Riftortens Orientaux des Croisaies^ 1. 1, p. 21V
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des vainqueurs. Jbn-AIatyr ne fait pas mention des sangsues, mais l'épisode en lui-même n'a rien d'invraisemblable; on sait que ces animaux pullulent dans les marais des Syrie, et que le commerce en tire encore aujourd'hui une grande quantité de l'Orient.
Les dernières circonstances du siège de Jérusalem, la fameuse procession dont Pierre Tuebœuf fit partie, l'entrevue des barons avec l'ermite du mont des Oliviers, la découverte des bois qui servirent à la construction des machines, les préparatifs de l'assaut, l'attaque infructueuse du jeudi 14 juillet, enfin la prise de la ville et les massacres qui ensanglantèrent 1^ victoire des croisés se retrouvent dans la chanson comme, dans les historiens ; mais il faut que la légende ait sa place à côté de l'histoire, il faut que les héros préférés du poète aient leur page glorieuse à côté des héros de la tradition officielle.
Tandis que Godefroi, avec sa tour roulante, attaque la porte Saint-Etienne, le roi des Tafurs et sa bande ont démoli le rempart à coups de pioche et sont sur le point de pénétrer dans Jérusalem. Thomas de Marie, qui n'a joué dans la Chanson d'Aniioche qu'un rôle secondaire, mais qui, dans celle de Jérusalem, est devenu l'un des chefs les plus importants de la croisade, l'égal par le courage et par l'influence de Tancrède et de Godefroi de Bouillon, vient trouver le roi des Tafurs et le supplie de lui laisser franchir la brèche à ses côtés. À cette condition il deviendra son homme lige et : Encontre tos homes le iienra à garant.
Li rois H otroia : grant joie en va menant :
Illuec li fist homage, si quel virent auquant.
(12,5S8, f« 163 verso.)
72 CHANSONS i^'ÀNTIOGHe ET DE JÉRCSÂLEM.
Bizarre légende, qui fait d'un Coucy le vassal d'an chef de ribauds, et qui semble incliner la chevalerie devant les vilains!
Cependant ce n'estqu'au point du jour, le vendredi 15 juillet, que les travaux de sape ont achevé de percer le rempart, et les ribauds n'attendent plus, pour se précipiter dans la ville, que le succès de la grande attaque. Est-ce dans cette mémorable matinée, ou à un autre moment, que le roi des Tafurs entra dans Jérusalem tout seul, sans compagnon, et mérita ainsi l'honneur de couronner Godefroi de Bouillon? C'est ce que les explications assez embarrassées du trouvère ne permettent guère de décider :
Tumas i entra primes, issi corn nos quidon :
Car sor les fers des lances fu levés contremon ; Mais li rois des Tafurs, se vos voir en dison, I fu ançois entrés, tos seus, sans conpaignon. Par cel devint Tumas, le jor, ses liges hom.
(12,558, fM 64 recto.)
Quoi qu'il en soit, c'est à Thomas de Marie que revient la gloire d'y être entré le second, s'il faut en croire le récit du poëte. Nous n'avons trouvé dans aucun chroniqueur la moindre allusion au singulier exploit que la Chanson de Jérusalem prête à Thomas de Marie, et qu'elle annonce plusieurs fois avec une sorte d'insistance avant le récit du premier assaut ^ Est-ce une fiction? Est-ce une tradition qui échappa à l'histoire et que recueillit la légende de Théroique famille de Coucy? nous l'ignorons, mais le caractère de cet exploit s'accorde bien avec l'esprit aventureux et l'audace intrépide de Thomas de Marie r