LA RÉNOVATION DE GRAINDOR. LE ROMAN DES CHÉTIFS
En supposant que la rédaction la plus ancienne de la légende des ducs de Bouillon appartienne à la seconde moitié du xn' siècle, une dernière question reste à résoudre. Cette version primitive est-elle antérieure ou postérieure à la ré-
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novation de Graindor? M. Paulin Paris assigne an travail de Graindor une date plus reculée et s'appuie sur ce fait qae les deux branches du Chevalier au Cygne et de Godefroi de Bouillon ne se trouvent séparément dans aucun manuscrit et semblent faire corps avec la légende de la croisade remaniée par le trouvère de Douai.
Cet argument ne nous parait pas concluant et ne saurait prouver qu'une chose : c'est que tous les manuscrits connus sont postérieurs à l'époque où Graindor fixa la disposition des diverses branches en même temps qu'il en rajeunissait la forme. M. Paulin Paris aurait pu ajouter que les derniers couplets du roman de Godefroi annoncent le poème des Chétifs dont nous ne trouvons aucune trace avant la rénovation de Graindor; mais dans le préambule ou dans la conclusion des poëmes qu'ils remaniaient, les jongleurs et les copistes se donnaient encore plus librement carrière que dans le corps de l'ouvrage. Il est donc possible que le nom de Richard de Caumont, celui d'Harpin de Bourges et de Jehan d'Alis, mentionnés dans ces couplets aient été ajoutés par quelque jongleur postérieur à Graindor. Ce qui nous porterait à le croire c'est qu'il n'en est nullement question dans les premiers vers de la même branche. Le trouvère y annonce cependant la croisade de Pierre l'Ermite où les héros du poëme des CAeVi/j? jouent un rôle si important.
Nous'trouvons au contraire dans la Chanson (FAntioche un assez long épisode qui trahit une main exercée et qui semble introduit tout exprès dans l'œuvre de Richard le Pèlerin pour rattacher la légende du Chevalier au Cygne à l'histoire de la croisade. Robert de Normandie et Godefroi de Bouillon se disputent l'honneur de combattre en champ clos le sultan Kerbogft, comme champions des chrétiens. Robert irrité. de se voir préférer le duc de Bouillon, court à sa tente, fait seller son cheval et se prépare à partir.