Scriptores FrmcUe, t. XI, p. 296* Note
i40 LE CHEVALIER AU CYGNE
Exinde miles novus et incognitus omnibus exiliit et cigims navem reduxit. Miles postea nobilem uxoremduxit et liberos procreavit. Tandem in eodem palatio residens, cignum inspidens adventantem, cum eadem navicula et cateaa, statim in navem se recepit et non ulterius comparait. Progenies ejus usque hodie persévérât. (Vincent de Beauvâis, Spéculum naturaley'&v. IlyCh. 127.)
Plus tard les historiens de la maison de Glèves qui faisait également remonter son origine au Chevalier au Cygne, prétendirent même fixer la date de son mariage avec Béatrix, fille de Dietrich comte de dèves.
Le trouvère moins jaloux de la vraisemblance historique, n'aspire pas à une aussi savante précision, n se contente, comme nous l'avons vu, de placer la scène de son roman à Nimègue, séjour favori des empereurs franconiens, sous le règne d'un des trois Othon, c'est-à-dire vers la fin du x® siècle. Il sait vaguement que parmi les ancêtres des Bouillon figuraient Godefroi le Barbu, Godefroi le Bossu son fils, Béatrix qui fut la belle-mère et non la mère d'Ida. H y introduit un Josselin de Mouzon inconnu à l'histoire, mais dont le nom offre une grande analogie avec celui de Gozzelin que portèrent le père et le frère de Godefroi le Barbu. En somme les généalogies.sont aussi peu respectées que les dates. Cependant au milieu de ce chaos de traditions altérées et de fictions romanesques, il est possible de saisir quelques vagues souvenirs historiques.
La lutte des Saxons contre le Chevalier au Cygne, leurs révoltes contre l'empereur paraissent être un écho de ces guerres sanglantes qui bouleversèrent l'Allemagne sous le règne de Henri IV et auxquelles Godefroi de Bouillon prit une part si active. Le nom même de Renier qui ne fut jamais porté par aucun duc de Saxe était celui d'un comte duHainaut qui guerroya longtemps contre Godefroi comte d'Ar-
ET GODEFROl DE BOUILLON. 141
denne et duc de basse Lotharingie, investi de ce duché par l 'empereur Othon II. Mais ce ne sont là que de faibles traces d'un passé déjà lointain. L'histoire qui règne presque sans partage dans la Chanson d'Aniwche, qui domine encore dans celle de Jérusalem n'apparaît plus ici qu'à de rares intervalles, comme une lueur confuse qui perce à travers le brouillard.
Si le poème de Godefroi est un roman historique, la branche qui le précède n'est qu'un conte de fées, où tout appartient à la fantaisie, les personnages, les événements, le théâtre même de l'action* Cette première branche doit avoir été composée après la seconde. Dans tout cycle poétique, l'histoire précède le roman ; la poésie populaire n'abandonne ses héros pour chanter leurs ancêtres ou leurs descendants, qu'après avoir épuisé le récit de leurs aventures et les avoir conduits du berceau à la tombe. Cependant, la simplicité de cette première partie du poëme, l'emploi discret du merveilleux, l'absence de toute allusion aux romans dé la Table ronde, nous porteraient à croire qu'elle est presque contemporaine de la légende de Godefroi, et qu'elle faisait déjà partie du cycle de la croisade à la fin du xii^ siècle.