ET CELLE DE JÉRUSALEM
La Chanson d'Antioche et celle de Jérusalem représentent la piremière époque du cycle de la croisade, la seule qui ait
produit des œuvres à la fois épiques et historiques, celle où le héros est une armée, où l'action est la lutte d'une religion contre une religion, où le dénoûment est le triomphe d'une cause et non celui d'un homme. Or, nous avons vu que l'une était l'imitation souvent littérale de deux chroniques latines, l'autre une légende où il faudrait se garder de chercher la vérité historique. Faut-il en conclure que l'histoire n'ait rien à y apprendre, et n'existe-t-il pas de milieu entre la confiance excessive de M. Paulin Paris et le dédain non moins exagéré de M. Michaud?
Nous avons déjà montré que, tout en suivant assez fidèlement le récit des historiens, Richard le Pèlerin conserve une certaine indépendance : il rapporte à sa manière les démêlés des croisés avec Alexis et leurs relations avec le chef du contingent grec S les défaillances du comte de Blois, la prise
1. Ce récit, bien qa'il n'ait probablement aacune!valeur historique, est assez curieux pour mériter une mention. Alexis Comnène, pour qui Richard le Pèlerin montre aussi peu d'indulgence que les historiens latins, nourrissait, dit la chanson, de sinistres desseins contre ses hôtes occidentaux, mais trop faible pour les attaquer ouvertement il ne pouvait que les forcer à s'embarquer en harcelant et en affamant leur armée. Pour exécuteiw ses projets il avait besoin du secours d'Estatin chargé de fournir des vivres aux croisés et que ses relations amicales avec les Latins mettaient à même de les trahir facilement. Il l'appelle, il lui révèle son plan. Le loyal Estatin répond par un cri d'indignation : la querelle s'échauffe : les amis du grand Primicerius se pressent autour de lui : l'empereur donne l'ordre de le saisir; les épées sortent du fourreau, le sang va couler, quand parait le plus jeune des fils de Robert Guiscard, Guy le Sénéchal, qu'un mariage avec une parente d'Alexis attachait à la cour de Byzance. Il réussit à apaiser la querelle, l'empereur feint de pardonner, mais il ordonne en secret à nu de ses conseillers de défendre à tout sujet de l'Empire de vendre aux Latins, ni blé, ni viande, ni avoine. Le lendemain, les marchés sont vides : les vivres et le fourrage manquent au camp des chrétiens. Estatin court auprès de l'empereur qui repousse ses prières : alors il lui reproche sa. trahison, sort en le menaçant de la vengeance de ses hôtes et va chercher un refuge dans le camp où sa présence achève d'enflammer la colère des croisés. Du haut des terrasses du palais, Alexis voyait les Francs courir parmi les tentes, revêtir leurs armures, monter sur leurs chevaux de bataille : l'armée s'ébranle : le courage de l'empereur s'évanouit k l'approche du péril : il envoie Guy le Sénéchal offrir anx Latins un accommodement que les barons acceptent, grâce aux conseils
d'Antioche, les scènes de cannibalisme qui signalèrent le siège de cette ville, et sur lesquelles les chroniqueurs ont insisté avec moins de complaisance.
Cependant, si quelque chose dans la Chanson cTAntioche mérite l'attention de l'historien, ce sont moins des variantes assez contestables sur les grands événements de la croisade, qu'un certain nombre d'épisodes parfaitement originaux, offrant tous les caractères de la vraisemblance et dignes de prendre place au moins dans l'histoire anecdotique de la guerre sainte.
Nous détacherons du poème trois de ces récits épisodiques qui se rapportent tous au siège d'Antioche, et qui ont pour héros des chevaliers flamands, compatriotes du trouvère.
Pendant les premiers jours du siège, les croisés, campés sur la rive gauche de l'Oronte, entre le fleuve et les remparts d'Antioche, avaient probablement négligé d'occuper la rive droite. Dans une prairie, à l'occident de la ville et sur la rive droite du fleuve, des Sarrasins gardaient un cheval qui appartenait à l'émir Fabur, chargé de défendre cette partie de la place. C'était un de ces admirables coursiers de race arabe, aux grands yeux noirs, aux larges narines, aux pieds finement cambrés, qui faisaient l'orgueil de leurs maîtres, et dont la généalogie se conservait sous la tente. Tout à
de Godefroi. Ils consentent à lui prêter hommage pour leurs futures conquêtes en Asie-Mineure : deux seulement, Tancrède et Boémond se détournent avec dédain et quittent le palais. Quand l'empereur apprit leur nom, il fronça le grenon, dit la chanson; il reconnaissait le sang de Robert Guiscard.
Mieux aurait valu, ajoute le trouvère, qu'il fût tué, Gonstantinople prise, et ses trésors pillés !
Naïve réflexion qui justifie les précautions d'Alexis et qui affaiblit quelque peu l'autorité des accusations impitoyables des historiens latins !
Nous avons essayé plus haut d'expliquer le rôle attribué à Estatin par le trouvère flamand. Le chef du contingent grec resta en faveur auprès des successeurs de Richard le Pèlerin. Il figure également parmi les héros du siège de Jérusalem.
58 CHANSONS D*ANTIOGHE ET DE JÉRUSÀLElf.
coup un écuyer, Gontier d'Aire, sans doute le fils d'Hermann d'Aire, qui avait accompagné en Orient son suzerain Robert de Flandre % s'éloigne de ses compagnons : il ne portait que son épée et ses éperons pendus à sa ceinture. H s'élance tout armé dans le fleuve, le traverse, s'arrête un moment pour chausser ses éperons et se jette sur les Sarrasins, étonnés de son audace. En un instant cinq de ses adversaires tombent. U saisi|. le cheval, saute sur son dos, poursuit les autres Musulmans, les atteint, pénètre dans Antioche, blesse ou tue trois Sarrasins qui se trouvent sur son passage, tourne bride avant que les Musulmans aient songé à lever le pont-levis, lance son cheval dans l'Oronte et revient triomphant. Godefroi de Bouillon voulait l'armer chevalier. « Non, répond l'intrépide jeune homme, je ne serai chevalier que quand j'aurai touché le seuil du Saint-Sépulcre! » Nous le retrouverons à Jérusalem, aussi brave, mais moins heureux qu'à Antioche.
Le second épisode est le dénoûment d'une bataille livrée par les croisés sous les murs mêmes de la ville et qui se termine par la déroute des Musulmans.
Poursuivis jusque sur le pont de l'Oronte, les vaincus se jetaient à la nage, ou s'attachaient aux pieux enfoncés dans le lit de la rivière pour rompre la force du courant, mais les Francs les perçaient de leurs longues lances ou les obligeaient de s'abandonner au torrent qiîi les entraînait. Cependant plus de deux cents Turcs avaient réussi à se réfugier sur une estacade construite pour la pêche, au milieu même du fleuve et sous une arche du pont. A l'abri des flèches des croisés, protégés par la garnison d'Antioche qui couvrait d'une grêle de traits le pont et la rive droite, ils se seraient sans doute échappés pendant la nuit. « Par tous les saints,
l. Meyeri AwidUs FUindrùdf a. 1096, p. 37.
Les FAITS DE LA CROISADE* 59
» ce sera bien grandlionte si ces païens s'en vont I » disaient en les regardant les soldats qui se pressaient sur le rivage. « Que font nos bons nageurs, s'écrie Boémond ! S'ils ne nous » aident, ils échapperont tous ! » Un homme répondit à cet appel, c'était Raimbaud Creton.
Les chroniqueurs ont aussi parlé de Raimbaud Creton, quoiqu'ils aient oublié l'exploit dont Richard le Pèlerin a conservé le souvenir : mais le seul qui indique son origine, Raoul de Caen, en fait un chevalier de Chartres.
Raimbaud Creton d'Estourmel descendait d'une famille des environs de Cambrai, famille qui n'est pas éteinte et od s'est perpétuée la légende de son ancêtre : il était, dit le trouvère, de petite taille, mais adroit et vigoureux. Aussi gai qu'il était brave, chefs et soldats l'aimaient pour son courage, et pour cette simplicité de caractère, pour cette générosité chevaleresque dont il donnera plus d'un exemple à Jérusalem comme à Antioche.
Sans s'inquiéter des traits qui pleuvent de toutes parts, il délace son heaume, ne garde que son haubert, prend son épée, se jette dans le fleuve et nage intrépidement vers le pont. La rive était couverte de spectateurs : on le vit atteindre l'estacade, y monter, s'agenouiller sur le plancher à claire-voie où les Turcs s'étaient entassés vers la gauche du pont, et percer de part en part la poitrine d'un Sarrasin.
Aveuglés par la peur, les Turcs ne s'aperçoivent pas qu'ils n'ont affaire qu'à un seul homme. L'épée de Raimbaud Creton dont chaque coup fait voler un bras ou une tôte ne leur laisse pas le temps de se reconnaître. En quelques instants un grand nombre succombe : le reste se précipite dans l'Oronte qui les entraîne avec les cadavres de leurs compagnons. Raimbaud lance dans le fleuve les corps des blessés qui sont restés sur l'estacade et s'y jette lui-même pour rejoindre les croisés. Mais les tours d'Antioche étaient couvertes de Sar-
60 GHANSO;iS D'âNTIOGHB ET DE JÉRUSALEM*
rasins cpii ayaient assisté avec une rage impuissante au massacre des leurs. Quand ils virent reparaître Raimbaud Creton, une nuée de flèches partit de tous les points du rempart. Bientôt l'eau se rougit de sang; frappé au dos et à la tête. Raimbaud lutte avec peine contre le courant : on le voit s'affaiblir, s'enfoncer peu à peu et le fleuve se referme sur lui. Un cri de désespoir retentit sur le rivage : cent nageurs se précipitent à la fois dans l'Oronte ; mais tout à coup celui qu'on croyait perdu reparaît : ranimé par la fraîcheur de l'eau, il s'était débarrassé par un miracle de force et d'adrese de la lourde armure qui l'entraînait. Vingt bras le soulèvent et l'amènent à la rive : on l'emporte à demi évanoui à la tente de Godefroi où les soins empressés des mires devaient bientôt le rendre à l'admiration de l'armée.
Presque en même temps que Raimbaud accomplissait ce téméraire exploit, une scène non moins émouvante se passait à la porte du Pont, dans l'enceinte d'Antioche. Quand les Sarrasins, poussés par les croisés, s'étaient précipités dans la ville, un chevalier emporté par l'ardeur de la poursuite, y était entré seul avec eux. C'était aussi un flamand, Renaud Porquet.
Avant qu'il eût songé à tourner bride, les portes s'étaient refermées sur lui. Renaud comprend qu'il est perdu, il se recommande à Dieu, donne un dernier souvenir à sa maîtresse et à son seigneur Robert de Flandre, tire son épée, et appuyé contre la porte d'un cellier, sous la voûte de la porte du Pont, il résiste assez de temps pour que le bruit de ce combat se répande dans la ville, et parvienne jusqu'à l'émir lui-même. Garsion (Akky-Sian) veut être témoin de cet acte de témérité inouïe : il s'approche, il offre au chevalier honneurs et richesses, s'il veut embrasser la religion de Mahomet. « Je ne fais pas plus de cas de toi et de tes dieux que d'un besant, » lui répond Renaud. A ces mots, le combat recom--
mence : sept émirs tombent sous les coups du chrétien ; mais entouré, surpris par derrière par des Turcs qui ont ouvert la porte du cellier, on le saisit, on le frappe à coups de massue. On allait Tégorger quand Garsion le fait arracher tout sanglant des mains des soldats et conduire à son palais.
C'était rintérèt plus encore que l'humanité qui avait décidé Témir à épargner ce redoutable champion. Son neveu était prisonnier des chrétiens : lui-même, épouvanté par Tacharnement de ses adversaires et surtout des Tafurs, dont les sauvages prouesses avaient répandu la terreur parmi les Musulmans, comptait sur son prisonnier dont il s'exagérait l'influence pour obtenir, moyennant quelques sacrifices, l'éloignement des croisés, ou du moins la liberté de son neveu. Une trêve de quatre jours fut conclue et des pourparlers s'engagèrent entre Akky-Siân et les principaux chefs des Francs. L'émir avait fait amener Renaud Porquet couvert d'habits magnifiques et monté sur un mulet richement harnaché. Mais il ne tarda pas à s'apercevoir que les. Francs étaient résolus à ne pas lever le siège. Quant à son neveu, qu'on transporta sur le pont de l'Oronte où avait lieu la conférence, il était mourant de trois blessures reçues à la bataille du port Saint-Siméon. Trompé dans ee dernier espoir Akky-Siân ramena son prisonnier: il voulait le réserver à sa vengeance : mais pour éviter une lutte immédiate il feignit de se laisser ébranler et promit d'accéder à toutes les conditions imposées par Godefroi*
Quelques mots échangés à la dérobée avec son neveu lui avaient appris que la famine régnait dans le camp des chrétiens : il se retira pour ramener sa suite dans la ville, promettant de revenir seul, et de prendre les mesures nécessaires pour conclure le traité définitif et en assurer l'exécution. n ne pensait qu'à gagner du temps et à traîner les négociations en longueur. L'indiscipline des Tafurs vint précipiter
la rupture. Us avaient violé la trêve en faisant prisonnier pendant l'entrevue un émir Sarrasin. Akky-Siân l'apprend, mande Boémond qui avait paru incliner vers la paix et lui reproche cette infraction à la foi jurée. Boémond se fait remettre aussitôt le prisonnier par le roi des Tafurs, mais il le garde dans sa tente jusqu'au lendemain. Ce retard fournit à Akky-Siân le prétexte de cruelles représailles auxquelles la .violation de la trêve donnait une apparence de justice. Il fait amener Renaud Porquet. Huit Sarrasins retendent étroitement garrotté sur une table de marbre ; et avec du soufre et du plomb fondu lui brûlent les nerfs des jarrets, les veines des bras et les talons.
On délia ensuite le prisonnier, on le revêtit de riches habits, on l'attacha sur un cheval et on le conduisit à la porte du Pont. « Rendez vos captifs, dit l'émir, et vous aurez le vôtre sain et sauf. » — (( Boémond de Sicile, s'écrie l'intrépide mutilé, pour Dieu je vous le demande :
« Et j'en prie aussi tous nos barons
» Qu'ils ne rendent pour moi un denier vaillant :
» J*ai les jarrets brûlés :
» Les Turcs m'ont fait attacher sur ce cheval :
» Je n'ai plus souci de vivre : car je ne puis pi as me
[soutenir! »
Trad, de la Chanson d'Antioche, t. II, p. 25.)
Les barons s'élancent vers les remparts : mais il était trop tard pour venger Renaud Porquet : les portes étaient refer- - mées et les Sarrasins étaient rentrés dans la ville, abandonnant leur victime.
Deux historiens ont raconté l'un la conclusion de la trêve, l'autre la mort de Renaud Porquet, mais sans rattacher ces deux événements comme le fait Richard le Pèlerin. Suivant Pierre TuéboBuf, Renaud Porquet (Raynaldus Porchetus)
. . LES FAITS DE LÀ CRQ'ISADE. 63
aurait été longtemps prisonnier des Sarrasins ^ . Après avoir vainement essayé d'ébranler sa foi, ils Tauraient amené sur le rempart, mais il n'aurait profité de la liberté de parler à ses compagnons que pour les exhorter à ne pas le racheter : conduite étrange et qui ne s'explique point dans le récit du chroniqueur, comme dans celui du trouvère ; la mort aurait été enfin la récompense de son courage.
Robert le Moine, qui ne dit rien de Renaud Porquet, parle vaguement d'une trêve et de négociations dont il attribue la rupture à la mort d'un chevalier nommé Walon, tué par les Sarrasins dans Antioche où les chrétiens pénétraient librement pendant la suspension d'armes. Nous n'hésitons pas à donner la préférence à la version de Richard le Pèlerin, non-seulement pour l'intérêt dramatique, mais pour la vraisemblance historique. H explique ce que les chroniqueurs ne font qu'indiquer'; chez lui toutes les circonstances s'enchaînent et nous ne pouvons nous empêcher de croire que Richard suivit ici le récit de témoins oculaires, mieux informés peut-être que les historiens.
On voit par ce qui précède que la Chanson et Antioche aurait pu fournir aux historiens modernes des renseignements nouveaux et parfois aussi vraisemblables que ceux qu'ils ont puisés chez les chroniqueurs latins ou orientaux.
La Chanson de Jérusalem nous inspire beaucoup moins de confiance. Plus original, plus poète peut-être que l'auteur de la Chanson d^ Antioche, le trouvère qui a complété son
1. La version publiée par Mabillon ajoute que Renaud Porquet avait été fait prisonnier à la bataille du Port Saint-Siméon, en défendant Boémond, son seigneur. Tuàîboiui^ de Mabillon, chap. 47, p. 171.
œuvre est moins historien. Les souvenirs de la croisade sont encore trop récents, le théâtre des événements est trop connu pour que la fantaisie poétique atteigne les proportions qu'elle a prises dans la légende cârlovingienne ; mais déjà l'imagination populaire a grossi les moindres faits ; les homipes sont plus grands que nature ; la légende remplace l'histoire.
Le poème s'ouvre par le récit d'un combat longuement analysé dans le tome XXU de V Histoire littéraire, et livré par la troupe des Chétifs à un corps musulman sorti de Jérusalem. Le théâtre de cet engagement, qui commence non loin de la Roge cisteme, desous le roche agûe, se place évidemment dans ces montagnes sauvages qui séparent 'Jérusalem du Jourdain et de la mer Morte et où se dressent çà et là sur des plateaux déchirés des roches rougeâtres et sans verdure. La Rouge Citerne était bien connue des chroniqueurs du xn® siècle ; au xrv®, il existait encore sur une colline, près d'une citerne nommée Bir-el-Rhan, une petite tour que Ton appelait la Tour Rouge et qui porte aujourd'hui le nom de Khan-el-Amar. Elle était située sur la route du Jourdain, à quatre heures de Jérusalem et à deux heures environ de Jéricho ; c'était là que la tradition syrienne plaçait Tbôtellerie où le bon Samaritain avait fait transporter le voyageur qu'il avait trouvé blessé sur la route * .
Les Chétifs sont victorieux, mais Comumarant, fils de Corbadas, roi de Jérusalem (forme altérée où il est facile de reconnaître le nom de Rerbogâ, le Corbaran de la Chanson d'Antioche) fait prendre les armes à cinquante mille Musulmans et va écraser les chrétiens. Heureusement Godefroi de Bouillon, Robert de Normandie, Robert de Flandre, Thomas de la Fère et plusieurs autres chevaliers ont quitté la grande
1. Cf. Chronique d'Ernoul et de Bernard le trésorier publiée par M. de Mas-Latrie, p. 79.
armée des crèisés, campée, i là Matiomerie (aujourd'hui El- Bireh, à deux heures et demie au nord de Jérusalem), pour aller faire une reconnaissance jusque sous les murs de la vijle. .
Après avoir poussé au delà de Béthanie et ramassé un immense butin, ils se retirent par la vallée de Josaphat et font balte sur les bords du Cédrpn, au pied de la montagne des Oliviers, non loin du tombeau de la Vierge et du jardin de Gethsemani^ Les musulmans, sortis par la porte Dorée (Portes Oires), se heurtent contre ce détachement arrêté dans la vallée de Josaphat : la mêlée s'engage, mais, dû haut du mont des Oliviers, Baudouin du Bourg aperçoit tout à coup la troupe des Chétifs qui a fait halte dans un vallon. Il les prend d'abord pour une nouvelle armée musulmane; Terreur est bientôt dissipée, on se reconnaît, les Chétifs se joignent aux croisés et les mécréants sont déjà vaincus quand arrivent Raimond de Toulouse, Boémond et Tancrëde mandés en toute hâte par les messagers de Go* defroi.
La reconnaissance et le combat dans la vallée de Josaphâi ne sont pas une fiction, mais il y a loin de cette bataille, où cinquante mille Sarrasins fuient devant dix mille chrétiens, aux récits modestes des historiens. Pierre Tuebœuf et Raoul de Caen ne parlent que d'un exploit de Tancrède qui, en revenant de Bethléem, mit en fuite près de la montagne des Oliviers cinq cavaliers musulmans. Raimond d'Agiles dit seulement que des Sarrasins, sortis de Jérusalem, tombèrent sur l'avant-garde des croisés, en tuèrent trois ou quatre et