LE HOMAN DES GHÉTIFS
gnons d'esclavage de traîner des pierres qui servaient à réparer le palais, avait tué un maçon qui Tinsultait^. Depuis ce moment les captifs étaient plus étroitement gardés que jamais. Cependant, sur l'ordre de Calabre, leur geôlier les fait sortir à l'exception de Richard, en leur annonçant que son maître va sans doute venger sur eux la défaite d'Antioche. Leur maigreur, leur faiblesse, leur aspect misérable excitent la pitié de Corbaran, mais lui enlèvent tout espoir de trouver parmi eux le champion qu'il cherche. Il va revenir à son premier projet, quand sa mère lui apprend qu'il reste encore un captif, le plus fier et le plus brave : Richard de Caumont. Ciorbaran le fait amener, l'interroge, lui raconte ses dangers et le presse d'embrasser sa défense, en lui promettant pour prix de sa victoire, sa liberté, celle de ses compagnons et dix mille besans. Après s'être concerté avec les autres chrétiens, Richard accepte ; on le comble de présents et d'honneurs, mais il exige avant tout que ses amis soient traités comme lui et viennent s'asseoir à ses côtés à la table de l'émir.
Un mois se passe en préparatifs ; Calabre donne à Richard des armes merveilleuses, entre autres l'épée du roi Hérode, consacrée par le sang des Innocents. Corbaran choisit, parmi trois cents chevaux arabes, les trois plus rapides et les offre à son champion.
De son côté, le soudan a désigné pour entrer en lice deux de ses émirs, Murgalé (Ëmir-Khaleb ou Ghàlib) de la Mecque et Golias (Djaloud) de Nicée. Le combat a lieu avec toutes les formalités usitées en pareil cas en Europe. Richard triomphe, comme on pouvait s'y attendre, de ses
1. Les autres manuscrits se contentent de rappeler ce meurtre, mais celui de l'Arsenal (165, Belle» Lettres), s'interrompt tout à coup après la prise de Nicée pour raconter longuement la querelle de Richard avec le maçon et la manière dont il le tua. Puis le copiste, omettant toute la campagne d'Asie- Mineure, passe sans transition au siège d'Antioche (f« 106).
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deux adversaires, et il a même la consolation de baptiser le plus intrépide des deux, Murgalé, avant de lui couper la tête, ainsi que l'exige la loi du combat. Le Soudan pardonne à Gorbaran, lui rend ses dignités et l'invite à sa table avec les chevaliers chrétiens.
Les parents des deux émirs avaient juré de venger leur mort: le fils de Golias avait voulu frapper Richard à la table même du Soudan. Arrêté par son oncle, il avait rassemblé ses amis et avait été rejoindre aux portes de Sarmazane les parentsde Murgalé qui attendaient Gorbaran et les chrétiens.
Cette fois encore Gorbaran est sauvé par le courage de Richard et des autres prisonniers, et les auteurs du guet« apens, poursuivis jusqu'aux portes de Sarmazane sont arrêtés et pendus par ordre du Soudan.
Les vainqueurs reprennent leur route, mais surpris par un orage et un tourbillon de sable qui les aveugle, ils s'égarent et arrivent dans la terre du roi Abraham, près du mont de Tygris où ils s'arrêtent pour passer la nuit et se i*eposer de leurs fatigues.
Sor le mont de Tygris, dont la roce est ague,
Conversoit une beste, grans ert et parcreue
Trente pies ot de lonc, tant par estoit corsue
Les ongles et les dens, nel tenès a falue,
Avoit Ions et trencans, plus que guivre ' e$molue,
Le quir avoit tant dur que nule espée nue
Ne pooit entamer le beste mal feue ;
Le poil lonc et trencant plus que glavie esmolue.
Diable avait cl cors qui sovcnt le remue ;
Les homes 'et les femes et les bestes manjue :
La terre a si gastée que n'i ère karue
El front ot une plere qui luist et reflanbie Dont par nuit voit-on mius de lanterne série'.
(12,058, fo 122 verso. — M. 1621, f» 138.)