‹ Le curé Meslier [microform]Chapitre 23 sur 29 · CE QUE SONT LES PRÊTÉES · texte numérisé non relu

CE QUE SONT LES PRÊTÉES

L'on se tromperait néanmoins si Ton s'imag^înait que la Religion dût agir de la même manière sur tous ceux qu'elle soumet à s.on joug; ses effets sont aussi variés que les tempéraments des hommes; une organisation heureuse l'empêche souvent de faire des impressions également profondes. D'ailleurs cette c7iimère se montre sous différents aspects, et chacun s'arrête à celui qu'il trouve le plus analogue à son propre caractère. C'est, sans doute ^ un bonheur pour les nations superstitieuses, qui ne rassembleraient qu'un amas de citoyens inutiles, sans énergie, haïssables les uns pour les autres, si leurs spéculations religieuses influaient sur tous de la même façon. Quoique les mortels, pour la plupart, n'envisagent la Divinité que du côté de la terreur et de la sévérité, il en est, comme on a vu, qui ferment les yeux sur ces qualités effrayantes pour ne fixer leurs regards que sur sa bonté, sa clémence, sa douceur ; tous les Dieux sont des JAJîUS, ils nous montrent deux faces; ainsi chacun choisit la face qui lui convient le mieux, et c'est toujours celle qu'il trouve la plus conforme à sa propre façon d'être. Un homme sensible et tendre ne se persuadera jamais que son Dieu soit inhumain'^ il l'aimera comme un père, il ne le verra point régner avec un sceptre de fer, ou muni d'un cœur d'airain; il sentira pour cet être, qu'il se peint sous des traits aimables, des accès de tendresse, de ferveur, de dévotion : si à ces dispositions il joint une âme douce et honnête, ses idées religieuses ne le rendront point l'ennemi de ses semblables; il aura de l'indulgence pour eux; en gémissant de leurs fautes, il ne se croira pas en droit de les en punir ou de les reprendre avec aigreur. Un autre, pourvu d'une imagination vive, d'un tempérament échauffé et d'organes faibles, aura des extases, des visions, des inspirations d'en haut, il croira de bonne foi aux chimères produites par les mouvements déréglés de son cerveau. Toutes ces différentes nuances font les dévots qï les enthousiastes. C'est surtout chez les femmes que la ferveur religieuse agit avecle plus de for ce \ la

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^faiblesse de leur organisation, leur timidité naturelle,- ' ' leur peu d'expérience les disposent à la dévotion^ et la •vivacité d'une imagipation que la réflexion refroidit ra- ',. remént, les expose plus souvent que les hommes aux dé- y ^ lires religieux *. . ^ <

Si la Religion s'empare de l'esprit d'unhomme ardent J' ou d'un sang bouillant, elle en fait un zélateur; si elle ;'^ opère sur celui d'un homme bilieux, sombre, mélanco- , lique, tels que sont pour l'ordinaire les méchants tourmentés des remords, elle le rendra lâche et cruel ; Isi trahison et le crinie nelui coûteront plus rien dès qu'on lui promettra l'expiation des forfaits 'dont l'idée l'importune, ou dès qu'on lui montrera sa grâce écrite au ciel. : Ce sont ces dispositions qui forment des fanatiques y des persécuteurs, des assassins iT^aoe de nouveaux crimes ils espèrent obtenir le pardon de ceux dont le souvenir . vient troubler leur repos.

La Religion n'a pas le même pouvoir sur les hommes; d'un tempérament flegmatique ; ceux-ci sont trop tièdeSr pour elle, il lui faut des sectateurs zélés ; ce n'est qiie sur des âmes ardentes et susceptibles de passions fOrtés qu'elle agit fortement. Les détails de la stiperstition sont infiniment variés: le merveilleux qui lui sert de b3ise, fournit nue pâture continuelle à l'imagination ; voilà, sans doute, pourquoi la dévotion remplace si souvent les passions frustrées et malheureuses ; elle s'em- .

1. C'est surtout parmi les femmes que l'on voit des Inspirées, dés Dévotes, des Illuminées. Les révolutions fréquentes qu'éprouve leur mefchine les rend susceptibles d'es.tases, de visions, de mouvements convulsifs que l'on prend pour surnaturels. C'était une femme qui rendait les oracles à Delphes, f^elleia, selon Tacite, réglait les entreprises des Crermains, qui respectaient beaucoup les f:!mmes, parce qu'ils leur suppôsaient le don de Prophétie. Bien des Chrétiens ont eu les mêmes idées : ils ont fait des âidntes et des Prophetesses d'un grand nombre de femmea hystériques, mélancoliques et visionnaires, qui souvent se sont crues des Inspirées, et l'ont fait croire à d'autres. Il est bon de remarquer que ce fut à l'instigation des femmes, que presque tous les Rois du Nord et de l'Occident ont embrassé la Religion Chrétienne. Dans les querellés reli- S^Qses, les femmes sont les plus &cres et les plus obstinées parce que ce sont elles qui sont le moins au fait de la question.

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