‹ Le curé Meslier [microform]Chapitre 22 sur 29 · S ':. ' . ,CÉ",Q>UE SONT -LES PRÊTRES · texte numérisé non relu

S ':. ' . ,CÉ",Q>UE SONT -LES PRÊTRES

De tout temps le superstitieux fut à peu près 1^ même : les Dieux ont changé leurs cultes, se sont diversifiés, mais toujours le superstitieux a tremblé, toujours il fut ingénieux à se tourmenter, toujours il fit des efforts pour se rendre malheureux dans l'idée de plaire aux Puissances invisibles qu'il voulut honorer. « Celui, <Kt « Plutarque, qui craint les Dieux craint toutes choses^ « il craint la terre, la mer, l'air, le ciel, les ténèbres et « la lumière, le bruit et le silence, les songes, etc. : Içs «esclaves, quand ils dorment, oublient la dureté de « leurs maîtres ; le sommeil soulage les chagrins et les « ennuis de ceux qui sont dans les prisons et dans les « fers; les plaies les plus envenimées, les ulcères les «plus malins qui dévorent cruellement les membres « donnent quelque relâche à ceux qui souffrent pendant « qu'ils sont endormis... la superstition ne permet point « aux superstitieux de respirer; elle seule ne fait point « de trêve avec le sommeil; elle ne permet à l'âme de « prendre aucun repos, ni de se rassurer en se débar- « rassant des idées funestes qu'elle a conçues de son « Dieu. Bien plus, comme si le sommeil des superstitieux « était un enfer et le séjour des damnés, il leur suscite « des imaginations horribles, des visions effi?ayantes et « monstrueuses ; il leur montre des démons et des furies « qui tourmentent leurs âmes infortunées et les privent « de leur repos parleurs propres soûges, dont le supers- « titieux.n'a point le courage de se moquer, même «quand il est éveillé... La mort, dit-il plus loin, est la « fin de la vie pour tous les hommes, mais elle ne met « point fin à la superstition : elle étend son empire au « delà même du trépas; ses craintes sont plus longues « que la vie, puisqu'elle attache à la mort l'idée^ de mal- « heurs éternels... les superstitieux craignent les Dieux, « et néanmoins ils recourent à eux ; ils les flattent et les « accusent, ils les prient et les outragent... d'où il suit « qu'ils les haïssent ; ils ne peuvent avoir d'autres senti- « ments pour ces Dieux, vu qu'ils se persuadent qu'ils « leur sont redevables des plus grands maux qu'ils aient

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« endurés déjà» ou qu'ils s'attendent à souffrir dans la «suite. >

L'on ne peut rien ajouter aux traits vigoureux sous lesquels un des plus grands peintres de Tantiquité nous iJApiitre le superstitieux ; nous y retrouvons ceux des sitr perstitiôux de notre temps, ou de toutes ces malheu'-/ renses victimes de l'enthousiasme, de l'ignorance et dei là crainte, que la Religion rend les ennemis d'euxr mêmes. Lorsqu'ils ont une fois placé dans les cieuxdêi êtres malfaisants, par lesquels ils supposent la nature; gouvernée; dès qu'ils en font dépendre leur destinée dans cette vie et dans un autre, il faut nécessairement que leur esprit se remplisse.de troubles et de terreurs; ^ il faut qu'ils s'occupent sans cesse de ces objets imporrtants; ils rechercheront continuellement leur propre conduite, ils se feront peur à eux-mêmes; leur conscience alarmée sans cause, leur formera des scrupules y à leurs jeux prévenus les actions les plus naturelles et les plus innocentes se changeront en crimes, etleur ima^ gination leur montrera les bûchers éternels déjàprépa-^ rés pour les expier.

Ainsi le superstitieux, s'il est conséquent à ses prin? cipes religieux ou aux notions funestes qu'il s'est faites delà Divinité, doit vivre dans l'amertume et dans le» larmes; il saisit avec transport les pratiques les plus insensées qu'on lui propose pour apaiser son Dieu ; ses tristes jours se passent à expier des fautes souvent iina^ ginaires ; uniquement absorbé par ses devoirs religieux, il ne peut vaquer à ce qu'il doit à ses semblables, il se ferait un crime de perdre son Tyran un instant de vuef. Perpétuellement occupé d'un objet désagréable, non

1. Un Empereur Chrétien se croyait obligé de demander pardon à Dieu de tout le temps qu'il 6tait àses prières pour le donner au gouvernement de l'Etat. Une secte de Chrétiens, appelés ilfexsaKens, faisait consister la perfection à toujours prier. Les PrStres et les Moines Papistes, Japonais, Chinois, Indiens, Mahométans, ne- font que prier; ce qui suppose un Dieu qui ne sait pas ce qu'il leur faut, ou qui est assez -malin pour ne point vouloir l'accorder facilement.

\ s&vl&meut: ili devient iiiijMlé^md8ebc^irô> est' ïQëM^ habituelle le re nd farouche, insocîable : toujours ii^c^1tt-'> • tènt de:itti-méine, comiaeiit serait-il content des autreè? ^ Obligé par devoir de se relaser tous les plsaisirs et le» douceurs de la vie^ comiuent «'occup erait-ii de procUi^èt' ^ ■à ceuxt dont il est entouré des amuseniients qui dépMraient à son Bieu?. Enfin v forcé de se haïr lui-nïênifèî^ >aurait-il de l'a-ffection, de l'éndulgence, de la dottoeU]^' ] pour ses semblables^ et leuQp5p»rdonnerait41 des fautes qui lias rendent les objets de ia colère Bivine^ W©n^ le ■ superstitieux, toujours malËieureux^ au dedans de Mméme, ne peut souffrir le spectacle du bien-être^; les plaisirs; l'importuneat ■; la sérénité des autres doit elle- ': même l'offenser* et pour se rendre agréaible à son Tyran céleste^ il travaillé- sans relâche à se rendre in^ supportable à tous ceux qui l'approchenit.

Tels sont communément^ et tels devraient être toujours^ les effets de la Religion sur ceux qui, pénétrés '= de ses notions terribles, veulent être- conséquents àr leurs principes. Il est impossiible qu'an homme qui croit rson Bieu susceptible de colère, de -vengeance et de jalousie; qui l'a toujours, présent à l'esprit; qui voit ses jeux étincelants perpétuellement ouverts sur sisi^ 'Conduite;, qui s'imagine que l'on pieut Toffenser,. mêmef à son insu ei contre soninientian; qui pense que ce€)tett jalouxne veut point que le cœur se partage entre lui et ses créatures ;^ il esfe,.dis-je,;inip<fâsible qu'un tel homme se livre à la gaieté, se permette d'aimer ceux qui l'en^ ^ tourent, et s'occupe d^ autre chose que. du redo^taJ>le ArgMs aux regards duquel rien ne peut le soustasaire ; tout plaisir est interdit à on mortel,. qui ne voÉHce monde que comme un séjour d'épreuves, où il vit sous les lois d'un Maître, rigoureux, prêt à le rendre éternellement malheureux pour avoir transgressé ses voloattés captieuses et souvent inintelligibles; se Uvrer à la; joie,' en pareil cas, serait, le combla delà foliei^ le rireest: insensé sous un Biéu lugubre, chagrin, caprideux| it:\ «'offenserait, sans doute, de la gaietiô de ses esctoesi .

qu'iL p«ut,. à., chaque .iStStaiit eavoyec au sapp^ce,;, att. ' Dlem irî^e et . un déY&t gai .^ont des chos^es iucom]^- . tibles'*:

Il ne. faut donc point être surpris de l'extérieup . soml]^rer et sévère,! m , d© I'Imi'^^ï»^ atrabilaire que nous. ^ trouyoîis dans la plupart des hommes profondément?^^ infeçtés^àii venin de la. superstition; une Religioa affligeante est faite pour anéantir la. paix âel'âme. et t pour déclarer la guerre aux. plaisirs ;; U faut gémÎEjs souffrir et prier sous= un Dieu qui lui-mêaae a, donnée l'exemple des souffrances. De quel droit en effet la. ,créature coupable se dispenserait-elle de souffrir qua^dvson Dieu inhQcenf m cansenU, à sHmpioler jj^i'-MÈjas^.- C'est, sans doute, d'aprèSi ces principes que tousiçeuxi: qui se sont servis de là. ReUgion pour prendre de l!asr^ ; cendant sur les peuples^ ont çommunémept affecté une grande sévérité et beaucoup de mauvaise bumeur, que Ton regarda toujp,urs comme une véritable. perfectioUfi Plus une Secte; est rigide, plus une superstition est triste,, plus, elles en imposent au vulgaire, qui, les jage» avec raison,. plus conformes aux intentions de son Dieu . Un enthousiaste jT dont tout l'extérieur annonce rau&r térité, dont le visage: pâle et décharné porte Ji'empreinte ; de la pénitence, dont les yeux éreus'és paraissant ^ mouillés ;de larmes, dont la voix plaintive fait retentir ; sourdement les voûtes d'un temple obscur, est tEjès. propre;à remuer les. esprits; sa présence seule vautuu discours éloquent*

i. Lés^GErétiéns les- plus dévots sont ordinairement chagrins et méïancolicpies;- tout dmt ^continueirement les ramduerpà» la tristesse. Est-ilpermis d'être gai, quand on adore un Dieu flagellé,, couronné d'épines», crucifié? Apulée reproche aux Egyptiens leurs chants et leurs cérèmomes lugubres; leujî'0««r« fut* comme le: Christ, un Dieutcô» malheureux, etqui avait, essuyé 'hien^ des travers. L'^donts.des, Syriens- fut encore- ]Dqpi- Dieu malheureux, dont les tristes adorateurs se mutilaient et se déchiraient comme' lés ■ Prêtres de. 'Cyhële ou comme* les' Joghïs Indiens; Gvt comme les Moines Chrétien»: da^ïifisnïei

^'fdée . de Dieu doit perpétuellement, affliger celui qui le médite; «e Dieii eàt pour- lui un Lutin domestique {Oikeion Daimonion), dont Ù ne peutae débarrasseri;

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