s'il était vrai qu'il en eût fait; par exemple, dire que Dieu aurait eu la complaisance d'envoyer un ange pour consoler et secourir une simple servante, pendant qu'il aurait laissé

-. et qu'il laisse encore tous les jours languir et mourir de misère une infinité d'innocents ; qu'il aurait conservé miraculeusement, pendant quarante ans, les habillements et les chaussures d'un véritable i)euple, pendant qu'il ne veut pas veiller à la conservation naturelle de tant de biens si uiiles et nécessaires pour la subsistance des peu-

pljjs;^ét qui^e sOQDlnéànm^ se ]^ercUinfei|iico]pj^^

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YÔyé aux préiméM'Chèfs du genrèj:hùmain, Adaim et Èvèj :: un démon, un diable, ou un simple serpent, pour les ' séduire, et pour perdre par ce moyen tous les hommes l . f Gela n'est pas croyable. Quoi! il aurait voulu, par-une * grâce spéciale de la providence; empêcher que le roi de . ^ Géraris, païen, ne tombât dans une faute légère avec une femme étrangère, faute cependant qui n'aurait eu aucune suite; et il n aurait pas voulu empêcher qu'Adam et Eve ne l'offensassent, et ne tombassent dans le péché de déso- béissancé, péché qui, selon nos cbristicoles^ devait être- ' fatal, et causer la perte de tout le, genre humain 1 Gela n'est pas croyable.

Venons aux prétendus miracles du nouveau Testament, ' i Ils consistent, comme on le prétend, en ce que Jésus-- .34 Ghristet ses apôtres guérissaient divinement toutes sortes de maladies et d'infirmités ; en ce qu'ils rendaient quand : v ils voulaient, la vue aux aveugles, Touïe aux sourdsj là parole aux muets, qu'ils faisaient marcher droit les boi« teux, qu'ils guérissaient les paralytiques, qu'ils chassaient 7!^ les démons des corps possédés, et qu'ils ressucitaient les morts. >;;

On voit plusieurs de ces miracles dans les Evangiles;- ; mais on en voit beaucoup plus dans les livres que nés ^ christicoles ont faits des vies admirables de leurs saints ; v car on y lit presque partout queces prétendus bienheureux ,i guérissaient les maladies et les infirmités, chassaient ïës.\ .~^ démons presque en toute rencontre, et ce au seul nom de Jésus, ou par le seul signe de la croix; qu'ils comman-. dàient, pour ainsi dire, aux éléments; que Dieu' les favo-;- : risait si fort, qu'il leur conservait même après leur mort son divin çouvoir, et que ce divin pouvoir se serait com- v muniqué jusqu'au moindre de leurs habillements, et C même jusqu'à l'ombre de leurs corps et jusqu'aux instruments honteux de leur mort. Il est dit que la chaussette de saint Honoré ressuscita un mort au 6 de janvier; que les bâtons de saint Pierre, de saint Jacques et de saint Bernard opéraient des miracles. On dit de même de la corde de saint François, du bâton de saint Jean de Dieu et de la ceinture de sainte Mélanie. Il est dit de saint Qracilien qu'il fut divinement instruit de ce qu'il devait croire et enseigner, et qu'il fit, par le mérite de son oraison, reculer une montagne qui l'empêchait de bâtir une église ; que du sépulcre de saint André, il en coulait sans cesse une. liqueur qui guérissait toutes sortes de maladies : que l'iime de saint Benoit fat vue monter au ciel, revêtue d'un précieux manteau et environnée de lampes ardentes; que

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ï ajïit déî cKc^es qtf il lui «ùidéitiànitïé^ ;qu^ <Jommàn^ait auxhironàellesi âuxcylgfn^set^^^^ Qu'ils lui obéissaient, «t que souvent lés poissons^ les lapins etles lièvres venaient semettré entré ses 'mains. et dàhs'soh'giron ; <jue saint î*aul et saint Pantaléon, ayant, eu la tête lranchée,ii en sortit du^ lait au lieu de èang* que le bienheureux Pierre de Luxembourg, dans les deux pretoières années d'après sa mort (1388 et 1389), fit deux

;, mille quatre cents miracles, entre lesquels il y eut quarante-deux morts ressuscites, non compris plus de trois mille autres miracles qu'il a faits depuis, sans ceux qu'il fait^ncore- tous les jours; que les cinquante philosophes que sainte Catherine convertit ayant tous été jetés dans un grand feu, leurs corps furent après trouvés entiers, et pas un seul de leurs cheveux brûlés; que le corps de sainte Catheriue fut emporté par les anges après sa morty et enterré par eux sur le mont Sinaï; que le jour de la canonisation de saint Antoine de Padoue toutes les cloches de la ville dé Lisbonne sonnèrent d'elles-mêmes sans que ron sût d'où cela venait; que ce saint étant un jour sur le

Jîbrd dé la mer, et ayant appelé les poissons pouf pécher, ils vinrent devant lui en foule, et, mettant la tête hors de Teau, ils l'écoutaient attentivement. On ne unirait point s'il fallait rapporter toutes ces balivernes; il n'y a sujet si vain et si frivole, et même si ridicule, où les auteurs de ces vies de saints ne prennent plaisir d'entasser miracles sur miracles, tant ils sont habiles à forger.de beaux mensonges.

Ge n'est pas sans raison, en effet, que l'on regarde ces choses coriame de vains mensonges ; car il estfacilede voir que tous ces prétendus miracles n'ont été inventés qu'à l'imitation des fables des poètes païens: c'est ce qui parait assez visiblement par la conformité qu'il y a des uns aux autres.

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