RiUDcr, raiaer, régner
d'empêcher le mariage. Loihaire reste fidèle à ses serments et ses noces sont célébrées avec une magnificence dont le trouvère décrit minutieusement toutes les splendeurs. Les jours s'écoulent, la jeune reine attend dans quelques semaines le moment de sa délivrance. Lothaire inquiet n'ose plus la quitter ; mais un roi païen, Gordoce, envahit ses Etats : il faut le repousser. Ëlioxe elle-même décide son époux à prendre le commandement de l'armée. Les païens sont vaincus, poursuivis, enfermés dans leur capitale, Artage la grande,* une ville qui appartient comme toute cette géographie poétique au royaume de la fantaisie.
Les ingénieurs Nicolas et Geoffroi, au moyen de barrages gigantesques, accumulent dans une vallée toutes les eaux de la montagne au pied de laquelle Artage est située, y créent un lac artificiel, puis rompent les digues et lancent contre les remparts delà place ce torrent irrésistible *. Les murs sont emportés, les habitants noyés, et le neveu du roi, Faburon l'Escler, réfugié dans la citadelle, se rend, se convertit au christianisme et devient le vassal de Lothaire.
Mais son absence s'est prolongée au delà du terme prévu : la reine est accouchée de sept enfants, six garçons et une fille, qui, en naissant, portent tous au cou une chaîne d'or. Elle succombe, suivant sa prédiction, après leur avoir donné le jour.
La reine-mère, qui n'a pas oublié ses ressentiments, achète la complicité des femmes d'Elioxe : elle mande à Lothaire que sa femme a mis au monde un monstre, un serpent qui lui a déchiré les entrailles, puis a disparu par la fenêtre. Quant aux enfants elle les fait enfermer dans deux boîtes qu'elle confie à un de ses serviteurs avec ordre de les aban-
1. Le voyage de Constantinople attribue à Olivier, un des compagnons de Charlemagne, un exploit qui rappelle le stratagème employé par Lothaire contre la ville d'Ârtage.
ET aODBFROI DE BOUILLON, it^
donner au milieu de la forêt. Plus humain que sa maîtresse, celui-ci, dès qu'il a reconnu la nature de son fardeau, se décide à sauver les enfants et les dépose à la porte d'un ermite qui les recueille et qui réussit à les élever.
Lothaire revient désespéré, mais le témoignage des femmes confirme celui de la reine, et il s'abstient de toute recherche pour ne pas ébruiter ce prodige funeste.
Quelques années se passent. Un jour, un messager du roi, Rudemart, en traversant la forêt, s'égare, découvre l'ermitage, y reçoit l'hospitalité, et aperçoit les sept enfants toujours munis de leurs chaînes d'or, qui s'élargissent à mesure, qu'ils grandissent. A son retour il raconte à la reine-mère cette merveilleuse histoire. Celle-ci, qui sait que la destinée des enfants est attachée à leur talisman, le décide à retourner chez l'ermite et à dérober les chaînes d'or. Il enlève en effet celles des six garçons qui sont aussitôt changés en cygnes et qui, attirés par un instinct providentiel, choisissent pour demeure un étang du château habité par Lothaire« Mais la jeune fille a conservé sa chaîne et échappe à la métamorphose.
L'ermite épouvanté pour elle des périls dont la solitude n'a pu défendre ses frères, se résigne à une séparation tôt pu tard inévitable. Après avoir erré quelque temps dans la campagne, elle arrive enfin à la ville où Lothaire a établi sa résidence.* Un jour qu'elle a été puiser de l'eau à l'étang, les cygnes qui en sont devenus les habitants privilégiés et que le roi, par une sorte de pressentiment, a pris sous sa protection, la reconnaissent, l'entourent et la couvrent de caresses. Cette familiarité extraordinaire chez les hôtes du vivier royal qui jusque-là ne se sont jamais laissé approcher, attire l'attention d'un sénéchal du roi qui se fait raconter l'histoire de la jeune fille et la présente à Lothaire.
Son étrange récit, sa ressemblance avec Ëlioxe éveillent
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les soupçons du roi : il interroge sa mère, lui arrache la vérité, et se fait restituer les chaînes d'or : mais il en manque une que la reine a fait fondre par son orfèvre. Tandis que cinq des jeunes garçons reprennent leur forme première, le sixième reste cygne et devient désormais le bon génie de la famille, le protecteur de ses frères et de sa sœur.
Les enfants grandissent ; ils sont armés chevaliers et là encore le trouvère ne manque pas de décrire avec complaisance les splendeurs de la cérémonie et les fAtes qui la suivent; il n'oublie pas surtout les jongleurs qui y tiennent une large place et qui
Gantent Tuns de Martin et Tautres d'Olivier Li autres de Guion ^ et H autre d'Ogier.
(12,558, fo i9 recto.)
Les cinq nouveaux chevaliers déclarent qu% veulent courir le monde et chercher aventure. Le trouvère prend congé des quatre autres et s'attache désormais aux pas du fabuleux aïeul de Godefroi. Ce favori des puissances supérieures qui président aux destinées de la famille, part sur une barque conduite par le cygne son frère. Après une traversée de quarante jours il aborde à Nimègue, la ville impériale, le séjour préféré des empereurs Henri III et Henri lY. C'est là que se termine la première branche, ou si on veut, le premier chant du poëme :
Ci fine 11 naisence des .YI. frères atant.
Cil Damedex de glore qui forma Moïsant Il gart et beneïe et doinst amendemant Celui qui ceste estoire a mis si en avant.
(12,558, f«^0 verso.)
1. Guion, probablement Guy de Bourgogne, héros d'une chanson de gestes de la seconde moitié du xii« siècle.
ET GODSFROI DE BOUILLON. i3i
• Une miniature assez médiocre, représentant le Chevalier au Cygne J^raîné sur sa barque par son mystérieux conducteur, sépare la fin de la première branche du préambule de la seconde, où le trouvère s'annonce de nouveau comme un historien sérieux et non comme un colporteur de fables et de mensonges.
SegDor, oîez cançon qui moult fait à loer
Jo ne vos vaurai mie mencoignes raconter Ne fabliaus, ne paroles por vos deniers enbler : Ains vos dirai cançon où il n'a qu'amender, Del barnage de France qui tant fait a loer, Ki primerain alèrent le sépucre aorer :
Cil prisent Anthioce, nel vos quier à celer
L'estoire en fu trovée ens en une abeïe, A Nimaie le grant, une cité garnie :
D'un duc Renier parole, à le barbe florie
Ki justiçoit Saissoigne {Saxe) et ot en sa baillie
(12,558, fo 20 verso.)
Nous sommes à Nimègue où l'empereur Othon tient sa cour. La duchesse de Bouillon et sa fille fiéatrîx viennent implorer sa protection contre le duc de Saxe, Rénier, qui leur a enlevé leur héritage :
Car jo sui, (c'est la duchesse qui parle), del linage Rainait le Godefroi à le Barbe, li viels dus de Bullon [fil Ainmon;
Sire, cil fu mes pères ; de moi fist noreçon ; Et H dus à le Boce qui Godefrois ot non Sire, cel fu mes frères, que de fit le set-on.
Andoi fumes jumel d'une conjontion
Si conquist tôt Rasbaing, à coite ^ d'esperon :
1 . A coite d'esperon, à toute bride, du verbe coitery presser, pousser (coc^ tan ?). Cf. Diez et Bnrguy, Dictitmnairei étymologique^.
Encor tieng jo de lui Lowaing et Sainteron.
Tuit sont aie au siècle, n'i a mais se moi non. Jou pris .1. jentil home, Joselin de Moson, Mais ains n'eûmes oir se ceste fille non.
(12,558, f> 21 verso.)
Le Saxon prétend que ces terres lui appartiennent comme fief mâle et refuse de s'en dessaisir. Le Chevalier au Cygne qui vient de débarquer, prend la défense de Torpheline et provoque l'usurpateur.
Les barons s'assemblent dans la grande salle du palais de Nimègue tendue de tapisseries qui représentent l'histoire d'Alexandre et celle d'Hélène et de Paris. Le duc Simon de Lorraine, le comte de Namur, le duc de Limbourg, prennent successivement la parole et l'assemblée décide qu'il y a lieu de recourir au jugement de Dieu.
Le combat longuement décrit se termine par la défaite et par la mort du Saxon. Ses parents se vengent en brûlant le château d'un neveu de l'empereur et en enlevant ses deux filles qui n'échappent qu'avec peine à la captivité et aux outrages de leurs persécuteurs.
Le Chevalier au Cygne épouse Béatrix, mais en lui faisant jurer de ne jamais l'interroger ni sur sa naissance, ni sur sa patrie, et en lui déclarant que la première question indiscrète sera le signal de leur séparation.
La vengeance des Saxons le poursuit longtemps encore, mais il triomphe dans une bataille près de Coblentz, où succombe un neveu de l'empereur, Galien, chargé de l'escorter jusqu'à son château. Quelque temps après la naissance de sa fille Ida, une attaque dirigée contre la forteresse de Bouillon par les fils des vaincus, est repoussée avec non moins de succès, grâce à l'intervention de l'empereur.
Ida grandit, elle est déjà âgée de sept ans, quand sa mère succombe à la curiosité et pose à son époux la question fa-
taie qui doit les séparer pour toujours. Le chevalier se résigne avec douleur à obéir à Tarrët de la destinée, il fait ses adieux à ses vassaux, se rend à Nimègue et recommande sa fille à l'empereur.
Mais la barque est déjà là qui l'attend : le cygne pousse un cri d'appel : il faut partir , et le mystérieux aïeul des Bouillon disparaît emporté dans les régions inconnues d'où l'on ne revient pas.
Onques ne sot nus hom où il fu repairiés»
(12,558, f« 45 recto.)
Il a laissé à sa veuve un cor d'ivoire auquel sont attachées des vertus merveilleuses et qui doit servir de palladium à la famille. Un jour, un incendie éclate dans la salle où il est suspendu. On oublie au milieu du tumulte les recommandations du chevalier : le cor va être consumé, quand un cygne apparaît tout à coup, plonge au milieu des flammes, saisit le cor et emporte dans les airs le dernier présent du chevalier inconnu.
Cependant l'héritière de Bouillon atteint sans nouvel incident sa quatorzième année, et épouse le comte Eustache de Boulogne, le descendant de Charlemagne. Trois fils naissent de ce mariage, Godefroi, Eustache et Baudouin. Le ciel les réserve à de hautes destinées; car un ange a annoncé à Béatrix, la nuit de ses noces, que de sa fille naîtraient un roi, un duc et un comte. Ida les nourrit ellemême, et le trouvère raconte à ce propos un trait de jalousie maternelle qu'on attribuera plus tard à Blanche de Castille. Un jour, pendant son absence, une nourrice étrangère avait allaité son fils Baudouin, pour apaiser ses cris. A son retour elle apprend cette usurpation de ses droits maternels : elle n'hésite pas, saisit l'enfant, le suspend par les pieds et lui fait rendre le lait qu'il vient d'avaler.
Arrivé à l'âge de quinze ans, Godefroi est armé chevalier, et va comme son aïeul à la cour de Nimëgue prêter hommage à l'empereur. Il y trouve l'occasion de rendre à une châtelaine orpheline le même service qui a mérité au Chevalier au Cygne la main de rbéritiëre de Bouillon. Comme lui, il provoque rusurpateur, le tue et revient triomphant dans ses domaines.
Par une transition assez inattendue, le trouvère nous transporte brusquement à la Mecque ou le Soudan tient son plaid. La mère de Corbaran, Calabre, cette Cassandre musulmane qui joue un si grand rôle dans la Chanson (tAniiocfte, a lu dans les étoUes que Jérusalem succombera sous les coups des trois fils d'Ëustache de Boulogne, que les chrétiens vengeront d'une manière sanglante l'échec de leur première armée, et que le futur roi de Palestine se révélera par un coup d'adresse merveilleuse, longuement raconté du reste par la Chanson de Jérusalem.
A un coup de saïete .III. oisiaus ocira Par ceus poras savoir que saisis en sera.
(12,558, f° 52 verso.)
A cette prophétie le Soudan répond par une exhortation qui se retrouve presque textuellement dans le poème à'Aniioehe et dont la conclusion est qu'il faut songer à multiplier la race des vrais croyants, et prendre six femmes au lieu de trois. Mais Cornumarant, autre personnage de la Chamon de Jérusalem^ ne se contente pas de cette mesure de précaution à longue échéance. Il déclare à son père Corbadas qu'il veut partir pour l'Europe, voir quel est ce Godefroi et en débarrasser ses compatriotes. Il fait même fabriquer un couteau tout exprès pour l'égorger, puis déguisé en pèlerin et accompagné d'un interprète, traverse la Romanie, la
Lombardie, la Lorraine, s'aixête à Metz, à Hasbain, et arrive eofin à l'abbaye de Saint-Trond.
L'abbé Gérard, qui a visité Jérusalem et qui a reçu Tbospitalité du roi Ck)rbadas, reconnaît lé fils de son hôte à une cicatrice qu'il porte au front, il dissimule son étonnenient, lui fait servir un repas, et c'est seulement aprèa avoir rempli les devoirs de l'hospitalité qu'il lui demande le but de son voyage et lui avoue qu'il l'a reconnu malgré son déguisement. Cornumarant est sur le point de poignarder l'abbé, mais son compagnon le retient et peu à peu le musulman se laisse arracher son secret. H consent même à se dessaisir de son arme à condition que dom Gérard lui montre Godefroi de Bouillon et ses frères. L'abbé fait aussitôt prévenir le jeune duc de Bouillon qui imagine pour éblouir et pour intimider Cornumarant une véritable scène de théâtre, inspirée peut-être par un passage bien connu delà cUronique du moine deSaint-Gall. Il communique son projeta son père, à ses deux frères et à toute la noblesse de Flandre et de Lorraine qui y accepte volontiers un rôle. Tous se rendent à Bouillon, montés sur leurs plus beaux chevaux et revêtus de leurs plus belles armes. Cette brillante chevalerie se divise en six corps et s'échelonne de manière à ce que Cornumarant, conduit par l'abbé de Saint-Trond qui est dans le secret, les rencontre successivement, avant d'arriver au château. Enguerrand de Saint-Pol, Guy de PonthieU|% le duc de Louvain, le duc de Lorraine^ Robert le Frison, conduisent les cinq premières divisions. La sixième reste en arrière avec Godefroi de Bouillon qu'entourent le duc de Limbourg, Hugues de Saint-Pol, le comte de Namur, le comte de Guines, les évêques de Metz et de Liège, l'archevêque de Cologne. Cornumarant déconcerté par cet étalage
1. Gay comte de Pontbieu était contemporain de Guillaume le Conquérant.
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de splendeur et de puissance, se laisse présenter à Grodefroi comme un neveu de Tabbé de Saint-Trond, récemment arrivé de Palestine. Godefroi l'embrasse et lui offre une ma^fiqae hospitalité. Le musullnan honteux de son déguisement finit par avouer la vérité et les futurs rivaux se séparent pleins d'estime et d'admiration l'un pour l'autre, mais sans rien sacrifier de leur fierté*
Le poëme se termine par deux couplets qui annoncent la croisade de Pierre l'Ermite, le récit de la conquête d'Antioche et de Jérusalem, et la bataille de Rames (Ascalon). On y trouve même une allusion au poôme des Chétifs, mais si brève et si mal rattachée au reste du couplet, qu'elle ressemble fort à une addition introduite après coup dans le texte primitif.
Telle est. sous sa forme la plus courte et, probablement, la plus ancienne, cette légende dû Chevalier au Cygne qui finira par dominer et par absorber tout le cycle de la croisade. Quelle en est l'origine ? M. Leroux de Lincy croit la retrouver sur les. bords du Gange, dans les antiques traditions de l'Inde brahmanique ; J. Grimm y voit un mythe Scandinave, Gervinus une légende souabe ou franconienne; M. de Reiffenberg la revendique pour le pays wallon, et consacre la moitié d'un gros volume à une longue dissertation émaillée de citations innombrables qui n'éclaircissent guère la question. Son continuateur, M. Borgnet, la rapproche ingénieusement de celle du Lohengrin, déjà populaire en Allemagne, vers le commencement du xm'' siècle. En face d'opinions aussi diverses et aussi peu concluantes, il ne nous reste qu'à avouer notre ignorance. Ces histoires d'enfants métamorphosés en fleurs ou en cygnes, et rendus
à leur formé première par la vertu d'un talisman, de héros inconnus guidés par les dieux, les génies ou les fées, d'orphelines persécutées et récompensant, par le don de leur main, un mystérieux sauveur, d'épouses indiscrètes et punies de leur curiosité, appartiennent à tous les pays : ce sont des fruits naturels de l'imagination ; qui sait sous quel soleil ils ont mûri pour la première fois?
n est moins difficile et plus intéressant pour le sujet qui nous occupe, de rechercher à quelle époque cette légende, quelle qu'en soit l'origine, revêtit la forme dont nous avons essayé de donner une idée, et fut appliquée aux ancêtres de la famille de Bouillon.
Le P. d'Oultreman, dans sa Vie de Pierre V Ermite (p. 163), reproduit un prétendu sceau de Godefroi de Bouillon, portant la figure d'un cygne qui soutient deux écus, l'un aux armes de Bouillon, l'autre à celles de Boulogne. Si ce document était authentique, il faudrait en conclure que la tradition du Chevalier au Cygne existi^it déjà au. temps de Godefroi, ou peut-être faùdrait-il voir dans cet emblème l'origine même de la légende.
Mais la source à laquelle le savant jésuite a puisé ses renseignements ne nous inspire qu'une très-médiocre confiance % et aucun historien contemporain de la croisade ne fait la moindre allusion à cette origine merveilleuse du pre* mier roi de Jérusalem.
C'est Guillaume de Tyr, qui, pour la première fois, mentionne cette tradition dans le IX' livre de son Histoire 4e$ Croisades : « PraBterimus denique studiose, licet id verum » fuisse plurimorum astruat narratio, Cygni fabulam unde » vulgo dicitur sementivam eis fuisse originem, eo quod a » vero videatur deflcere talis assertio (liv. IX, ch. 6)*
1. Nicolas de Campis prétend avoir tiré du cabinet du roi d'Espagne le sceau et le contre-sceau que reproduit, d'après lui, le P. d'Oultreman.
Le poème que nous venons d'analyser est-ii un de ces réeits dont parle rhistorîen, et Guillaume de Tyr ravait-il entendu réciter dans quelqu'un de ses voyages en Europe ? Nous serions assez disposé à le croire, car nous retrouvons dans son neuvième livre deux circonstances d'une auih^iticité douteuse et qui ressemblent beaucoup à un vague souvenir du roman de Godefroi : la prédiction de sainte ;Idi^^ annonçant les hautes destinées de ses trois enfants, et le duel de Godefroi dont il n'est fait mention dans aucun historien antérieur. Si cette conjecture est fondée, la seconde branche du roman, celle que nous ayons désignée sous le titre de Chanson de Godefroi et qui commence au moment où le Chevalier au Cygne débarque à Nimègue, aurait été composée antérieurement à la troisième croisade, entre 1160 et 1180.
Des arguments d'un autre ordre confirment cette supposition. Les deux branches font de nombreuses allusions aux romans du cycle dé Charlemagne^ d'Alexandre*, de Guillaume d'Orange ', mais gardent le silence le plus complet sur ceux de la Taàle-ronde si populaires à la fin du xn' siècle et au commencement du xm®.
Quelques-uns des personnages qui figurent dans le roman portent des noms historiques : tous ces noms appartiennent à la première moitié du xn*^ siècle, tels que ceux de Simon duc de Lorraine (1115-1138), de Gérard abbé de Saint- Trond* (1145-1156), etc...