‹ Le cycle de la croisade et la famille de BouillonChapitre 12 sur 76 · Segnor, or escoustés, franco gens honorée · texte numérisé non relu

Segnor, or escoustés, franco gens honorée

Si com Tumas de Marie à le ciôre (tète, visage, mine) membrée

Se laisa ens caïr entre la gent dervée. (i2,5S8, f* 145 récto.)

Mais dans Tamas de Marie fera de lui parler, • Qui as fers des grans glaves se fist amont lever

Et par desor le mur et lancier et mer. (Id., f* 149 recto.)

Au moment où le pont volant de Oodefroi de Bomlloû s'abat sur les murailles, le sirè de Marie se fait soulever sur les lances de ses chevaliers et jeter par dessus les cré^ Beaux. Il se relève^ tire son épée, mais tandis qu'il descend le terre-plein du rempart, une femme arabe le renverse d'un coup de massue : les Turcs l'entourent : protégé par un mystérieux talisman, et bientôt par la présence des Tafurs, il revient à lui, écUappe aux coups qui le menacent, poursuit son ennemie et la frappe mortellement. Avant d'expirer, l'Arabe lui prédit qu'il revérra la France, mais Ç[u'il mourra de la main de son seigneur. En effet, en 1130, Thomas de Marie tomba sous les coups de son suzerain, lé comte Raoul de Vermandois.

Le poète n'abandonne pas son héros après cette terrible aventure ; il le suit jusqu'à l'église du Saint-Sépulcre, où le seigneur de Marie entre seul avec Robert de Flandre et Godefroi, tandis que les autres chefs ne songent qu'au pillage. Cette circonstance est également mentionnée par le chroniqueur Albéric de Trois-Fontaines, qui se montre fort au courant de la littérature poétique du moyen âge, et qui a fait, comme nous le verrons plus loin, de nombreuses allu*» sions aux poëmes du cycle de la croisade '•

Ce Thomas de Marie, qui joujb un rôle si important dans l'histoire poétique, était, s'il faut en croire les chroniqueurs contemporains, un brigand sans foi ni loi, un brûleur d'é« * glises, un pillard effronté qui rançonnait les marchands et foulait sans pitié le pauvre peuple. H avait été excommunié en 1114, dans le concile de Beauvais, dégradé de la chevalerie, mis au ban du royaume; les évéques avaient prêché.

1. Hic interseritur quiedam miraculosa narratio tradita à majoribus de Domno Goci qui ad sepalchram Domini ante alios cucorrit et de equo illius, Morello nomine, solû ante janaam relicto. (Accesst(mea historien, Leibnitz, t; I, p. 177.)

74 CHANSONS D'ANTIOGHE ET Dfi JÉRUSALEM.

contre lui une sorte de croisade; il était mort, enfin, comme un mécréant, sans consentir à remettre en liberté les marchands qu'il avait dépouillés et qu'il retenaitcaptifs : c'étaient là d'assez médiocres titres à la faveur populaire. Mais ce bandit excommunié était en même temps un intrépide chevalier : son fils, Ënguerrand, s'était réconcilié avec l'Ëglise et avec le roi, et avait épousé une petite*fille de Hugue& de Yermandois : enfin, ce persécuteur des marchands et des paysans avait protégé la commune de Laon et accordé les plu» larges francliises aux habitants de sa bonne ville de Vervins. N'est-ce pas là le secret de son intimité avec le roi des Tafurs, et la partialité du poëme ne s'expliquerait-elle pas par l'origine du poète qui vivait peut-être sur quelqu'un des domaines de la maison de Coucy?

Après avoir purifié la ville en brûlant hors des murs les cadavres des Sarrasins et en rendant au culte les églises profanées, les chrétiens s'assemblent pour choisir le chef qui défendra et qui gouvernera leur nouvelle conquête. Le peuple désigne tout d'une voix Godefroi de Bouillon, mais aussi modeste qu'intrépide, le bon duc refuse cet honneur dont il ne se croit pas digne. Alors le président de l'assemblée, l'évêque de Martorano, s'adresse tour à tour aux principaux barons, Robert de Normandie, Robert de Flandre, Boémond, Hugues de Yermandois ; tous n'aspirent qu'à revoir l'Europe et l'évêque se décide enfin à recourir au jugement de Dieu. Après un jeûne solennel, les barons se réuniront, la nuit, dans l'église du Saint-Sépulcre; chacun portera un cierge à la main:

En qui cierge Dex velt et que feus i descent Celui fera-on-roi ; jo Totroi bonement.

(i 2,558, f« i66 verso.)

Les barons fidèles au rendez-vous, se mett^t en prières ; la nuit était déjà avancée : une seule lampe brûlait sur Tan* tel. Tout à coup, à minuit, un éclair brille, les coups de tonnerre se succèdent, un vent impétueux éteint la lampe. Les clercs et les chevaliers entonnent, dHme voix tremblante, le Vent Creator; un dernier coup de tonnerre ébranle l'église et les précipite la face contre terre. Quand ils se relevèrent, le cierge de Godefroi, allumé au feu de l'éclair, jetait une lueur étincelante : Dieu avait déclaré sa volonté. Godefroi s'incline devant l'ordre divin, mais il ne veut pas porter une couronne d'or, là où Jésus-Christ a porté une couronne d'épines :

De Tort Saint Abrahan fist venir. L plançoD,

(De ça mer et de là Ëspic Tapele-OD) ;

De cel fu coronés Godefrois de Bâillon....

« Qui li metra él cief, diçt Drives de Monçon? » —

» Segnor, ço dist li vesques, de vos li plus hais hon. — »

» C'est li rois des Tafurs, ce dist Rainbals Creton :

» Car n'avons ci plus roi, de verte le savon.

» Cil le doit coroner par droite esgardison. »

Li rois prist le corone qui fu de grant renon,

Si le mistens el cief Godefroi de Buillon.

(12,558, fM 67 recto.)

La plus grande partie de cet épisode digne d'être comparé aux plus beaux récits épiques du moyen âge, appartient à la légende. Cependant le début s'accorde assez bien avec ce que les historiens rapportent de l'élection de Godefroi.

On ne pouvait, il est vrai, songer ni à Boémond, ni à Hugues de Yermandois qui étaient absents : mais Pierre Tuebœuf nous apprend que les barons offrirent la couronne à Robert de Normandie qui la refusa. Aecolti, historien du quinzième siècle prétend que la même proposition fut faite au comte de Flandre ; enfin, Albert d'Aix, Raimond d^A^

giles, Guibert de Nogent et Guillaume de Tyr rapportent que le choix des barons s'était arrêté d*abord sur Raimond de Saint-Gilles, et les expressions du premier^ permettent de supposer que plusieurs autres chefs refusèrent comme Raimond ce dangereux honneur.

Quant au miracle, qui, suivant la chanson, plaça le duc de Bouillon sur le trône de Jérusalem, on comprend que rûnagination populaire frappée de ces grands événements et pleine d'admiration pour la mémoire de Godefroi l'ait substitué de bonne heure à la simple élection par le conseil des barons. Du reste, ce miracle qui n'est autre que celui du feu sacré, était traditionnel en Palestine. Chaque année, la veille de Pâques, une flamme descendue du ciel allumait une lampe déposée devant le Saint-Sépulcre. Un grand nombre d'historiens parlent de ce miracle périodique. Foucher de Chartres raconte qu'il y a assisté lui-même. Enfin, Godefroi de Bouillon n'est pas le seul à qui les récits populaires en aient fait l'application. On lit dans une chronique flamande manuscrite à la date de Fan 1100. « En ce contemple, avint » que par un jour de Pasques, si com la costume estoit en » Jhersalem, li peuples et li chevalier atendoient que Nos- » très Sires lor envoiast feu du ciel, si com il avoit acos- » tumé. Si tint chescuns chevaliers un cierge en sa main, » sans feu, qui ne devoit estre alumés devant que Nostres » Sires envoiast le feu. Quant asses orent atendu, tant » come à Nostre Seignor plout, le feu descendi et si pâst » au cierge le conte Robert de Normandie, en signe que » devoit estre princes de Jhersalem et rois : or la costulne » estoit tele et l'acort des princes tel que celui en cui cierge » le feu descendroit seroit roi de Jhersalem par l'élection et ») par l'asentement de tous '. »

U Albert d'Aiz, livre II, p. 283. Ed. Bongars.

$. Manuscrit 6748, Fonds ancien. Bibliothèque Nationale. Chronique des

Hais ce qae noiis ne trouvons dws àncun historien/ c*est le roi des Tafurs plaçant là couronne sur la tête du toi dé Jérusalem, et Godefroi déclarant qu'il ne veut tenir son royaume que de Dieu et de celui qui est entré le premier dans la ville sainte. Le moyen âge n'a rien laissé où éclate en traits plus vifs, l'orgueil de cette foule, dont la Vie obs* cure était écli|)sée par la vie brillante des chevaliers, mais qui prenidt sa part du danger dans toutes les grandes choses, et qui savait aussi se faire sa part de gloire. Ces inconnus qui n'avaient ni aïeux, ni châteaux, avaient déjà comme les barons, leurs traditions et leurs héros : le roi des Tafurs, cet homme qui n'a pas même de nom, et que la poésie populaire a fait l'égal des plus braves et des plus nobles, c'est la personnification des vilains, des paysans, des serfs, comme Godefroi ou Roland peuvent être celle de la chevalerie.

Aussi, sans chercher dans cette légende, des idées étrangères au siècle qui l'a vue naître, sans y voir, comme on pourrait en être tenté avec nos préoccupations modernes, la souversdneté du peuple, consacrant par la main du roi des Tafurs, là royauté de Godefroi, nous y trouvons du moins l'expression de la fierté populaire sentant qu'elle au^Qt â ses titres de noblesse. C'est par le droit du courage que le roi des Tafurs est appelé à placer la couronne sur la tête d'un chevalier que le courage a fait roi.

Pendant huit jours, dit la chanson, le roi tint sa cour aii temple Salomon, et il alla loger à la tour David : mais depuis

AngkSj etc.. à l'année iiOO. Cette chronique unit en 1112 et non 112â, tmma le dit M. Michaud {Èibliùikéqw des Crmadts^ t. III, p. 382).

que le bat de la croiswle était atteint, les barons étuent impatients de revoir l'Ëarope et de quitter une terre où. ils n'avaient à attendre que des fatigues et des dangers. L'histoire nous i^prend qu'au moment où les Égyptiens arrivèrent sous les murs d'Ascalon, les principaux chefs s'i^h prêtaient à partir : la légende va plus loin. S'il fallait en croire le poëte, les barons étaient déjà en route : ils avaient laissé Jérusalem à la garde de Godefroi, de Baudouin, d'Emistac^e, de Raimond de Saint-Gilles et surtout des ribands qtiimolt miex i valoîent que li autre d^asses.

Us avaient remonté le Jourdain, dépassé Tibériade, où ils avaient repoussé une attaque de Dodekin (Togdetdn), roi de Damas, et n'avaient été arrêtés qu'à Koroun Hattin, sur le lac de Galilée, par la nouvelle des dangers qui menaçaient Jérusalem.

En effet Comumarant est arrivé sain et sauf à Sarmatane (Kirmanschah) : le Soudan lui a promis de le seccmrir avec toutes les forces de son empire. Déjà une noml»reuse avant-garde est arrivée jusque dans la vallée de Josaphat, une action sanglante s'est engagée et les Turcs repousses % jusqu'à Ramleh, y ont dressé leurs tentes pour attendre le Soudan* A la suite d'un second combat, les musulmans acceptent un échange de prisonniers et une trêve de trois jours. Le soudan parait avec une armée innombrable : il veut attaquer, mais Comumarant s'y oppose et insiste pour qu'on respecte la trêve. On convient seulement de détacher du côté de Jérusalem une partie des bagages avec une faible escorte, dans l'espoir d'attirer les chrétiens en rase campagne et de les écraser pendant qu'ils ne songeront qu'au pillage. Godefroi devine le piège et retient à grand'peine les Tafurs qui ont oublié la trêve à l'aspect de ce riche butin.

Heureusement pour l'autorité du roi de Jérusalem, Cornu-

marant vi^t rendre aux chrétiens leur parole et dégagtfr la sienne. Pierre l'Ermite et le roi dc&Tafurs s'élancent hors des remparts : ils vont enlever le trésor du Soudan quand

Cornumarant les attaque avec vingt mille hommes, les repousse et les force à rentrer dans Jérusalem, en laissant Pierre l'Ermite entre les mains des Musulmans.

Là commence une scène à la fois héroïque et burlesque. Pierre, blessé, couvert de sang, se défend comme un lion ; il est renversé, on le conduit au Soudan : un mire le guérit en un instant avec le suc d'une herbe merveilleuse.

Le premier usage qu'il fait de ses forces c'est d'assommer d'un coup de poing un Turc qui l'a regardé d'un air menaçant. |Le Soudan lui pardonne et lui fait les plus magnifiques promesses s'il consent à se convertir. Pierre avec ce bon sens pratique, qui dans les chansons de la croisade est un des principaux traits de son caractère, se décide sans peine à renoncer aux palmes du martyre : il se prête donc complaisamment à tout ce qu'on exige de lui, il salue l'idole de Mahomet, et devient musulman, tout en protestant au fond de son cœur contre une apostasie apparente, et en se promettant de faire payer cher aux mécréants son obéissance forcée.

Nous n'avons pas besoin d'ajouter qu'on chercherait vwnement dans les historiens la trace de ces récits légendaires où le poête.ne se laisse guider que par sa fantaisie et par le caractère que la tradition attribue à ses héros.

n ne respecte guère plus la vérité historique, dans le récit d'un événement qui avait dû laisser cependant de profonds souvenirs, la bataille d'Ascalon, glorieux dénoûment de la première croisade.

C'est qu'à l'ignorance de l'histoire écrite et aux exagérations naturelles de la légende, venait se joindre une cause particulière d'inexactitude, l'imitation. La bataille

d'Ascalon, dans le poëme de Jérusalem^ n'est guère qu'une copie de la bataille d'Aniioche, telle que l'a racontée Richard le Pèlerin.

Comme à Antioche, c'est à Raimond de Saint-Gilles que les barons laissent la garde de la ville, bien qu'il ait contribué plus que personne au gain de la bataille, et qu'il soit aux yeux des musulmans le véritable vainqueur. Comme à Antioche, les divers corps d'armée sortent successivement de Jérusalem et vont prendre leur place de bataille dans la plaine de Rames, sans s'arrêter, sans que le trajet paraisse leur coûter plus de temps que celui d'Antioche à la plaine de rOronte. Le Soudan les voit délliler tour à tour sous ses yeux conmie autrefois Corbaran, et Pierre l'Ermite joue auprès de lui le rôle du transfuge provençal ou de l'émir Amédélis. Le trouvère se préoccupe si peu de l'exactitude historique, qu'il ne connaît même pas le théâtre de cette bataille décisive, n la place non dans les environs d'Ascalon, mais dans la plaine de Rames ou de Ramleh à plus d'une journée de marcbe de Jérusalem et à la même distance d'Ascalon. Erreur étrange en apparence, et cependant facile à expliquer. Sous Baudouin P' (1102) et sous Baudouin II, la plaine de Ramleh avait été le théâtre de plusieurs batailles sanglantes : ce nom était dans toutes les mémoires et dans toutes les bouches.

, Un demi-siècle, au contraire, avait déjà passé sur le souvenir d'Ascalon qui se confondait peu à peu avec celui des batailles contemporaines et ne fut réveillé que plus tard par de nouvelles victoires en 1153 et 1182.

L'énumération des chefs de l'armée chrétienne rentre également dans le domaine de la fantaisie. Parmi les combattants figurent à côté de Robert de Normandie, de Godefroi de.Bouillon,de Robert de Flandre, le comte Geoffroi de Vendôme, Etienne de Blois, Hugues deVermandois, qui n'avaient

LES FAITS DE LA CROISADE. 8f

pris aucune part à la première croisade ou qui étaient retournés en Europe avant la prise de Jérusalem, mais qui s'illustrèrent en effet dans l'expédition de 1101. Il semble que cette dernière bataille de la croisade doit réunir tous ceux qui ont inscrit leur nom sur cette page héroïque de nos annales, et réhabiliter tous les déshonneurs en même temps qu'elle consacrait toutes les gloires.

De son côté l'armée du soudan compte dans ses rangs les représentants de tous les peuples qui, en Asie ou en Europe, ont combattu les chrétiens : les Aragonais, les Bulgares, les Indiens, à côté des habitants de Samarkande et de la Nubie. Tous les défenseurs de l'islamisme, qui se sont signalés dans la Chanson d'Antioche, dans celle de Jérusalem, ou dans les mille légendes répandues par d'autres trouvères reparaissent à Ascalon, comme au rendez-vous où la religion de Mahomet doit livrer à celle de Jésus-Christ un suprême et terrible combat qui sera le jugement de Dieu.

Les circonstances de la bataille ne sont pas moins imaginaires que les noms des combattants. Après des efforts d'héroïsme de la part des Sarrasins et des chrétiens, elle se termine par un double miracle : l'intervention de saint Georges et de saint Maurice, qui est un lieu commun de tous les combats de la croisade, et un prodige moins banal emprunté aux traditions bibliques.

La bataille était gagnée : le calife fuyait avec l'idole de Mahomet, le soudan courait sur la route d'Acre en maudissant ses dieux : mais la nuit tombait et allait couvrir la retraite des Infidèles :

Li vesques dou Mautran prist Jliesum a prier Que Dieux par son plaisir fcsist jour esclairier ; Et Dieux ii raempli moult tost son désirier.

Plus tost va la nuis outre que ne vole esprevier

Li solaus se leva ; Dieux le fist derraier^

Dont veîscies Paiens durement esmaier.

(12,558, f« 190 verso.)

n paraît que ce miracle qui prolongea le jour pour les chrétiens à Ascalon, comme autrefois pour les Israélites, n'est pas mie simple invention poétique* et que la tradition s'en était répandue en Europe.

Nous lisons dans la chronique de Hugues, abbé de Flavigny (liv. II). (( Ëo anno, prima hora noctis, lux ingens a » parte aquilonis, quasi ignis ardentis emissa usque prope )) diliculum.... noctem prope convertit indiem.Fueruntqui » dicerent lucem illam datam a Deo in necem et dejec- » tionem Sarracenorum , ferente sic vires et adjutorîmn )) praBbente Hierosolimitanis ad sternendam multitudinem » principis Babiloniae, qui venerat ad proterendos eos qui )) Hierosolimam ceperunt : et ob id lucem divinitus direc- » tam ne christianis, qui eo die praeliabantur praslia Do- » mini, etiam in noctelux deesset ad contritionem gentis ad- » versae*. »

Après la journée d'Ascalon, après Ténumération de l'immense butin conquis par les chrétiens, détails que les trouvères n'oublient jamais, il semble que le conteur ait terminé sa tâche et que là doive finir le poëme. Mais comme les vieux poëtes de la Grèce, les trouvères n'abandonnaient leurs héros qu'après les avoir déposés dans la tombe et rendu un dernier hommage à leur dépouille. Aussi l'auteur de la Chanson de JértAsalem, en terminant sa geste, nous ramènera-t-il sur le champ de bataille d'Ascalon avec les barons qui visitent une dernière fois le théâtre de leurs exploits avant de quitter pour toujours la Palestine. Tous les cadavres qui

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