‹ Le cycle de la croisade et la famille de BouillonChapitre 13 sur 76 · Pertz. Scnprore« Gvrm,, t. VU, p · texte numérisé non relu

Pertz. Scnprore« Gvrm,, t. VU, p

couvraient la plaine ont disparu. Un lion a transporté tous ceux des chrétiens à ce cimetière situé près de Jérusalem, et qui portera pendant tout le temps de la domination chrétienne le nom de Camier al lion. Quant aux corps des Sarrasins, le diable en a débarrassé le pays. tJn seul est resté, comme si le démon n'avait pas eu le droit de toucher à une aussi noble proie : c'est celui de Cornumarant, ce héros qui a trouvé grâce devant les trouvères chrétiens et que son courage semble avoir absous même devant Dieu. On le rapporte sur un bouclier, et avant de l'ensevelir, les barons veulent contempler ce cœur qui n'a jamais tremblé.

Cornumarant a fait Bauduins desarmer, A .1. coutel trencant li fist le cuer ester

.1* elme en peust-on et emplir et raser

Et dist li uns à Tautre : moult est li païens ber,

Mar fu quant il ne vot dame Dieu aourer

Après li font el cors arrière rebouter

Et puis en une bière moult hautement lever Defors Jherusalem le lisent entîerer.

(12,558, f> 192 verso.)

Dans ce débordement de fantaisies poétiques nous ne serions pas étonné que quelques épisodes méritassent plus de confiance. Parmi ces traditions au moins à demi historiques, nous admettrions la mort de Gontier d'Aire, qui, dans le premier assaut, allait s'élancer sur le rempart, quand il eut les deux poings abattus d'un coup de hache, et retomba sans vie au fond du fossé. Nous y rangerions également l'audace plus heureuse de Raimbaud Creton, qui dans le dernier assaut atteignit le premier les créneaux de la tour David, mais fut obligé de redescendre, parce que nul n'avait osé le suivre, enfin l'étrange exploit de Thomas de Marie que nous avons raconté plus haut.

Toutefois rintérèt historique des poëmes de la croisade ne réside pas seulement dans quelques épisodes ignorés ou dédaignés par les chroniqueurs latins. Ce que nous y cherchons surtout c'est la peinture des mœurs et des caractères : ce sont les passions et les croyances : c'est le tableau de la société du xn"* siècle avec tous ses contrastes, son enthousiasme et son sens pratique, sa générosité et sa barbarie, sa confiance en elle-même, et sa foi en Dieu.

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