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sa brièveté) du roman du Chevalier au Cygne ait précédé, au lieu de la suivre, la composition de ce poëme. Nous ayons exposé plus haut les raisons qui nous engagent à faire remonter la première rédaction du roman aux dernières années du règne de Louis Vil. Ce serait quelques années plus tard, sous le règne de Philippe-Auguste,- au moment où les événements d'Orient et les prédications de Guillaume de Tyr réchauffaient le zèle attiédi des croisades, que nous placerions, d'accord avec M. Paulin Paris, le remaniement de Graindor.
En cinquante ans, la langue et surtout la versification avait subi de profonds changements. Sans doute les jongleurs qui récitaient les branches les plus anciennes, corrigeaient les formes vieillies à mesure qu'elles tombaient en désuétude. Mais s'il était facile d'introduire dans le texte primitif des corrections qui affectaient surtout la prononciation et l'orthographe, il était moins aisé de donner à la rime une régularité que les auditeurs commençaient à exiger et dont les trouvères champenois et anglo-normands donnaient l'exemple. Aussi, vers la fin du xn^ siècle, les plus anciennes chansons du cycle de Charlemagne, celles de Garin le Loherain, de GuiHaume-aurCourt-Nez et les premières branches du cycle de la croisade, couraient-elles le risque d'être éclipsées par les branches nouvelles et surtout par les romans de la Tabl^Ronde, qui avaient pour eux l'attrait de la nouveauté, d'une langue mieux formée et d'une versification plus régulière.
Vers la même époque, le goût de la lecture se répandait de plus en plus et l'apparition des premiers romans' en prose signalait cette révolution. Tant que l'on s'était contenté d'écouter les jongleurs, peu importait la disposition des branches et le lien qui les rattachait entre elles : car il était difficile de réciter d'une seule haleine même une branche tout