Doublier, double, à double maille
2. YentaiUe, ventail (de veutus), ouverture de la coiffe que le cbevaUer portait sous le heaume et par extension la coiffe elle-même. (Cf. Littré, Dictionmire, au mot VentaiL)
3. Bocle à ormier : ormier signifie or pur {aupim merum}. La bock est la bosse, le centre du bouclier.
; 4. EntQi^uiiTf entoscheTf intozicare, empoisonner.
l'orient musulman. 105
de turban, circonstance qui n'a pas échappé à robservation des trouvères. On lit dans la Chanson d'Antioche :
(Brohadas) Caperon ot et mances de dui moult riches dras Li uns fu uns samis, l'autre Constentinas.
(Chanson d'Antioche, t. II, p. 248, Ed. P. Paris.)
La figure de Mahomet peinte sur le bouclier de Comumarant est probablement une invention de Tauteur du poëme de Jérusalem ; mais dans la Chanson d'Antioche, on ne trouve rien de semblable : d'après Richard le Pèlerin les seules figures représentées sur les écus des Musulmans sont des animaux. Si les monnaies des Seldjoukides, si les étendards des tribus tartares portaient des figures de ce genre, pourquoi les émirs du temps des croisades ne les auraient-ils pas fait peindre sur leurs boucliers, que ce fussent des armoiries, ou des emblèmes se rattachant aux superstitions astrologiques de rOrient?
On s'étonnerait peut-être à plus juste titre de voir dans Içi description des festins musulmans le vin épicé servi dans des coupes d'or comme à la table d'un seigneur franc du douzième siècle, ou d'entendre Corbaran reprocher à Sansadoine d'avoir la tête troublée par les fumjées de l'ivresse : mais on sait par les poésies arabes et persanes que le vin figurait au dixième et au onzième siècle sur la tabledes plus puissants émirs % et on ne doit pas oublier, qu'au temps de la première croisade, ceux de la Mésopotamie ou de la Syrie étaient presque tous des Turcomans à peine convertis à l'islamisme et qui, en adoptant une croyance nouvelle, n'avaient pas renoncé aux mœurs de leurs pères.
Les trouvères se font une idée assez juste du gouvernement de l'Asie musulmane, bien que leurs expressions soient
1. Cf. Reinaad, Monuments arabes, persans et turcs*,» (2 vol, iD-8«, Paris, 1828), t. Il, p. 447 et sqq.
i06 CHANSONS B'ANTIOCHR ET DE JÉRUSALEM.
empruntées aux coutumes féodales. Ils regardent le Soudan de Perse comme le suzerain de tous les émirs qui paient un tribut moitié en or, moitié en étoffes précieuses. C'était en effet le Soudan de Perse Barkyarok, fils de Malek-Schah, qui exerçait sur toutes ces petites principautés de TAnatolie, de la Syrie et de la Mésopotamie une suzeraineté au moins nominale et la plupart des chefs appartenaient comme lui à la race de Seldjouk. Les chefs secondaires forment autour des principaux émirs une sorte de conseil qui délibère avec eux et où les poètes francs retrouvent l'image des cours féodales.
Peut-être ont-ils poussé un peu loin cette conformité des mœurs de l'Asie avec celles de l'Occident en introduisant de leur propre autorité dans la législation musulmane, le duel judiciaire qui, dans certaines occasions, avait fini par remplacer en Europe toute autre jurisprudence.
Nous verrons dans, le poëme des Chétifs, Corbaran accusé de félonie jeter aux pieds du soudan son gage de bataille. Son champion Richard combattra avec toutes les formalités usitées en pareil cas dans l'Europe féodale, en présence du Soudan, du peuple assemblé, et même des femmes de Sarmazane. Rien dans les usages et dans les lois de l'islamisme ne nous autorise à regarder un pareil combat comme un fait historique et nous doutons qu'il en existe un exemple dans les annales des peuples musulmans.
Si les trouvères ont décrit avec une certaine exactitude les mœurs et le gouvernement des peuples asiatiques, nous devons avouer que leurs erreurs sont plus graves, quand il s'agit de la religion de Mahomet. A l'ignorance, venaient se joindre les préventions et la haine religieuse qui les animait contre les profanateurs du Saint-Sépulcre et les ennemis du nom chrétien.
Pour tout le moyen âge, les musulmans sont des païens.
L*0B1ENT MUSULMAN. \(fl
Us adorent non-seulement Mahomet, mais une foule de divinités secondaires, Apollin, Jupin, noms mutilés qui laissent entrevoir sans peine ceux des dieux du paganisme anti* que, Cabu, en arabe el-Kahir, le dieu Mars, le démon des batailles ; Tervagan, ou Termagant, divinité mystérieuse empruntée à la mythologie persane ou égyptienne. Tous les trouvères s'accordent sur ce point; on pourrait croire qu'ils ont vu les idoles musulmanes * : ils les décrivent avec les plus minutieux détails :
Le Soudan fit placer une idole au faîte de sa teDte;
Elle était toute d'or et d'argent et habilement sculptée :
£t sans mensonge^ il vous fût avis
Qu'on n'eût pu rien voir et souhaiter de plus beau :
Elle était grande, bien formée, le visage Ger.
Le Soudan fait descendre l'idole,
Quatorze rois païens courent Tembrasser :
Us la font placer et dresser sur quatre aimants,
De telle sorte qu'elle ne puisse incliner d'aucun côté.
Mahomet est suspendu en l'air : il commence à tourner.
Car un veut léger ' le pousse qui le fait tourner :
Dont vous eussiez vu les rois s'agenouiller à terre.
Us lui offrent de riches présents, ils lui baisent les pieds :
On l'eût entendu prier et adorer de mille parts.
(Traduit de la Chanson d'Antiochef t. II, j>. 46. Ed. P. Paris.)
Plus loin, ce sont les rois de la Mecque qui, à l'appel du Soudan, amènent avec eux la grande idole adorée dans la ville sainte :
Grand fut le tumulte de la race païenne.
Ceux qui conduisent Mahomet l'honorent par cent jeux divers :
Cors, trompettes, grailles, sonnent à grand bruit :
1.. Raoul de Caen, rapporte que Tancrède trouva dans la mosquée El-Acsa une image colossale de Mahomet qu'il fit renverser et fondre pour la distribuer à ses soldats. .
2. Le texte porte ventiam (1621). et Mentials (12,558)^ Ce mot dérive du latin vmtmUw (ventiels^ ventialg, ventiaus],
Harpes, vielles et cornemuses retentissent :
On entend sonner et chalumeaux et flageolets d'argent; Les Sarrasins dansent et chantent à haute voix. On emmène joyeusement Mahomet au parlement,
Où l'attend le pape Calife
Grande fut l'assemblée de la race maudite,
Quand Mahomet arriva devant les barons.
Il était tout d'or et d'argent, tout brillant et tout étincelant
11 était assis sur l'éléphant, sur un piédestal en mosaïque.
L'ouvrage était creux, habilement découpé et ciselé.
Mainte pierre y luit et brille et lance des éclairs ;
Il n'y avait dans l'intérieur si petit détail
Que ceux du dehors ne vissent ; tant l'œuvre est parfaite.
(Traduit de la Clianson d'Àntioche, t. II, p. 61.)
La Chanson de Jérusalem répèle la même description, en Tembellissant de nouveaux détails plus fabuleux encore. L'armée du Soudan en s'avançant sur Jérusalem est précédée de l'idole de Mahomet :
Mahon conduist devant Galcatras et Noiron
Et Danemons d'Averse ' et Famirals Gorbon :
L'uns cevalce .1. serpent et l'autres .1. lion,
Li tiers .1. dentuant*, etli quars .1. grifon.
Et Ganabels séoit sor le fil d'un dragon :
Gil conduist l'olifant que cevalçoit Mahon,
Li diacop (diaconi ?) i cantent clerement à haut ton ;
Et salent as espées Persant et Esclavon. (12,558, î^ 172.)
Les musulmans des chansons de gestes ne se contentent pas d'adorer la statue du prophète' : ils font peindre son image
i. Averse, Malgré sa ressemblance avec celui d'Aversa, ce doid appartient probablement à la géographie de fantaisie. La gens averse (adversa) signifie les Sarrasins.
2. Dentuant. Nous ne connaissons pas d'autre exemple de ce mot qui dérive évidemment de dent et désigne un animal fabuleux ou réel, remarquable par ses dents ou ses défenses.
3. Cependant cette erreur n'était pas générale, au moins parmi les clercs. Guibert de Nogent avoue que les musulmans regardaient Mahomet comme un prophète et non comme un Dieu.