Arière s'en repairent
Le val de Josaphas, droit à Sainte Marie
Là où li mère Dea fa morte et sépélie. (11,559, f* 137 recto.)
Le tombeau de la Vierge et l'église Sitty Mariam sont situés sur un plateau à gauche du Cédron, et au-dessus de la porte Dorée. (M. de Saulcy, Voyage en Valestine, t. II, p. 126.)
«>6 CHA?«SONS D'âNTIOCHë ET DE JÉRUSALEM.
eu prirent uii plus grand nombre. Enfin, Foodier de Chartres, Albert d'Aix et Guillaume de Tyr racontent que Gaston de Béziers, surpris avec- trente hommes dans la vallée de Josaphat par un détachement de Sarrasins, fut sauvé lui et le butin qu'il avait ramassé par Baudouin du Bourg et Tancrède qui revenaient de Bethléem avec cent chevaliers. Telle est l'escarmcmche transformée par la tradition populaire en une grande bataille où figurent tous les héros dont la mémoire lui est chère I Ces favoris de la légende ne devaient ils pas être présents partout où il y avait des dangers à braver et de la gloire à recueillir?
Les historiens avaient aussi parlé d'un combat livré près de Ramleh aux Turcs d'Ascalon, combat où périrent Acharl de Montmerle et Gislebert de Trêves, vengés bientôt par Thomas de la Fère et Baudouin du Bourg qui rallièrent les chrétiens. Cette maraude insignifiante devient dans notre poème une véritable expédition dirigée par Boémond. Jaloux du butin recueilli par ses compagnons d!armes, il part la nuit même de la bataille de Josaphat et s'avance jusqu'en vue d'Acre en dévastant le pays. Arrêté par les Turcs d'As« calon au sortir de la forêt d'Arsur, dans la plaine de Saron, à peu de distance de Lydda, il remporte une victoire complète grâce à l'intervention de saint Démétrius, de saint Denis de France et de saint Maurice d'Angleterre, qui fondent avec une légion d'anges sur l'armée musulmane. Boémond fait vœu, sur le champ de bataille, d'établir à Lydda un évêque et vingt clercs en souvenir de sa victoire *.
La fantaisie qui règne en souveraine dans le récit de ces
1. Cette circonstance suffirait pour nous décidera regarder les treize couplets non remaniés comme une interpolation postérieure à la composition de la Ckansm de Jérusalem; ils mentionnent, en effet l'installation deTévëque de Lydda, Robert le Normand, que les chrétiens y laissèrent au mooient de leur passage dans cette ville et avant d'arriver à la Mahomerie, ce qui rendait tout à fait superflu le vœu de Boëmond.
premiers combats n'est gaère moins évidente dans l'émimération des positions qne le trouvère assigne aux croisés autour de Jérusalem et qui ne concordent nullement avec les renseignements fournis par les témoins oculaires. Il en est de même du premier assaut tenté par les chrétiens et re-» poussé par les musulmans. Les souvenirs de la Chanson cTAntioche et les légendes populaires y tiennent beaucoup pbis de place que la tradition historique.
Nous voyons figurer au premier rang, comme le conseiller des croisés, comme leur guide spirituel et le digne successeur d'Adh^ar de Honteil, l'évêque de Mautran ou de MartoranoS p^*sonnage équivoque que Raoul de Caen repré* sente comme un demi-savant à peine supérieur aux ignorants, Raimond d'Agiles et Guillaume de Tyr comme un fourbe et un artisan d'intrigues.
L'homme dont l'intervention dans le conseil des barons fait décider l'attaque et qui devance les plus braves à la tète de sa bande déguenillée, c'est le fameux roi des Tafurs, un des favoris des diansons de gestes. La Chanson tfAntioche en avait aussi pa<rlé avec une certaine prédilection, mais en lui assignant un rôle plus humble et plus conforme à celui que lui attribuent Guibert de Nogent et les autres historiens. Ici, le roi des Tafurs n'est pas seulement le chef d'une horde de truands intrépides, mais indisciplinés, pillards et anthropophages à l'occasion, qui déterrent les corps des Turcs pour les manger et qui intimident par leur insolence les chefs les plus illustres. Ce ribaud, avec sa couronne de feuilles et son sac troué qui lui sert de vêtement est devenu l'égal des héros de la croisade ; il est à l'avant-garde dans tous les assauts, il est le mieux faisant de toutes les journées ;
1. Daos la table de la Chanson d'Antioche, t. H, p. 347, M. Paulin Paris écrit : « Martrao ou Martorano choisi pour remplacer l'évêque du Puy. » — Mautran n'était pas le nom de Tévèque, mais de TéVèché.
ce n'est pa$ Godeffoi de Bouillon, c'est lui qui entrera le prunier dans la ville sainte, c'est lui qui, après l'élection de Godefroi, posera la couronne sur la tète du roi de Jérusalem I Ces gueux, avec leurs casaques usées, leurs arnaes bizarres, drapés dans leur saleté et dans leurs guenilles, maigres, hâves, quelquefois contrefaits et ressemblant aux bideuses figures qui représentent les serfs danis les manuscrits du xm" siècle,, donneront aux barons l'exemple du dé- Tournent et du courage»
La Chanson d*Antioche était avant tout l'épopée des chevaliers ; celle de Jértisakm est en même temps celle des vilains; le peuple qui fait la légende a voulu y avoir sa placer et c'était justice. Combien y avait-il de barons parmi les six :cent mille croisés qui semèrent leurs cadavres sur la route de Constantinople à Jérusalem?
Les circonstances qui suivent le récit de ce premier assaut malheureux ont encore moins de fondement historique. C'est la capture d'un émir sarrasin Gratien (nom emprunté à la Chanson d'Antioché)^ qui se convertit et qui est baptisé par révoqué de Martorano; c'est une histoire de dépêches portées par des pigeons voyageurs, interceptées par les •chrétiens et rempliacées par un faux message qui va semer le découragement parmi les assiégés; c'est un second assaut où se distinguent Raimbaud Creton, Ervin de Creil et même Enguérrand de Saint-Pol et Hungiër l'Allemand tués devant Antioche, mais ressuscites par l'imagination du trouvère. Aucun de ces événements n'a laissé de traces dans les historiens et nous les considérons comme des inventions du poète.
Nous avons vu dans la Chanson cf Antioche^ le fils d'Akky- Siàn, Sansadoine (Djemseddaulé), sortir de la ville assiégée pour aller implorer contre les chrétiens le secours des princes de l'Asie : c'était un des épisodes qui se prêtaient
le mieux à rimitation. Aussi l'auteur de la Chanson de Jérusalem s'en est-il emparé, mais en l'ornant dé nouveaux détails.
- Comme à Antioche, c'est le fils du roi, le brave Comumarant, qui partira lui-même, et une fausse attaque protégera son départ. Au milieu de la nuit, tandis qu'une sortie attire l'attention des chrétiens du côté de la porte David, Gornumarant, monté sur son bon cheval Plantamor, franchit les lignes des Flamands, à la porte Saint-Étienne, échappe à deux chevaliers qui veulent l'arrêter, et vainement poursuivi par Godefroi, par Boémond et par d'autres barons qui perdent sa trace, il arrive sain et sauf aux frontières de la Bérie (l'ancienne Pérée, au delà du Jourdain). Là, pour apprendre aux Sarrasins son heureux succès, il sonne du cor, elle vent porte jusqu'à Jérusalem les accents de cet instrument magique, qui rappelle le fameux cor de Roland. Tout à coup il aperçoit une troupe de cavaliers, et aux premières lueurs de l'aurore, reconnaît des chrétiens : c'était Baudouin d'Ëdesse, qui, mandé par son frère, se rendait à Jérusalem. Baudouin l'aperçoit à son tour et se lance à sa poursuite. Les deux chevaux dévorent l'espace. Déjà les chevaliers de Baudouin sont bien loin derrière lui. Alors Gornumarant s'arrête, une lutte acharnée s'engage. Blessés tous deux, les adver*saires suspendent le combat et s'apprennent mutuellement leurs noms. Us s'apprêtent à recommencer la lutte, quand les compagnons de Baudouin apparaissent, et Gornumarant reprend sa course, toujours suivi de près par son ennemi. Il va succomber, quand arrive une nouvelle troupe conduite par l'émir Orkenais (Orkhan), qui, avec dix mille cavaliers arabes, se dirige vers la ville assiégée. Arabes et chrétiens se précipitent les uns sur les autres. Baudouin renverse Gornumarant, mais accablés par le nombre, les chrétiens reculent en désordre et se dispersent au milieu des ravins et des rochers.
70 CHANSONS D'ANTIOCHB BT DE JÉRUSALEM.
Ils se rallient cependant à la voix de leur chef et se réfugient dans les ruines d'une vieille forteresse bâtie au milieu d'un étang couvert de roseaux et desséché par le soleil de juillet. Tandis que ses compagnons organisent la défense, Baudouin reste caché au milieu des roseaux pour profiter du moment où l'attention des infidèles se portera tout entière sur le château et aller chercher du secours au camp des croisés. Hais un danger sur lequel il ne comptait pas l'attendait dans cet asile. D'innombrables sangsues, qui s'étaient glissées dans les crevasses pour se mettre à l'abri de la chaleur, s'attachent aux flancs de son cheval, pénètrent à travers les mailles de son haubert, le couvrent de piqûres. C estait vis com VeOst de poivre tôt salé. (1621, P* 176; 12558, f 161.)
Heureusement les Turcs s'étaient aperçus que Band<min n'avait pas suivi ses compagnons et soupçonnaient sa retraite. Us mettent le feu aux roseaux, et la flamme délivre Baudouin de ses singuliers ennemis. Il remonte achevai, tire son épée et s'élance au milieu des Arabes. Us vont l'entourer, quand surviennent Godefroi, Boémond et les autres barons qui terminent le combat en quelques instants. Cornumarant s'échappe cependant, et disperse les cavaliers d'Orkhan dans toute la Syrie pour y porter l'alarme.
Cette curieuse anecdote, qui ne se retrouve dans aucun historien de la croisade, n'est pourtant pas une pure invention. L'historien musulman, Ibn-Alatyr', raconte qu'en 1102, après la sanglante bataille de Ramla, Baudouin s'était caché dans des broussailles sèches pour échapper à l'ennemi, mais les Turcs y mirent le feu, et le roi en sortit à demibrûlé, tandis que ses compagnons, réfugiés dans un château voisin, périssaient presque tous sous les coups