CHAPITRE PREMIER
ORIGINE DE LA SUPERSTITION ; LA. TERREUR EN EOT:^ J -* - TOUJOURS; LA BASE : if^
Primuis in orbe Deos feeit timor --r.^^v
L'Homme n^est superstitieux que parce qù*il est cràin-rl '^ tif ; Une craint que parce qu'il est ignorant. 5^
É^ute dè^ (Connaître les forces de la nature il la sup^^-J^ pose soumise à des Puissances invisr&ïes", dont il ci#ft> ^ d'épendire, et qu'il s'imagine ou irritées contre Itfi'Oil ^ fàrorableff â son espèce. En conséquence il se figure des rapports entre ces Puissances et M; il s^e croîÉ 5 tantôt Tobjet d^ leur colère et tantôtroïrjet de leur tén- . , d^e^se ou die leur pitié ; son imagination travaille p6ni*; trouver lés moyens de les rendre propices ou de dëjfour^-^ -^ nier leur fuiréur; mais comme elle ne peut jamais Ihr montrer dauff ces Dieux que des hommes' exagérés ^esrapports qu''iï suppose entre ces êtres invisibles et ïuî^ '^ même' sont toujours bumains^ et la conduite qu'il tient à ;• leur égiard'ést toujours empruntée de cellW que tfenireht y lès Hommes, lorsqu'ils ontâ traiter avec quôlqu'^tre de , leur espace dbntils craignent la puissance ou dontila
l^piiiie Ibis trouvés, l'homme se comporte envers soiïI)ieu [vSJèoniimô l'inférieur envers le supérieur, comme 1b J4^;^ujet envers son souverain, comme le fils envers son ^^ère, comme l'esclave envers son maître, comme lé ï;^ Vfeible envers celui dont il craint le caprice ou le pou- ' y yoir. D'après ces notions il se fait des règles^, il se trace :|0un pîan de conduite accommodé aux idées agréables ou JT terribles que son imagination, guidée par son tempé- Ji rament et ses circonstances propres, lui donne de i- l'être invisible duquel il croit dépendre. Ainsi son culte, ;|/ c'est-à-dire le système de sa conduite relativement à j ; 'Dieu, est nécessairement conforme aux notions qu'il s* en /est faites, de même que ce Dieu lui-même a été formé -sur sa façon propre de sentir. Lorsque l'homme a souf- ^>î&rtàe grands maux, il se peint un Dieu terrible devant C lequel il tremble, et son culte devient servile et peu -^^ lorsqu'il croit en avoir reçu des bienfaits, ou
■lorsqu'il s'imagine être en droit d'en attendre, il voit son Dieu sous des traits plus radoucis, et son culte ~ devieut moins abject et moins déraisonnable. En un mot .s'il craint son Dieu, il est capable de tontes sortes d'extravagances pour l'apaiser, parce qu'il le suppose ; vicieux, méchant, mal intentionné ; il a plus de confiance en lui et lui. rend des hommages moins abjects - d'après les vertus etles bonnes qualités qu'il lui attribue ou qu'il désire trouver en lui, et d'après les faveurs - qu'il croit en avoir reçues ou qu'il en attend par la suite. Tous les Cultes ou Systèmes Religieux de la terre sont fondés sur un Dieu qui s'irrite et qui s'apaise. Les hommes sont exposés à éprouver des calamités, et dans d'autres circonstances ils se trouvent dans une situation plua heureuse qu'ils attribuent également à cetÊtre ; ainsi son idée frappe diversement leurs imaginations ; tantôt ; elle lés effraie, les afflige et les jette dans le désespoir; tantôt elle excite en eux l'admiration, la confiance et la reconnaissance ; en conséquence les cultes qu'ils rendirent à cet Etre se ressentire^nt des passions ou
:p5;^gfmçfi^KE^giiîq^g£;^^
de laiiâtuiNSip^attàiitM^
ilfkit Fobjetdès^ ciraintes et tantôt celui des ésp^i^àii^^g et de Tamour ; tantôt il fut un tyran redoutable pouy^^^g esclaves, et tantôt il fut un père tendre qui chéris^àitj^^ enfants. Gomme la nature n'agit point d'une façojtt5iJïi||ri forme dans lès effets que nous éprouvons de sa partv^i^g Dieu ne peut avoir une conduite uniforme ou qui ne^f;^ démentît jamais ; le Dieu le plus méchant, le plus, susl^f^ ceptible de colère, eut quelques bons moments; le D^eut le plus rempli de bonté eut nécessairement des momciït^ d'humeur dont les hommes se crurent les objets. -.'Z-^'^^,
C'est dans cette conduite changeante etpeu soutenui^ll de la Divinité, ou plutôt dans les variations delà nâUii'è^^' que nous devons chercher les causes des inoyens à^ opposés, et souvent si bizarres et si contradictoires, quà.g nous voyons employés dans les cultes divers, et son^n||r^ dans la même Religion; nous trouvons les naortels tau-^v^^ tôt occupés à rendre des actions de grâces, se livrant à i;^ la joie, témoignant leur gaieté par des fêtes riant<eai;7g tantôt, et plus souvent encore, nous les voyons ploiigéfe dans la tristesse, n'osant lever les yeux vers la/ ciel^ ; J occupés d'expiations, de sacriâçes, de cérémonies (jjiitf annoncent la consternation la plus profonde et des e^rt^ ;^ pour apaiser le courroux de la Divinité. C'est ainsi?: que toutes les Religions du monde ne sont qu'un inéf ^ lange périodique et continuel de pratiqués qui lioùS:^ décèlent les idées vacillantes que les hommes se sont >> faites des objets de leur Culte. ,7
C'est encore à la même cause qae Ton doit assigner la v diversité des opinions que les différents individus des, mêmes sociétés, quoique sectateurs du même culte, se font et se feront toujours sur le Dieu qu'ils s'accordent; à servir : les uns ne voient que le Die[U terrible, les. autres ne voient que le Dieu bieiafaisant; les unà' tremblent devant lui, les autres s'efforcent de raimei; les uns se déâènt de lui, les autres ont en lui la cbnûance la plus entière. En un mot chacun dans ses idées suit son
-^cofistàncesv et tire des iiïdttclioas' à?vafnt»gew^ S»^
'/nuiàitesprourlài-m^me ou pour
. ;qn'il S'ést fait sut son Dieu. L'un tranii de frayetiif gémît
, raux pièds' de ses^ autels pour implorer sa pitié, l'autre M^
"^ montre une tendresse affectueuse et le remercie de^ sési bontés; Tun se persuade que ce Dieu se pMît à touîpmonter lès humains^ et à les Toîr dans le» larmes ; en -conséquence il s'afflige, il s'inquiète, il renonce aux plai« sirs ; l'auËpe, moins pusillanime, se persuade qufun Dieu bon ne peut désapprouver qu'on use de ses l^enfsdls; : l'un croit son Dieu colère et toujours prêt âr frapper,
. Tautre le voit plus Indulgent et prêt à pardonner ; l'un, plongé dans la mélancolie, le cîiagrin et les infirmités, s'occépe sans relâche de; son Dieu désolant ; l'autre, plus gai, pltis dissipé, plus distrait par des affaires, n'y songe* que rarement et cesse bientôt d'y penser : que dis-jfel dans le courant de sa vie, le même homme n'a point constamment la même idé e de sonDieu ; sa notion varie dans îà santé^et dans là maladie, dans la joie et l'adversité, dans la sécurité et dans le péril, dans l'enfance, dan» la jeunesse ou dans l'âge des passions, dans l'âge mûr, dans la vieillesse. Gette notion varie encore selon les états ; les pei^onneS' les plus exposées aux entreprises périlleuses «ont communément les plus sujettes à la superstition. Le inal fait toujours sur l'homme des impressions bien pluis; fortes que le bien ; ainsi le Dieu méchant l'occupe bien
~ |>lus que le Dieu bon. Yoilà pourquoi l'on voit dominer
.une teinte lugubre et noire dans toutes les Religions du monde. En effet nous voyons partout la Religion disposer
, les mortels à la mélancolie, les rendre sérieux, les porter à fuir la joie et les plaisirs, et souvent leur faiipe
--embrasser le genre de vie le plus d-ésagréable elle plus •opposé à* leur nature. Dans tous les climats de lia terre nous nous apercevrons des preuves de cette vérité, nonsi trouverons- que le nom de Dieu rappelle partout à la tris^tessé ceux qui s'en occupent sérieusement, renouvelle
..sans cesse en eux le sentiment de lia= frayeur, et nour*
raÉék qtti c^^^ :^èiàtoti£ fait songer ànr BrtmfÉl^^^^^J iniàgîiïèp: des mcrj^ dé les apàîsèr. l/hàmia^^^^ sùpei^stitièàx'parôe qu*iî est ignorant ettimid©ril:it^|t||3 pom^ dé inortei qui n'iéppouvedes^ peines r il n*esï^p;OTi^i dé nation qnf n'ait' essuyé des revers, des désasti?ésv|^êiîg|| infortunes ; on lîes prit toujours pour des* marque? di?^^ coféré du Cieï faute d'en connaître les causes nature^ei^Jll Âiccoutumés à regarder les Dieux connue^ ^s àtatentsiSÊiM;^ toutes choses, ce ftit â eux que les peupIes's'àdressèMtf 5! pour faire cesseHes maux qui lesaffligeareut; ÏIs se soùè;^#^ mirent indîstinctenïent et sans examen â toTisLÎiàg^ moyens^qu'én: leur présenta soit pour leff rendis fî^^^^' râblés, soit pour éicarter lenr courroux : Fïïoimn^^l stnpîde et trduî>I(é est dans une incapacité totaïer de rîéirv ^ examiner; Ne soyons donc point étonnés si ^ous'yoypiis'^^^; partout lia race humaine tremhler sous des Dieux cruéls|l|^ frissbriner à leur idée, et pour les désarmer se sbiri^^l^;' mettre à miHe inventions dont le bons» sens &^ïIlâIg^éJ^^^
En effet, sur quelqjie portion de notre glohe que kous';ji; portions* les yeux, nous voyons les peuples infectés de /J superstitions, conséquences: dé leurs craintes et dé: l'ignorance où' ils sont des vraies causes de leurs maùx.:~ Leur imagination troublée leur fit adopter sans réflrexicaï-v les cultes qu'on leur annonça comme les moyens les plus sûrs d'apaiser les Dieux", auxquels la fourberie ijoiputa. toujours lés malheurs du genre humain. Tout homineT. qui souflBre, qui tremble et qui ignore, est exposé à la^' crédtdité ; privé de ressource en lui-même, il donne^ia , conâknce à quiconque lui paraît plus instruit et moins ^ effrayé que lui, il lie regarde comme unétrepri^égiéj:' favorisé du ciel, capable de ié consoler et de remédier; à" seff^ peines.
Att milieu des nations consternées,, soufltantés et d|§iiuéés d'expérience il se trouva des ambilîèttx,; dès eù^busiastbsou des fourbes, qui, profitant de rignorance
^|î||Môe de l^UM ^oncit^
^féiiM^ïdamités, lents craintes e^ leur stupiditéyi'aliir^ ^^^icdïleur confiance, parvinrent à les subjuguerj et leur ^jirènt adopter leurs Dieux, leurs opinions et leurs cultes. . |;|tto mortel plus intrépide, plus éclairé, plus rusé, o« ^^^ (d'une imagination plus vive, prend un ascendant nécësr;-;sâire sur celui qui est plus faible, plus timide et plus ï simple que lui; l'espoir de trouver des ressources et .-/^d'adoucir la rigueur de son sort attache le malheureux à -• ■ son j^iiide, il s'adresse à lui comme l'on a recours au ^-^prémier Charlatan dans les maladies désespérées. Celui ■:S qui souffre ou qui tremble croit tout, consent à tout, > pourvu qu'on lui promette de soulager ses peines, f/^qu'on fixe ses incertitudes, et qu'on lui fournisse des ;.' moyens de se spustrairç aux malheurs quiTaffiigent ou ;fj|u'il craint. Voilà pourquoi tout homme qui pâtit ou qui ir est dans l'inquiétude, est toujours disposé à se livrer à la superstition ; c'est surtout au sein des calamités publi- ; ' ques que les peuples écoutent la voix des imposteurs qui ieiir promettent des remèdes ; c'est lorsque les nations y sont consternées que les Inspirés, les Prophètes, les ; Illuminés et les Ministres des Dieux deviennent tout -; j)uissants; ils triomphent toutes les fois que les hommes ^ .sont infirmeSj affligés, mécontents et chagrins. Les mala- ' dies et les revers livrent chaque mortel à ceux qui lui parlent au nom de la Divinité ; c'est près du lit d'un moribond que la Religion est sûre de remporter des victoires complètes sur la raison humaine.
Rien n'est donc plus naturel que de voir Timposture --: triompher de la crédulité ; l'expérience, l'adresse et le génie donnent à quelques hommes un pouvoir sans ^ bornes sur des nations ignorantes, consternées et plongées dans la misère. Le vulgaire, semblable à un troupeau timide, se rassembla près d'eux, reçut leurs conseils et leurs leçons avec avidité, souscrivit sans examen . à ce qu'ils voulurent lui commander, ajouta foi aux merveilles qu'ils débitèrent, en un mot reconnut en tout leur supériorité; ceux-ci d'ailleurs s'attirèrent communément
esprits parles œuyi^sqtf ils ne^
souvent les; enchaînèrent par la reconnaissance. :T6viS^ ceux qui donnèrent des Dieux, des lois, et des xîUKiBs:;?^^aux hommes, s'annoncèrent communément par desvjdé^'^^^ couverteâ utiles et merveilleuses pour des ignorantssiïsÉ;! s'insinuèrent dans leur confiance avant de leur cpin^,ï|| mander ; ils leur firent espérer la cessation de leurs ||c maux ; mais pour conserver leur empire, ils jugèrejait xi^ qu'il était important de ne jamais hannir leurs inquîé-i^;;^ tudes ; ilslestinrenttoujours flottants et suspendus enti^^l: l'espérance et la crainte ; ils prirent bien garde dé-^n^^ point trop les rassurer : au contraire ils eurent soin;i%^ renouveler fréquemment leurs alarmes, afin d'en der^5\ meurer les maîtres, par là les Législateurs assurèrenti^^leur pouvoir, ils le rendirent plus sacré en montrant Ù ^ leurs disciples un Dieu terrible toujours prêt à pumr ^^ ceux qui refuseraient de plier sous leurs propres volontéar^V } la cause du Législateur fut toujours celle du Dieu,d6nï;?c^ il fiit l'Interprète et l'Envoyé.
Ainsi des imposteurs, identifiés avec la Divinité, exer^^l^^ cèrent le pouvoir le plus absolu ; ils devinrent des des?? -^ potes et régnèrent par la terreur ; les Dieux servirent^ à justifier les excès et les crimes de la tyrannie ; l'on fitk'^' des tyrans de ces Dieux mêmes ; l'on ordonna le crime- ^ et la déraison en leur nom, et les menaces dueielvin-> rent à l'appui des passions de ceux qui annoncèrent sèa • décrets aux mortels ; on fi^t entendre à ceux-ci que la^ ;: nature entière, armée par des Dieux jaloux, était con-jurée contre eux ; que ces Dieux puissants, semblables!/ : aux Rois de la terre, veillaient sans cesse sur la cqnvf : duite de leurs sujets, et se tenaient toujours prêts fe punir avec fureur les moindres désobéissances ou -les; murmures contre les décrets annoncés de leur part. Ou prétendit que ces Dieux, travestis en Rois ou en Tyrans^ étaient comme eux avides, bizarres, intéressés, envieux des biens de leurs sujets et de leur félicitéj: on supposa;:
P^mniS^:^,-~^-',:^^-^.<:::'>^i^ms^^i£^^
mmmm^'i':-^'--^-' :u-qe:
^|i!^sât'dë:s^vo^x, et ne soufÈraiënf ijoîtft qûè l*6i*nég^ j^g^tle qérétaônîal et rétiqtretté dont leur orgae^étiènt - flf ttè. Les interprètes de ces Rois invisMes' firrentiséiïîsr ^^n. fait de ces choses dont ils etfrent Soin de faire de frèsprofonds mystères ; par là ils devinrent les arbitres de la conduite qu'on deyait tenir à leur égard;; eux seuls ■«ayaîènt l'intention de la Divinité, la voyaient face^ à' ikee, joittissaient de sa conversation familière, recevaiient directement d'elle-môjoie ses ordres et la méthode qu'il' fallait^ fiuîvre pour mériter ses grâces ou pour apaiser son cour- }roux.
Pjrévenus que Dieu est un Monarque puissant, intéressé, jaloux de- son pouvoir et prorapt à s'irriteri ley A ^tsîoaanes se comportèrent toujours à son égard comme «iiyërs les souverains de la terre j cet Etre fût toujoura traîifé en homme ; mais cet homme fut un homme privilégie : sa puissance le mit au-dessus des règles ordî- . nàiresi iï ne connut de loi que son caprice, il fut un vrai* Sultan d'Asie, et ses Ministres des Visirs, aussi despotiques que lui. En effet nous voyons ({ViQ toutes les Religions du monde n'ont peuplé l'Olympe que de Meux pervers, qui remplirent la terre de leurs dérèglements, qui se firent un jeu de la destruction des humains, quigouvernèrentrunivers d'après leurs fantaisies' insensées. Accoutumées à croire que lalicence doit être le partage du pouvoir, les nations crurent qu'à plus forte raison tout était légitime dans les Souverains célestes qu*elles* Âdcoaient. Elles ne virent donc dans leurs Dieux que des Maîtres licencieux à qui tout fût permis, qui se jouareiit impunément du bonheur de leurs sujets, et dont ceux-ci' de pouvaient sans crime ou sans danger critiquer làconduite. Ces funestes idées, empruntées de l'affreux despotisme, rendirent tous l'es cultes serviles, abjects j déraisonnables, et firent des Dieux les Etres les plus" contraires à la morale, les plus grotesques, les plùs' destructeurs de toute vertu.
dès ppésent^ à îa corrompre par dès offràndies, â ïstW&^J^^§ cfiir par dëspnêreà. Gomme les Rois, ainsi que lesàuhes^^M hommes^ iCagissent que par intérêt, conmie le désir dé^^^'j s'iapproprïer les biens et les frurfe du traT^il dés àitfpigg-^'^ est communément le grand mobile de ceux qui gofe ?g verhent^ oii pensa que le Roi du monde devail? èxrjg^CiJ des^ tributs, enviait lès possessions de ses faibles créa^^^^c turès, était jaloux de leurs prospérités, regrettait mâiii^|^v^ les avaarfagesqullleur avait procurés, en un mot; avi^- |fï le caractère d*un monarque fantasque qui reUraat;S^^ d'une maiir ce qa'il donnait de l'autre; Toutes 1^ ReÈb- %-| gions, en conséquence de ces notions bfearirés; pnt^ JH représenté leurs Bîeux divers comme avides, intéressi^ '^ ^^ gourmands^ sensibles aux-mets choisis^et à la fumée d^es-v^: viandes^ Ainsi pour contenter les goûts de la lî^vinitéi; ' î ^^ pour calmer son envie j pour alnnenter sa paresse, poror?-' assouvir sa faim, chacun M fît le sacrifice d^une poîrtiott^/ r de ses biens ou de sa félicité, et la régala des mets e^' p^: des parfums qu'ir jugea les pïus propres à flMteTsOii^ : ■ palaisou son odorat. î
Les traits effrayants sous lesquels les fondateurs desr: ^ ^ différentes Religions du monde peignirent lôuî^ Diviiiir" -^0 tés, dû/'ent nécessairement rendre lés hommes sangicri- - v naires ; des Dieux méchants et cruels ne durent point .' avoir des sujets humains et pacifiques. Lés hâtions ^'accoutumées à ne voir dans leurs Dieux que dès monstres ' altérés de sang, ne tardèrent point à croire que c'étîdt par le sang qu'il fallait les apaiser; elles pensèrent que c'était les servir suivantleur goÛtque dé leurimmo- - 1er des hommes, d'exterminer des peuples pour leur , plaire, de tourmenter, de persécuter, de détruire en leur nom. Ainsi le sang humain coula sur tous les autels, les sacrifices les plus barbares,, les plus révoltants, les plus douloureux furent censés les plus agréables pour des Dieux anthropophages ; despeuples se fîrentùn devoir dé
ÉiÉ^iasïéi*la/I)iyihitéparî;des^M
ïnès *^; ; d'autres l'apâisèirentpâ^r le sang Idôrlèni^dRôis
-marnes ; des mères, enfin, des mères! arrachant des enfants de leur sein, les donnèrent en repas à leur.Diëu. A forcé
■de méditer un Dieu terrible et de raffiner sur lés notions dé sa cruauté, des nations éclairées sont parvé-. nues jusqu'à cet excès de folie, de croire que le Dieude riinivers avait exigé la mort de son propre filSy et que ce ne fut qu'à cette condition qu'il consentit à pardonner au genre humain ; il ne fallut pas moins que la mort d'un Dieu pour apaiser sa colère! Ce fut là, sans contredit, le dernier pas de l'extravagance théologique; il est difficile d'imaginer qu'elle puisse aller au delà. .Telles furent les suites des idées fâcheuses que les inations se formèrent de leurs Divinités. Leurs Legisla-? téurs les ayant représentées sous les traits de la folie et 4e la méchanceté, les hommes se conduisirent à leur
: égard comme des esclaves égarés, qui pour complaire à leurs maîtres tâchent de deviner et de servir leurs fantaisies, adoptent aveuglément leurs passions, et se font unmérite de se rendre les complices de leurs dérèglements. Voilà comme en partant du principe que Dieu était souvent irrité contre le genre humain et la cause de ses maux, les nations se soumirent à des pratiques aussi abominables que bizarres, et peu à peu se persuadèrent que ces cérémonies insensées pouvaient être méritoires, que la barbarie religieuse et la folie sacrée tenaient lieu de raison, de bon sens, de vertus. En con-. séquence les caprices et les passions des Dieux furent secondés par le délire ; leur culte devint souvent d'une atrocité capable de révolter les cœurs les plus endurcis. L'aspect de la terreur fut celui sous lequel les mortels.
1. On a fait l'horrlhle calcul des rictimes connues du fanatisme, qui monte à trente-trois millions quatre-vingt-quinze mille deux cent quatrevingt-dix hommes, femmes ou enfants. N'est>on pas tenté d'exécrer son espèce quand on songe que l'histoire des tigres n'offrirait rien de plus horriblement féroce ! Et encore les tygres ne se dévorent pas l. .•
'céleëte; 0B fu^aftissi, comme^bn a^ oèttil Jla^
qjtie les Législateurs eiirènt soin de lé pi^sentei^v:!^^ sentirent qu'un Dieu terrible était bien plus conyenabjte| .àleurs intérêts, plus propre à rendre les peuples souple^^ qu*unDiéu bon et fecile dont onse serait trop aisémen^B^ permis de violer les décrets; si Ton attribua de la bdnt^"^^ ce Dieu, elle fut prudemment contrebalancée par une S(è-î^% vérité toujours inquiétante et capable de fixer rattention^g C'est ainsi que les Dieux, après avoir été enfantés pair. -a la crainte, furent encore rjendus plus effrayants p^îa^.y fourberie des Législateurs, qui se sentirent intéressés à^5i^ nourrir et à perpétuer la terreur dans le cœur des^^ bommes; le fruit de cette affreuse politique ne fut point v? de les rendre meilleurs, de les attacher à la vertu, dè^ leur faire observer les lois de la nature, ce fut de les 1" rendre plus soumis à leurs guides qu'à la raison, de les ^ avilir, à leurs propres yeux, d'étouffer en eux toute ;' énergie, tout courage, tout sentiment de dignité. Cresif en écrasant les hommes à force de terreurs; c'est en leur ^ remettant sans cesse sous les yeux des objets propres à > les inquiéter ; c'est en troublant leur entendënient ; c'est en irritant leur curiosité sans jamais la satisfaire; c'est, en parlant à leur imagination et en faisanttaire leur rai'' -2 son, qu'on peut en faire des esclaves et les retenir éter-"'>^ nellement sous le joug. ^^
On nous dira, peut-être, qu'en présentant un Dieu \ terrible aux bommes, des Législateurs éclairés crurent j avoir trouvé le plus puissant des motifs pour les enga-I ger il vivre entre eux d'une manière raisonnable : mais pour rendre les mortels raisonnables, il ne faut point j les tromper, il ne faut point les forcer de renoncer à la raison, il ne faut point leur dire qu'il existe des pré- : ceptes plus importants ou plus saints que, ceux de la " nature : il faut leur montrer la vérité, leur faire sentir les rapports qui les lient les uns aux autres : il faut leur donner une éducation et des lois qui les. invitent, les
p^5i|^mè à la natur^^ Ê^ jxuyjçnle pftis sïÉr â^gapier iês^ "^ibmmeè et de les rendre méGhaidsl c^ de les rendre p^^*î^2dfe5, c'est de leur cacher ou dé leur déguiser' là "^^j^ÉRJTEy de leur interdire rusa:ge de la raison et^ dé iètiï^ ^l^^^dbhner ensuite le crime au nom du Ciel.
£,] Ge'futlà route que prirent tous ceux qui apportèrent. ^ î^ies piêUx, des Religions et des Lois aux nations. Loin V'vdé les éclairer et de former leur esprit, loin de leur
- '' eîQseigner la vraie motale\ loin de leur apprendre les i/;^ 5^es de la nature, ils ne leur parlèrent ^e par des 1'^ ïënigmes etaes allégories; ils leur présentèrent des mys-
i^^ ne les entretinrent que defablesy ilsredou-
^ s lièrent autant qu'ilfut en eux leurs incertitudes, leurs ■f ; einBarras et leurs craintes, et se firent surtout un dièvoîr .4e 116 jamais développer leur raison.
; Par cet indigène abus de la confiance des peuples, . ;ceux«ci n'eurent qu'un esprit de servitude ; jetéï dans' ' liné perplexité continuelle et dépourvus des moyens de. , s'en firér, ils furent toujours à la merci de leurs guidés, qui, sans principes de morale, étrangers à la vertu, V assurés de l'impunité, furent avides, inhumains et men- . teùrs, rendirent au nom du Ciel les nations complices de "i leurs excès et les instruments de leurs passions.
L'ignorance et la crainte sont les deux sources fécondés'
f. -des égarements du genre humain. lï n'est dôncpqfnt
' surprenant que des Divinités enfantées au sein des .
alarmes et des malheurs, et rendues pl^s hideuses encore
- par rîmposfure et la politique, ai'ent porté- les hommes
peu à peu aux affreux délires. SMa terreur, présidant à
là formation des Dieux, empêcha ïés hommes de rai-:
sonner, si Fignorance des forces dé la nature ne leur
permit pas de reconnaître ses effets nécessaires d'angles
révolutions et les désastres dont ils furent effi*ayé's, il
^ fallut nécessairement que les moyens qu'ils imaginèrent
pour détourner ces maux et pour apaiser les^ puissances
- auxquelles ils les attribuèrent, fussent aussi bizarres et ■d'éraisonnabies que les Dieux qu'ils s'étaient formés'.
crirelff • et éxtraç^gànts. Le raisFaimème tf èat poœll^â^J 1 fil pour se g:arfe toutes' les fois qnll fôt quèstioii^cfë^|;Ç iàiiiàti^nàss ë Ik formation desquels^ la raîsdi^^
n^âîÉ point etf de partv Eu^ conséquence^ là nature èfî€fjy| boir sens furent' outragés dans presque tous lé^ ëiilt«|i5^;| que l'on rendît aux puissances invisibles auxqueUe® bit/'^ crut la nature subordonnée. Si le malheur, la faibless^^V ; ■ Tinexpérience disposent, comme on a TUy l^ommèà^v^'^ crédulité, l'autorité, la confiance, Thabitude et Fîtfeiftié^;^ rattachent il des opinions et à des usages qu'il n'^ajaiiïai^"f7j pu, nr osé examiner ; ainsi, sans s'en apercevoir; iî^^fe^? remplit Je préjugés: accoutumé à: ne jamais consultersâ^^' raison, iF devijent le jouet de sa propre démence oit (tèr^?^^ celle des autres, et l'on ne peut prévoir jnsqu'oii Tavëii-^ .glenrent et la déraison le porteront. Les conséquencejrr' d'une erreur quel'on regarde comme importante etsâcréef|j!; doivent être aussi variées qu'étendues. ' ï