‹ Le curé Meslier [microform]Chapitre 21 sur 29 · CE QUE SONT LES PBÊTRES · texte numérisé non relu

CE QUE SONT LES PBÊTRES

Religion nécessaire a l'homue ; il est religieux dès qu!il est raisonnable, dès qu'il se rend utile, dès qu'il est vertueux; il jouit de la raison lorsqu'il suit les impulsions de sa propre nature, conciliée avec celle, dès êtres parmi lesquels le Destin Ta placé.

Telle est la Religion que la nature a destinée pour toutlè genre humain. Tout homme connaîtra ses dogmes, quand il voudra rentrer dans le fond de son coeur; en consultant son être, en examinant ce qu'il est, ce qu'il Teut,ce qu'il désire, il saura ce qu'il se doit à lui-même et ce qu'il doit aux autres. Il n'a donc pas besoin de recourir à là Religion, ni aux oracles de ses Ministres pour savoir ce qu'il doit faire, il n'a pas besoin de porter ses vues au delà de son existence actuelle pour trouver des ioaçtifs puissants de travailler à son bien-être présent; il se voit dans ce monde; il s'y trouve entouré d'êtres semr blàbles à lui, disposés à l'aider s'il leur montre des sentiments qu'ils approuvent, et aie détester dès qu'il contrarie la tendance générale. Il n'a besoin ni des récompenses ni des menaces d'une autre vie pour faire le bien en celle-ci ; l'expérience lui prouve à tout instant que le méchant est un être haïssable et méprisable, que l'homme dé bien est chéri et respecté de ceux même dont la coudiiite est opposée . Pour peu qu'il ouvre les yeux, il voit que les sociétés ainsi que les membres qui les composent ne sont 52 misérables, que parce que les vices des hommes se punissent toujours eux-mêmes. Il voit le Gouvernement puni, par l'indigence et la faiblesse, des maux qu'il fait à sa nation, dont son ambition, ses caprices, son avidité, sa corruption, ont épuisé les ressources, anéanti le courage, détruit l'activité. Une expérience journalière lui prouve invinciblement qu'il ne se permet pas à lui-même un vice, un excès, sans en éprouver des remords, sans s'exposer au repentir, sans endomnaager : son bien-être.

Cette Religion >«i simple et si pure parle un langage uniforme à toutes les nations; elle est intelligible pour tout être sensible ; elle n'est point l'ouvrage de l'imagi-

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nation^ elle est faite par la nature liumaine/,quî nous est. assez connue pour savoir ses vues, sa tendance invà-. . riable, ses mobiles et ses ressorts. Elle n'est point environnée des owJir^* du mystère^ elle ne âe couvre point : du masque des fictions et dès allégories. Elle ne se vante >^^: point d'être émanée des régions célestes, elle avoue qu'elle est /^MmaVne et destinée pour la terre. Elle n*est~pbint réservée par une Divinité partiale à quelques hoinmiesj privilégiés, à quelques élus choisis; elle est la Religion ^^ commune de tous les êtres raisonnables ; la. nature, jen, leur donnant le jour, la destine à tous ses enfimts,é\l<é^~ la sème dans tous les cœurs, elle l'jr grave en caractères J ineffaçables; elle fonde l'authenticité de ses preuves st^r,; le consentement de tous lès hommes, sur le témoignage .; unanime de tous les peuples de la terre, sur l'amour rai-- ; sonné que tout mortel a pour lui-même, sur le besoin: constant qu'il a de ses semblables. Ses décrets, à couvert ^ des révolutions de la terre, des injures du temps, des caprices de l'usage, ne peuvent être changés ni abr 6 ffés.-^^ Le culte qu'elle prescrit n'est point une jaompe stérile qui ne parle qu'azea? yeuœ; ses dogmes ne sont point des ;^ spéculations vagues et sujettes à dispute ; il parle au cœur; ses préceptes sont d'agir en consultant la raison; : leur utilité se prouve à chaque instant. Egalement éloi-. gnée d'un enthousiasme insensé ou d'une ivresse sublime qui ravît l'homme au-dessus de sa sphère, ou de cet état : d'avilissement ou la superstition le précipite, cette Re^s " ligion, conforme à la nature de l'homme, ne prétend piEist!^ le dénaturer; elle lui laisse ses passions, elle les dirigeet les approuve quand elles le rendent véritablement heureux, elle les nomme des vertus quand elles sontutiles à ses semblables, elle les admire quand elles procurent l'avantage de la société. 2V>m* homme ver~ tueuœ en est le Prêtre, les erreurs et les vices sont ses victimes, l'univers est son Temple, la vertu est sa. Divinité.

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GHAPEEEE XIV ^ ^

DE l'influence Da LA> religion sur le bonheur DBS f.

individus; elle les rend très malheureux ,7

Nous avons examiné jusqu'ici les effets généraux de:., iâ Religion sur la politique et sur la morale ; il nous, reste encore à examiner la façon dont elle opère sur. les individus les plus soumis k ses lois> ou sur ceux qui sa - .piquent de lui être le plus inviolablement attachés. Voyons donc si dans chaque société les hommes les plus

< religieux sont les plus heureux ; assUrons-nous si les personnes les plus favorisées du ciel, les- plus dignes de .

■la complaisance du Très-haut, jouissent de quelques prérogatives qui les distinguent des autres.. Toutes les , Religions du monde ont eu pour objet de leur culte ; quelque Divinité terrible et malfaisante; si la: crainte enfanta les Dieuœ et leurs cultes au sein des malheurs,, ce fut la crainte qui fit durer leur Empire, et ce furent . dés calamités qui ramenèrent aux pieds de leurs autels les hommes que le bien-être en avait éloignés. Une épi^ demie, une famine, un tremblement de, terre, des succès malheureux, ont toujours suffi, pour replonger les nations dans la superstition; une maladie, des traverses, la mélancolie, ramènent souvent à la Religion les per- ; sonnes même qui semblaient s'en être détrompées pour toujours.

Gela posé, il est aisé de deyiner pourquoi la Religion;,^ qui n'est faite que pour réveiller des idées fâcheuses dans les esprits, et qui parle toujours sui» un ton lugubre des tristes objets qu'elle annonce, déplaît communément aux personnes enjouées, ne trouve point de prise sur celles qui se livrent à la dissipation et aux plaisirs,

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despassioiis^focigtieirses ou que liéat des habitudes î£r vétér^es ;: elle ne fait desr impressions profondes que sur des mélancoliques mécontents et malheureux^ que le' chagrin a mis au ton de ses leçons: sur des infirmes ,ef des lâches toujours prêts à tre^nbler, et que la raison ne peut point rassurer j sur dè^ Ehthottsiàstes dont Fimà-^ ginatîOTl trop active se pMt à s'égarer ; enfin siir deSv igttoraDttsi dont resprit faui ne se làissejtoint redresser par le jUgem^, et que rinhahitude de penser par eui:- , mêines reiid sùsc^pi;rblès de recévoii» les passions qu'on/ veut leur inspiipér. Beaucoup de giens d*esprit peuvent être îes' dupes de la Reli^îoni maisâ coup sûr ils maii- ^ quent è'é jugem^t an; moins sur cet article *.

L^'TBRREtTR étant la hase de toute superstïfioh^ ^oosr {: devons en retrouver les symptômes dans tous ceux qpi \ sont infectés dé cette dangereuse épidémie : nous yoypiis qu'elle remplit leur imagination de chimères effrajantes, ); dont ils' sont poursuivis sans relâche, et qui empoison- "; nent tous leurs plaisirs : nous lés trouvons agités, 4e 1 vains scrupules et tourmentés de remords pour les açr ' tiens ïesplus îndifférehtesi, dont sduvént la Réligiohdéur - ^ fait dès crimes impardonnahlés. En un mot le superstitieux peut être comparé à ces hypocondriaques, conti-nuellement alarmés de leurs maux imaginaires, et quly^ sans cesse inquiets d'une santé que rien ne senihlè.me- ^ nacer, voient du^ danger partout, craignent de rencon- ^. trér la nïort à chaque pas, et finissent par sfe rendre véri^ tablement maladies à torce d'inquiétudes, de méiancoUe ■ et de remèdes. \

1. Onieat toutsarpria d» voir wt grrail^ nondMre' de {personnes trèsr sensées ^ sur toute autre chose^. rcdsonner tPi^ mftl< oa.p^tôt:n.e:pom(i:Eais<iiui9r'^ du" tout dès qu'il s^àgit de, la Religion; on les voit m<^e. pouçl'ordinaû^e/ refuser d'éiciotttèr- lés raisons qu'on veut leur projaoser.. Cependant ce phénomène :ii!expUquè!p«r te fQree>de;l^dufcaMan,.{de rhabttudàïeidu' jwè-jagé. Gomment veut-on q^e des gens à qui l'on a'âltdè»l'en£anc&^^^qfiA ]^ ^. Religion est au-^es$usa'e la raison, ^qu'elle n'est point de son ressort, : . ^e.c'estun.crimed?^ douter oa.de la citer an -tribunal d'uneraison que l'on prétend eprromjvue; comment, dk-je, veut-on qn'ils .se;sçrY«nt-;<ÈEt la

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