‹ Le cycle de la croisade et la famille de BouillonChapitre 17 sur 76 · Locue (ancien haut-allemand îoc, boncle), boaclée · texte numérisé non relu

Locue (ancien haut-allemand îoc, boncle), boaclée

^00 CHANSONS D^ANtlûCHS ET ûiî JÉRUSALEM.

plus intrépides combattants. Il étouffe un serpent qui a dévoré quatorze soldats ; il sauve Godefroi dans un combat livré sous les murs de Jérusalem ; il se transforme en

chevalier, quitte son âne pour un cheval , son bourdon pour une épée et renverse les Musulmans par centaines. Fait prisonnier, après des prodiges de valeur, il feint de se convertir à la religion de Mahomet, il reste dans le camp du Soudan et c'est lui qui, le matin de la bataille d'Ascalon, nomme au chef de l'armée musulmane les principaux barons, à mesure qu'ils défilent sous ses yeux ; mais au milieu de la mêlée, saint Georges lui-même vient le délivrer; il s'élance sur un cheval sans maître, terrasse d'un coup de hache Sanguin (Zengui) le dernier des fils du Soudan et abat l'étendard des infidèles, exploit que les historiens attribuent à Robert de Normandie. Faut-il s'étonner après cela que ses biographes aient songé à lui forger une généalogie chevaleresque, et que le P. d'Oultreman intitule pompeusement son œuvre : Vie du vénérable Pierre l'Ermite, autheur de la première croisade et conqueste de Jérusalem, ph*e et fondateur de l'abbaye de Neufmoustier et de la maison des rHermiteSy premier vice-roy de Jérusalem l

Ce n'est pas seulement la société chrétienne du xn* siècle que nous pouvons étudier dans les poèmes de la croisade, c'est le monde oriental, le monde de l'islamisme, tel que l'entrevirent ou l'imaginèrent les premières générations de croisés.

On regarde volontiers tous les récits des trouvères sur les peuples de l'Asie ou de TAfrique, comme un tissu de mensonges inventés à plaisir. Sans doute les poëtes du moyen &ge ne sont pas des observateurs infaillibles : ils ont peu de

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souci de la couleur locale, et c'est en ennemis, avec les préjugés de leur temps et de leur race qu'ils abordent la société musulmane. Peut-on supposer, néanmoins, qu'après des relations si longues et qui ne furent pas toujours hostiles, ils n'aient créé, quand ils ont voulu peindre l'Orient, qu'un monde de fantaisie? Ne saurait-on deviner sous ces tableaux qui nous semblent parfois si étranges, quelque chose de la réalité, et le plus grand tort des trouvères n'est-il pas d'avoir vu rOrient à travers les habitudes et les préjugés de rOccident, comme l'avaient fait les Grecs pour la Perse et l'Egypte, les Romains pour la Gaule et la Germanie, comme le firent plus tard les conquérants espagnols pour les peuples du Nouveau-Monde. Ainsi se forma peu à peu un Orient de convention, qui se retrouve non-seulement dans les poèmes de la croisade, mais dans tous ceux de la même époque, et qui sans être la reproduction fidèle de la société orientale est beaucoup moins éloigné de la vérité qu'on ne le croit d'ordinaire.

Un premier caractère commun à tous les romans où paraissent des Sarrasins, c'est la profusion de noms prétendus orientaux dont les trouvères sèment leurs ouvrages. Ces noms sont-ils purement imaginaires? La plupart des critiques ont semblé le croire ; ils les ont pris tels qu'ils étaient, et n'ont songé à rétablir sous leur véritable forme que ceux où l'analogie était évidente. Cependant, en les étudiant de plus près, on aurait vu qu'il était assez facile d'établir des distinctions .

La première classe et la plus nombreuse parmi les noms que les trouvères donnent aux musulmans est d'origine orientale, quoique défigurée par les caprices de l'orthographe. Ainsi Kerbogâ ou Corbogha devient Corbaran (Corbarannus) et Corbadas (Corbada) ; Akky-Syan, Garsion et Grascien (Axianus et Gratianus); Danischmend, Danemons (Donimanus); Rodouan,

Randol et Brphadas (Brodoan) ; Toghtikin, Dodekin. Faroûn se transforme en Faraon, Orkan en Orkenais, Sokman en- Sucaman, Ralaf en Galaffre,Zengui en Sanguin, Abou-Thaur en Butor, ou Butras, etc.. Des surnoms particuliers à cer-' tains personnages, Almanzor, par exemple, prennent dans la langue des trouvères une signification générale : ils disent Taumaçor comme ils diraient Témir, ou, par une méprise contraire, ils changent en noms propres des titres généraux comme celui de Maulana (notre maître) dont ils font l'émir Amulaine. Souvent, ils ajoutent, comme les historiens latins, aux noms des chefs orientaux le titre d'émir qui finit par se confondre avec le nom m'ëme et par subir les altérations les plus diverses : c'est ainsi que se forment ces noms bizarres Murgalé (Emir-Khaleb) ; Murgalent (Emir-Ghaylan) ; Amedelis (Amirdalis, EmiivDhâly); Miradas (Emir-Aïas, ou Abbas?), etc...

Une secoûde classe moins nombreuse est empruntée à l'histoire des Juifs que les Francs dans leur haine et leur mépris pour tout ce qui n'était pas chrétien, confondaient parfois avec les Musulmans jusqu'à faire du roi Hérode, le frère de Gonans (Jonas) un Turc de Val-Série, dit la Chanson des Chétifs^ La plupart de ces noms, Rubin, Rubion, Rubiant (RubenouRupen), Abraham (Ibrahim) Josué (Yousouf), sont communs aux *Juifs et aux Arabes, et l'on comprend que frappés de sons qui ne leur étaient pas étrangers, les Occidentaux aient substitué au nom musulman le nom juif qu'ils connaissaient d'avance.

Enfin, une troisième classe, et c'est la plus restreinte, se compose de noms de fantaisie : tels que Noiron (Néron) Hector, Lucifer, Bondifer, Malquidant, synonyme de mécréant, et quelques autres. On voit donc que sur ce premier point, les trouvères n'ont pas tout inventé, et que s'ils ont commis des méprises, c'est pour avoir vu les noms

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orientaux à travers la prononciation occidentale, comme ils ont vu les mœurs orientales à travers les usages occidentaux.

Ce qui dut surtout frapper la curiosité populaire dans la civilisation de l'Orient, ce fut ce luxe d'étoffes, de draperies, de pierres précieuses où se complaisait l'imagination mobile et voluptueuse des orientaux. Aussi tous les poSmes du xu^ siècle sont-ils pleins de la description de ces trésors admirés et convoités par les rudes guerriers de l'Occident. Les riches étoffes de Syrie, de Grèce et d'Espagne, les paiki de Carthage et d'Almérie (Almeria), comme disaient les vieux poètes, les diamants, les besants d'or pur, les parfums d'Arabie et de Palestine, les armermerveilleuses s'entassent dans leurs vers avec une profusion, sans doute exagérée, mais qui montre quelle impression avaient faite sur leurs esprits les produits de l'industrie orientale.

On sait qu'aujourd'hui encore un des luxes de l'Orient ce sont les tentes magnifiques qui en temps de guerre servent de demeure aux principaux chefs. Ce luxe existait déjà au temps des croisades ; Guillaume de Tyr, dans . son récit de la bataille d'Antioche décrit avec admiration la tente de Kerbogâ qui tomba entre les mains des croisés : Albert d'Aix avant lui avait déjà parlé de cette précieuse conquête. Le trouvère de la Chanson d'Antioche nous a laissé à son tour de cette tente fameuse et de celle du Soudan de Perse une description, copiée plus tard par la Chanson de Jérusalem et qui servit peut-être d'original à tous les morceaux de ce genre si com-^ muns dans les romans du xn" et du xiii* siècle. « La tente da Corbaran, dit-il, était faite d'une étoffe de Perse, bordée de bandes dH)r ; les cordes étaient de soie, les piquets d'ivoire, les Syriens y avaient brodé avec un art merveilleux toutes les vieilles lois du temps d'Adam, et la geste d'Abraham, et ce que la Bible raconte d'Aai*on et de Josué : a pieuses histoires que les chrétiens croyai^t retrouver dans les

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potences arabes brodées sur rétofie, et inintelligibles pour eux.

La description des armes dont se revêtent les émirs turcs, ne nous donne pas une moins haute idée de la magnificence des princes de TOrienU

Cornumarans s'adoube, Et vesti en son dos .1. blanc aubère doublier ^ ; La maille en est plus blance que n*est flor d'aiglentier. Par deseur sa ventaille* fist son elme lacier, U cercles en fu d'or, moult par fist à prisier; A pieres prescieuses moult i mist al forgier Malakins (Malek) unsjuus (J^f) que Deu n'en otpas cLier. A son col pent le targe qu'est painte a escequier : .1. moult rice cscarboucle en le bocle à ormier * : Mahomes estoit paius sus el destre quartier. £t son arc et carcais n'i valt-il pas laisier ; Trestot plain de saietes qu'il ot fait entosquier ^. Prist la lance trencant qu'il ne pot pas brisier De l'un cief dusqu'à l'autre se laisse bien ploier.

{Chanson de Jérusalem, 12,558, f® 136 verso.)

Le lecteur se dira peut-être que les armes de Cornumarant ressemblent beaucoup à celles d'un chevalier chrétien, àTexception de Tare et des flèches; mais de nombreux passages des historiens arabes et occidentaux prouvent, qu'à l'époque des croisades, les Orientaux ou du moins les chefs se couvraient comme les Francs d'armures de maiUes, et portaient comme eux des heaumes d'acier : seulement ils les entouraient presque toujours d'une pièce d'étoffe roulée en forme

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